20140602

Un monkey, une banane et un peu de foot !

neymar et son fils

Dani Alves, joueur Brésilien du FC Barcelone, s’apprête à tirer un corner. Une banane est jetée à ses pieds en guise de provocation. Chronique du racisme bête et méchant ordinaire. Dani Alves ne s’offusque pas. Calmement, il ramasse la banane, et la mange, calmement. Un geste qui a fait le tour du monde, suscité moult réactions de solidarité. Pour autant, que font réellement les instances du football pour lutter contre le racisme. Rien, ou si peu. Trop peu. Il est temps que cela change. Et vite.


La saison régulière de foot se termine. Mais, désolé pour ceux qui ne sont pas fans du sport roi, il ne s’agit seulement que d’une petite pause avant l’ouragan Coupe du Monde. Eh oui, cette année, vous allez en bouffer du foot !
On ne va pas faire de bilan, mais s’arrêter sur un fait de jeu qui a fait la Une il y a quelques semaines. On appelle ça « fait de jeu », oui, car, malheureusement, ce genre d’incidents fait bien partie du foot en Europe. Le racisme y est implanté, incrusté, rôdant sa misère dans les gradins.
Rien ne l’arrête. Ni les campagnes contre le racisme, ni les mesures de l’UEFA, ni les slogans, ni les minutes de silence et, encore moins, les amendes infligées aux clubs. Non, rien ne change. Les imbéciles seront toujours là et les stades de foot espagnols seront toujours le théâtre de cris de singes.
Obligé de vivre avec, Dani Alves, le joueur de Barcelone, préfère aujourd’hui répondre avec humour aux attaques des lâches et des bouffons. Victime d’un jet de banane en plein match, Dani a tout simplement épluché et mangé le fruit en question.

BmQapbbCIAELaCh

Une image qui a fait le tour du monde, le tour des médias et le buzz sur les réseaux sociaux. Un épisode baptisé « We are all monkeys » qui nous apprend trois choses : 1- La lutte contre le racisme se développe sur twitter, Instagram, Facebook, Msn et My space. 2 – C’est devenu super cool de manger des bananes. 3- Le racisme n’est pas prêt de disparaître dans le foot.

UN LANCEUR DE BANANE DEGOUTE

Petit retour dans le temps. Villareal – FC Barcelone, 35ème journée de Liga espagnole. Dani Alves s’apprête à tirer un corner lorsqu’une banane, jetée depuis les tribunes, tombe à ses pieds. Le spectateur coupable se frotte alors les mains, pensant avoir réussi son coup. Il rigole, le saligaud. Ce jet de banane comme pour signifier qu’un Brésilien à la peau mate n’a rien à faire sur les pelouses espagnoles. Il n’est pas le bienvenu.
Ce couillon de la première heure est tout excité devant son geste. Alves est humilié, rabaissé au niveau du singe ! Un geste de « génie ». On n’a jamais vu mieux dans l’histoire du racisme. Mais le scénario était trop parfait. Le spectateur raciste s’est trompé de cible car Alves est un habitué du genre.
Onze ans passés sur les terrains d’Espagne, ça te forge un caractère et ça t’apprend surtout à bien réagir. En réponse, le défenseur Brésilien du FC Barcelone épluche la banane et la mange tranquillement. Histoire de reprendre des forces avant de tirer le corner. Histoire de montrer à ses détracteurs qu’il n’est pas touché par leur bêtise. Point d’énervement, point de geste d’humeur ni d’insulte. Non, Dani a donné la meilleure réponse possible en faisant un passement de jambes au racisme.
Un geste insolite. Un geste drôle. Un geste symbole de l’anti-racisme moderne! « Cela fait onze ans que je joue au Barça et onze ans que cela se passe comme ça. Rien ne change dans les stades. Alors aujourd’hui, je préfère en rire qu’en pleurer. » Oui, le coupable s’est trompé de cible. Il s’est d’ailleurs retiré du stade, rouge de honte, son sac banane en bandoulière. Il n’aurait sans doute pas dû s’attaquer à plus malin que lui.

 

MANGER UNE BANANE, C’EST COOL !

Untitled-1

Standing ovation pour Dani Alves ! Tout le monde a salué la réponse du défenseur brésilien devenu, sans le vouloir, le héros d’une campagne anti-racisme version 2.0. Pour montrer leur soutien au joueur de Barcelone, de nombreux footballeurs, sportifs, people, politiciens ou encore journalistes se sont pris en photo, une banane à la main. De images bien sûr postées sur les comptes Instagram, Twitter ou encore Facebook de chacun.
C’est Neymar, autre joueur Brésilien du FC Barcelone, qui a lancé la série de clichés sur les réseaux sociaux. Baptisé We are all monkeys, le phénomène a été repris par tout le monde. Si, tout le monde. Même la sœur de Neymar, même la copine du frère de Hulk (autre joueur Brésilien), même le joueur Uruguayen Suarez qui avait traité Patrice Evra de négro  il y a deux ans, lors d’un match de Premier League. Même de parfaits inconnus qui, s’ils n’ont pas de banane à portée de main, la remplacent par une peluche en forme de banane. Ou font des photos de groupes pendant une soirée. Pas de verre à la main, mais la fameuse banane.
« Yeahhh, le racisme c’est pas bien! » Oui, en quelques jours, la banane est devenue le fruit à la mode ! Tellement cool que, sur les plateaux télé, on n’hésite pas aussi à croquer le fruit du moment !

 

Bref, une foire version Internet que, bien sûr, tous les médias se sont empressés de diffuser. Voilà ce qui s’appelle lutter contre le racisme en 2014. Ouais, ça fait du buzz. Oui, Dani se sent soutenu. Oui, l’idée est sympa et ça fait plaisir de voir que même au sein des hautes sphères politiques, les messages vont bon train.
Après, ça reste trois mots sur twitter et des photos marrantes qui, à la fin, ressemblent plus à des délires entre potes qu’à un véritable message de sensibilisation. C’est le problème de Facebook and co, tu trouves de tout et n’importe quoi. A un moment, on a même cru se retrouver dans la soirée pyjama de la cousine de Ronaldo. Alors derrière le phénomène « We are all monkeys », que s’est-il passé ?

UN PETIT CHEQUE ET ON N’EN PARLE PLUS !

Derrière, le lanceur de la fameuse banane a été identifié et arrêté. Il est désormais interdit de stade. Une sanction exemplaire du côté du supporter, mais une blague de côté du club. Seulement 12000 euros d’amende et aucun match à huis clos. Certes, Villareal n’est pas responsable du comportement de ses supporters, mais cette petite sanction économique ne va pas le pousser à faire davantage de prévention. Payer 12000 euros une ou deux fois par an, qu’est-ce que ça peut faire ?
Cette sanction est ridicule comparée au budget d’un club professionnel. C’est toujours la même rengaine, un con dans un stade, une vague de soutien, tout le monde s’insurge pendant deux jours et on condamne le club à une amende. Comme un refrain qui reprend à chaque jet de banane.

« La nouvelle édition du règlement disciplinaire de l’UEFA prévoit les sanctions suivantes en cas de comportement raciste : pour les spectateurs, fermeture partielle du stade pour une première infraction et match à huis clos assorti d’une amende de 50000 euros pour une deuxième infraction ; pour les joueurs ou officiels, suspension d’au moins dix matches »

Ces mesures datent de 2013. L’UEFA décide enfin de durcir le ton en matière de racisme après des années à faire le dos rond. Force est de constater que ce n’est qu’un pas qui a encore du mal à être appliqué car, pour Villareal, il n’y aura point de fermeture partielle du stade. Les gestes racistes, les cris de singe sont devenus monnaie courante dans les différents stades d’Europe.
Les joueurs d’origine africaine sont régulièrement victimes de cris de singe en guise de bienvenue lors de matchs joués en Espagne, mais aussi en Russie, en Pologne ou encore en Croatie. Lors de l’Euro 2012, organisé par la Pologne et l’Ukraine, les fédérations croate et russe, par exemple, se sont vu infliger des amendes suite au comportement de leurs supporters. Et des histoires comme celle-là, il y en a à la pelle.
Des amendes qui ne servent à rien et qui ne représentent rien à côté des millions collectés grâce aux recettes des droits télé et des sponsors. La sanction économique, c’est pour l’instant la seule réponse qui est donnée par les instances du football pour combattre le fléau.

LES INSTANCES DU FOOTBALL FONT LA SOURDE OREILLE

COLETIVA DE IMPRENSA PRESIDENTE DA FIFA

Le racisme est un vrai problème dans le football. Cela fait des années que cela dure et cela risque encore de perdurer très, très longtemps. Pourquoi ? Parce que le foot populaire a été le terrain de jeu des groupuscules d’extrême-droite, envahissant les virages et les kops des supporters. Et parce qu’aujourd’hui les instances internationales du football ne font pas ce qu’elles devraient faire pour punir les racistes et éradiquer le racisme des stades de foot. Enfin, parce que l’Homme est encore bête. Très bête.
A côté des parrains du foot, de nombreuses associations s’organisent depuis des années pour lutter contre le racisme, menant des campagnes de sensibilisation dans les stades de foot du monde entier pour faire face à ce fléau. Il s’agit d’inviter des joueurs professionnels et de les mettre en scène. On présente Ribéry, Ronaldo, Henry ou encore Iniesta sous leur meilleur profil. Gros plan sur un visage dur, divulguant un message poignant.
T’es presque convaincu par leur prestation. T’as l’impression qu’ils sont vraiment concernés par cette cause. Puis, bam, revient la réalité… Les mecs encaissent leur chèque et partent tourner une pub pour du shampooing.  Bref, des idées il y en a, mais encore trop spontanées ou inefficaces pour faire changer les choses.

100.000 EUROS POUR UNE PUBLICITE DEGUISEE, 12000 POUR DES ACTES DE RACISME

Minion-Banana-Despicable-Me-2-We-Are-All-Monkeys-Say-No-To-Racism

Rien n’évolue et l’UEFA, qui a pourtant pour objectif d’éradiquer le racisme, préfère s’attaquer aux publicités illégales. Le joueur Nicklas Bendtner l’aura appris à ses dépens. En 2012, l’attaquant célèbre son but en enlevant son maillot. Jusqu’ici rien d’anormal. Sauf que, manque de bol, torse nu, on peut désormais voir une marque de paris en ligne en haut de son caleçon… Résultat : 100000 euros d’amende et un match de suspension. Une sanction qui montre que l’UEFA a choisi son terrain de chasse. Et le racisme n’en fait pas partie.
Aujourd’hui, on veut tirer la sonnette d’alarme, attraper Platini et exiger de lui qu’il fasse bouger les lignes, prenne réellement des sanctions. Dans une situation comme celle vécue par Dani Alves, l’arbitre devrait une première fois arrêter le match, le temps que des annonces soient faites dans le stade pour réagir aussitôt. Et si les cris de singe continuent, l’arbitre devrait tout simplement arrêter définitivement la partie. Le club serait ensuite condamné à jouer à huis clos une dizaine de rencontres et verser enfin une amende conséquente. Au lieu de ça, le match a continué, comme si ce jet de banane était anodin. Mais putain, ce fait n’a rien d’anodin. Ce n’est pas normal de continuer à jouer !
Aujourd’hui, on veut que Sepp Blatter, président de la FIFA, agisse au lieu de pleurnicher. « Je suis terriblement touché. Je ne suis même pas triste, je deviens fâché maintenant. Je suis fâché qu’on n’arrive pas à lutter contre le racisme et la discrimination, surtout contre le racisme. Il ne faut pas fermer les stades. Il faut enlever des points ou reléguer une équipe. La première fois où, dans un contexte de compétition, une commission de discipline et de contrôle aura le courage d’enlever des points d’une équipe, ça sera fini. »
C’est quand tu veux mon gros !