20140715

The Open : le tennis de l’apocalypse

morning

Entre Mad Max, Tank Girl et Bellflower, le réalisateur français Marc Lahore propose un long métrage halluciné, bâti sur un scénario inouï. Un projet d’une folle audace qui cherche actuellement son distributeur.


On n’avait pas vu un pitch aussi maboul depuis Palombella rossa, de Nanni Moretti (1989) qui se résumait ainsi dans l’Officiel des spectacles de l’époque : « Pendant un match de water-polo, un homme s’interroge sur son engagement communiste ». Vingt-cinq ans plus tard, The Open va plus loin encore avec un pitch qui pourrait être décrit ainsi : « Privé de Roland-Garros pour cause d’apocalypse, deux champions s’affrontent dans un match de « air tennis » au beau milieu des Highlands. » Moretti peut s’en retourner au vestiaire…
Pour les néophytes, le « air tennis » s’inspire du « air guitar », discipline consistant à mimer des riffs et des solos endiablés de hard rock sans aucun instrument dans les mains. The Open propose donc un match de tennis sans balle ni raquettes, joué non pas à la force du poignet mais avec celle de l’imagination. On pense à la Diagonale du fou, de Richard Dembo (1984) à la fin duquel deux champions d’échecs finissent leur ultime partie de mémoire, dans une chambre d’hôpital, alors que l’un d’eux est mourant, sans pions ni plateau.

LA PREUVE ECLATANTE QUE L’ON PEUT ACCOMPLIR BEAUCOUP AVEC RIEN

James Northcote, que l'on a pu voir récemment dans Nymphomaniac, est au générique du film.

James Northcote, que l’on a pu voir récemment dans Nymphomaniac, est au générique du film.

The Open, du français Marc Lahore, est assurément un pari osé, pour ne pas dire complètement fou. De ceux que le cinéma, même le plus indépendant, propose rarement. Son mot d’ordre : « Quand Beckett rencontre Tank Girl, quand Mad Max relooke Federer. » Le réalisateur n’a d’ailleurs pu compter que sur ses propres deniers pour financer cette œuvre improbable : « Les Américains ont Bellflower, nous avons The Open. Oui, il est possible de produire, aujourd’hui en France, un film pour moins de 60.000 euros, et ce en restant dans les normes et les rails institutionnels. Et non, de pareilles conditions d’écriture, de production ou de tournage n’ont rien d’idéal… Mais de tels projets permettent de donner de salutaires coups de pied dans la fourmilière. The Open ne répond nullement à un modèle économique viable, mais il est la preuve éclatante que l’on peut accomplir beaucoup avec rien, que la passion et la créativité restent le cœur véritable de notre métier. »

Le casting franco-britannique est porté par James Northcote, que l’on a pu voir dans les Hauts de Hurlevent (Andrea Arnold, 2011), Anna Karenine (Joe Wright, 2012) ou Nymphomaniac de Lars Von Trier (2013) et Maia Levasseur-Costil, actrice fétiche de Marc Lahore, qui a dû prendre plusieurs kilos de muscles pour le rôle.
Cette frugale mais efficace distribution est complétée par Pierre Benoist, acteur au style tendu et canaille de l’étoffe d’un Albert Dupontel. Tourné en langues française et anglaise (bien que cette dernière, au fur et à mesure de l’histoire, prenne le dessus), The Open emmène ses personnages dans les sublimes décors des îles Hébrides (Highlands écossaises), soit la plus cinégénique représentation du néant terrestre. Mais le réalisateur et son équipe (neuf personnes en tout) n’imaginaient pas devoir faire face, pendant trois semaines, à autant d’hostilité : froid, pluie, vent, insectes, sables mouvants… « Gilliam a vécu son Lost in La Mancha ?, déclare Marc Lahore, nous avons, nous, vécu notre Lost in the Hebrides. La grande différence? Nous avons mené notre film à bout… »

TOURNAGE APOCALYPTIQUE MAIS VOLONTE DE FER

En pleine prise de sons.

En pleine prise de sons.

Un travail fastidieux et ingrat qui n’a pas manqué de susciter l’admiration de Cyrils Cadars, producteur du film, qui a passé une semaine dans l’enfer des Highlands avec l’équipe : « Quand bien même nous étions armés d’un enthousiasme et d’une volonté à toute épreuve, il nous a fallu composer avec une multitude de problèmes : manque de confiance initial des institutions et sponsors, contraintes financières, légales, administratives, logistiques, etc. Marc a pourtant su fédérer une équipe incroyable, certes mince mais néanmoins formidable, et tous ensemble nous avons, tant bien que mal, surmonté les difficultés pour mener à bout un tournage, disons-le, épique. »

Pitch fou, tournage apocalyptique, volonté de fer…
Autant d’éléments alléchants qui donnent envie de voir cet Ovni total sous sa forme finale. « Aujourd’hui, The Open est en cours de montage, précise Cyril Cadars. Le film existe mais, plus que jamais, il nous faut trouver des solutions pour financer la fin de la postproduction, un distributeur, faire connaître cette œuvre atypique et rallier à sa cause cinéphiles, tennismen et autres curieux… » On croise les doigts pour que The Open puisse enfin voir le jour dans les salles obscures.

http://www.theopen-film.com/
https://www.facebook.com/theopenlefilm

Teaser :