20140526

Robert Mapplethorpe glorifie le nu au Grand-Palais

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dans In Exhibit

Photographe du corps, si possible nu, Mapplethorpe a poussé son art très loin dans la perfection esthétique. Des courbes harmonieuses et des compositions géniales (et inversement), ont fait de lui l’un des plus grands photographes de ces dernières années.


Il n’y a pas grand-chose à intellectualiser avec l’exposition Mapplethorpe au Grand-Palais. Ce n’est pas forcément bon signe, car cela pourrait laisser suggérer que les quelque 250 oeuvres présentées n’ont pas provoqué, en nous, de grandes émotions.
D’une certaine façon, ce n’est pas faux. Attention : non que le bonhomme n’ait pas de talent. C’est même tout le contraire. Il faut voir son génie de la composition. Du jeu des couleurs, des contrastes et des courbes. Mapplethorpe est un très grand, et on ne peut que se pencher bien bas devant son regard d’artiste.

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DES COMPOSITIONS DE GENIE

Pour autant, le parcours du Grand-Palais, bien que déjà bien court – moins de quarante minutes sur place, en prenant son temps – est finalement assez redondant. Et sans forcément, en plus, les photos les plus célèbres de Bob. Dieu merci on a, quand même, le monsieur qui fait une barbichette avec sa teub, et ça, c’est réjouissant – on ne se lasse pas de cette photo.
Mais qu’on s’explique, avant de se prendre en pleine gueule les ayatollahs du nu. Ce qui nous plait, dans une rétrospective, c’est de voir l’évolution artistique du gars. Ce qui change dans sa manière de faire, en prenant de l’âge. Et pourquoi ?
Mapplethorpe, forcément, n’a pas échappé à la règle. C’est même une certitude, vue sa vie; sa fin – il meurt du Sida, en 1989, à 43 ans. Né en 1946 dans le Queens, il traverse les folles années 60 et 70 avec toute l’avant-garde artistique de son temps. La révolution culturelle (la vraie, pas celle de Mao). L’évolution des moeurs. La liberté sexuelle.
En 1969, il emménage avec Patti Smith au si fameux Chelsea Hotel. C’est la folie. La création pure. Cela donne des chefs-d’oeuvre. Mapplethorpe s’émancipe. Se découvre de nouvelles amours. Exit Patti Smith, qui restera pour autant à jamais son âme soeur. Il rencontre Sam Wagstaff, riche collectionneur de 25 ans son aîné. C’est l’amour fou. L’amour entre hommes. D’autres suivront. D’autres hommes et d’autres amours.

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UNE FLEUR ET UNE BITE, C’EST LA MEME CHOSE

Mapplethorpe, photographe de génie, se lance à corps perdu dans… l’exploration du corps. Nu de préférence. Celui des hommes, celui des femmes. Tous. « Si j’étais né 100 ou 200 plus tôt, explique-t-il, j’aurais sûrement été sculpteur. Mais la photographie est devenue, aujourd’hui, une façon rapide de regarder, de créer une sculpture. »
Alors va pour la photo. Avec, tout au long de sa carrière, un leitmotiv et un seul : « Je cherche la perfection dans la forme. Dans les portraits. Avec les bites. Avec les fleurs. » Beaucoup avec les bites, il faut avouer. Il en fait un objet artistique à part entière. Il faut un putain de talent pour arriver à cela.
On a, sur tout un pan de mur, au Grand-Palais, un parallèle fichtrement intéressant entre la bite et la fleur. « Quand j’expose, raconte Mapplethorpe, je fais toujours en sorte de mettre une photo de fleur et, à côté, une photo de bite. Il s’agit pour moi de montrer que c’est la même chose. » Et, c’est vrai, qu’il est marrant de constater que les formes, les courbes, sont sensiblement similaires. Et tant pis si, pour cela, on vient de battre, ici, sur ce site, le record d’occurrence du mot « bite » dans un même article…
C’est, pour ce qui nous concerne, le seul moment où l’on s’est senti en réflexion devant une oeuvre. Une phrase un brin pompeuse qu’il faut évidemment comprendre comme suit : « Ah oui tiens, huhuhu, c’est drôle, ça ressemble à une fleur, huhuhu. »

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LE CHOC DES PHOTOS

Pour le reste, on s’est promené à travers l’expo en s’arrêtant uniquement au gré de notre humeur, sur telle ou telle photo qui nous attirait l’oeil. Avec juste ce sentiment de se dire : « Tiens, c’est joli ça », et pas en entrant dans une profonde analyse intellectuelle de l’oeuvre. C’est finalement très agréable, de temps en temps.

Mais, revers de la médaille, cela n’aide pas beaucoup à la critique. Une bonne chose, en réalité, car, enfin, nous allons faire court. Et laisser place à ces quelques photos qui, justement, nous ont particulièrement plu. Le choc des photos bien plus que celui des mots.

Robert Mapplethorpe
Grand-Palais
Paris
Jusqu’au 13 juillet 2014