20140623

Daniel C. un héros peu ordinaire

danielcordier

C’est l’histoire d’un homme, témoin majeur de l’histoire de la résistance, qui décide de témoigner pour défendre la mémoire d’un autre.


Le 17 juin 1940, Daniel Cordier a 19 ans. Ce jour-là, il entend le Maréchal Pétain annoncer l’armistice à la radio et prend la décision de quitter la France avant l’arrivée des allemands pour se battre.

Le 25 juillet 1942, après deux ans de formation militaire, il est parachuté en France et deviendra le secrétaire de Jean Moulin, unique représentant du Général de Gaulle en France, jusqu’à son arrestation le 21 juin 1943.                                                                                          

La question du choix

Il a grandi dans une famille de la bourgeoisie bordelaise. Il ne jurait que par Maurras et l’action Française. Pourtant le jour de l’armistice, sans même avoir entendu l’appel du Général de Gaulle, il a embarqué pour Londres.

Son combat n’était pas la lutte contre la barbarie nazie, ni la défense de la République. Du moins pas au départ, loin de là…

Les raisons de son départ, il ne se les explique pas très bien. Son patriotisme, son dégoût pour la faiblesse du Maréchal Pétain, grand vainqueur de la première guerre dont on lui a si souvent parlé. Sa jeunesse, son inconscience et l’envie d’en découdre. Un peu de tout ça sûrement…

Cet aveu qui fait de lui un anti-héros en même temps qu’il brise le mythe doré de la France résistante tel qu’on l’a construit depuis, il le fait à Jean Moulin lors de leur première rencontre.

Rencontre qui sera décisive puisque Moulin, après avoir écouté le récit de ce jeune maurassien, royaliste et antisémite, lui dira : « Venez ici demain, à 7 heures. Je vous garde avec moi, vous serez mon secrétaire. Bonsoir. »

Cette décision, Daniel Cordier n’a jamais su l’expliquer. Pourtant, c’est son destin qu’elle a fait basculer.

Qu’est ce qu’un résistant ?

À Londres, l’apprentissage de la guerre, de la discipline militaire, il a aimé. Il a aimé malgré l’exil, la perte de ses repères, le manque de sa famille, de ses amis… Surtout, le compagnonnage, la fierté de faire partie de cette France libre, de cet embryon d’armée française qu’il représentait fièrement dans les rues de Londres.

À peine sorti de l’enfance, il avait de grands rêves :

Se battre pour relever l’honneur de la France,

Tuer du boche,

Mourir pour la France.

Et pourtant, des boches, Daniel Cordier alias Caracalla n’en tuera pas.

Son travail était administratif : distribuer et relever le courrier pour son chef, recevoir et envoyer les télégrammes de Londres, coder et décoder, recruter son équipe, trouver des logements, surtout, distribuer l’argent aux mouvements, nerf de la guerre…

Son travail était politique : organiser et assister aux entretiens entre son chef et tous ceux qui demandaient à le voir (chefs des mouvements de résistance, syndicats, représentants des partis politiques), unifier les mouvements autour de De Gaulle, contrer l’influence américaine…

Bien qu’au cœur de la résistance, sur le terrain en permanence, Daniel Cordier ne se voyait pas comme un résistant, un véritable résistant. Son arme, il ne l’a jamais utilisée. Pourtant, il a été formé dans cette intention à Londres.

Trop impatient de partir en guerre, il n’a pas voulu attendre le départ de son régiment. Lorsqu’on lui a proposé d’être parachuté, il a dit oui tout de suite, même si c’était pour faire du renseignement.

Il n’y a pas un jour sans qu’il pense à ses camarades qui se battent en Afrique, qui se battent vraiment, et qui meurent pour certains…

Pourtant lui aussi, il risque sa vie à chaque instant: la gestapo est à ses trousses, il détient toujours une capsule de cyanure sur lui. Nombre de ses camarades du renseignement se font arrêter. Jusqu’au jour où ce sera le tour de son chef, pourtant le plus vigilant sur la sécurité…

Alors c’est quoi être résistant ? Si c’est risquer sa vie pour libérer la France, se sentir seul, constamment aux aguets, alors il en était un assurément.

Et puis qu’est ce que cela aurait donné la résistance française sans le travail de Jean Moulin pour l’unifier, pour faire cesser les querelles de coqs, pour distribuer l’argent aux mouvements, les armes aussi.

Pourquoi témoigner ?

Longtemps, Daniel Cordier a gardé le silence. Il laissait la parole aux vrais résistants, il ne lui serait pas venu à l’idée de témoigner comme l’un des leurs.

Il s’est tu jusqu’au jour où d’anciens résistants s’en sont pris à Jean Moulin. Ce jour-là, il a décidé de témoigner sur sa propre expérience aux côtés de Moulin[1], mais aussi de réhabiliter la mémoire de cet homme en menant ses propres recherches et entretiens[2]

 Vous pouvez l’entendre raconter son histoire lors de la semaine qui lui avait été consacrée sur France Inter (ici).

C’est l’histoire d’un homme qui au soir de sa vie, devient un héros malgré lui.

 


[1] Daniel Cordier, Alias Caracalla, 2009.

[2] Daniel Cordier, Jean Moulin et le conseil national de la résistance, 1983.

Daniel Cordier, Jean Moulin, l’inconnu du Panthéon, 1989.

Daniel Cordier, Jean Moulin, la République des catacombes, 1999.