20140717

A la recherche de Vivian Maier, géniale photographe de rue découverte après sa mort

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Sempiternelle question que celle de savoir si un documentaire mérite d’être vu en salles. A la recherche de Vivian Maier ne déroge pas à la règle, mais le destin de cette femme, couplé à l’histoire assez folle de sa découverte emporte malgré tout l’adhésion.


Du génie à la folie, il n’y a souvent pas loin. Vivian Maier en est un parfait exemple. Parfaitement siphonnée, mais photographe extraordinaire, cette femme a eu une vie peu commune. « Peu commune » étant un délicat euphémisme. Son cas, en plus d’être du ressort de la psychiatrie relève surtout d’une histoire assez folle. Tellement dingue qu’on ne la croirait pas vraie si l’on en faisait un scénario.
C’est sans doute pour cela, d’ailleurs, que Charlie Siskel et John Maloof en ont fait un documentaire, et pas un film. Et quel documentaire ! Du genre qui vous prend aux tripes. Vous fait monter les larmes. Vous donne envie, surtout, de courir batifoler dans les rues, votre appareil à la main. Appareil photo, s’entend.

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Vivian en personne

DES PELLICULES JAMAIS DEVELOPPEES

Vivian Maier, génie de la photographie urbaine et du portrait, avait tout pour, de son vivant, obtenir la gloire. Elle est restée, jusqu’à sa mort, dans l’ombre. Artiste incompris qui, en grande partie, ne le doit qu’à elle-même. C’est bien simple : l’immense majorité de son oeuvre, elle ne l’a pas vue. C’est-à-dire même pas développée – on est à l’époque de l’argentique, évidemment. Des cartons et des cartons de pellicules non développées. Voilà ce qu’était son héritage, à sa mort, en 2009.
Un destin fascinant que le sien. Et qui, surtout, s’accomplit par la grâce du hasard. Un hasard prenant les traits, éminemment sympathiques, de John Maloof. Qu’on vous resitue les choses, pour que ce soit plus clair. Vivian Maier est née à New York, en 1926. Elle est morte à Chicago 83 ans plus tard et, durant ce laps de temps, n’a rien fait d’autre que de prendre des photos, inséparable qu’elle était de son Rolleiflex. En tout, plus de 100.000 clichés, le plus souvent à l’état de négatifs, qu’elle entassait chez elle.

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UNE NANNY QUI N’AVAIT PAS GRAND-CHOSE DE SUPER

Sa vie, c’était ça. Son appareil photo et puis c’est tout. A immortaliser, pour personne, et même pas pour elle, les scènes de la vie quotidienne à Chicago. Cela et s’occuper d’enfants, aussi. Nanny de son état, mais alors pas franchement du genre « super » si l’on en croit les commentaires du documentaire. Vivian Maier, à qui l’on n’a jamais connu ni réels amis, ni amants, gagnait sa vie à garder des enfants. Une sorte de Mary Poppins sortie de nulle part. Venue d’un autre siècle. D’une autre planète.
En un mot, frappadingue. Grande, rigide, sans cesse vêtue d’un chapeau passé de mode et d’un long manteau ample cachant sa silhouette, marchant dans la rue au pas militaire, ses grands bras marquant le rythme. Elle a laissé, dans le souvenir des enfants dont elle s’est occupée, des sentiments mitigés. C’est somme toute en effet assez rare que votre nanny, pour toute visite pédagogique, vous fasse visiter les abattoirs municipaux ou les cimetières… Cela l’est encore plus si cette même nanny vous trimballe à l’autre bout de la ville, dans les quartiers mal famés, vous y abandonnant quasiment pour s’y adonner à sa grande passion, son grand-oeuvre : la photographie.
Même caractère d’étrangeté avec ces témoignages nous expliquant que la brave Vivian vivait parmi des monceaux ce journaux entassés dans sa chambre, hurlant au scandale dès que quelqu’un s’avisait de vouloir y toucher, ou y mettre de l’ordre.

LA QUETE DE JOHN POUR FAIRE EMERGER LE TALENT DE VIVIAN

September 24, 1959, New York, NY

Bref, une excentrique. Ce qui, en soit, ne serait rien si, en plus, l’histoire de sa « découverte » n’était pas elle-même parfaitement improbable. C’est là qu’intervient John Maloof. Nous sommes en 2007. Le garçon a pour projet d’écrire un livre sur un quartier de Chicago. Il a besoin de photos d’illustration, et part donc écumer les vide-greniers et les salles de vente. Et c’est ainsi que, dans une vente aux enchères, il acquière un lot de 30.000 négatifs, empilés dans un carton, pour 400 dollars.
Il ne le sait pas encore, mais sa vie vient de changer. Ces pellicules, devant lui, qu’il développe, lui apportent une révélation. Elles sont fantastiques. La composition, le cadrage, le sens de l’arrière-plan. Tout est parfait. Qui donc a bien pu prendre de si belles photos ? John cherche. John ne trouve rien. Mais John est du genre tenace. Il trouve enfin, sur un bout de papier, gribouillé à la va-vite, un nom et un prénom. Maier, Vivian
Sa quête démarre. Ce film, A la recherche de Vivian Maier, c’est cette histoire. Les recherches de John pour découvrir qui était cette femme. Comment elle a vécu. Comment, surtout, elle a pu ainsi passer à côté de son destin. Et comment, enfin, faire reconnaître son talent, à titre posthume.

Ceci étant posé, reste une question.

Ce documentaire mérite-t-il d’être vu au cinéma ou peut-on attendre tranquillement son passage sur Arte ? A vrai dire, rares sont les documentaires pour lesquels une diffusion en salle est un plus… Celui-ci ne déroge pas à la règle. Pour autant, la foi que met John Maloof à faire émerger le talent de Vivian Maier est enthousiasmante. C’est sympathique et positif. Donc rare par les temps qui courent. Ragaillardissant.


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