20140707

Utopium : la BO de la fin du monde

utopium

Vous aimez les atmosphères sombres, post-apocalyptiques ? Vous avez lu La Route de Cormac McCarthy ou vu le film qu’en a tiré John Hillcoat ? Imaginez alors avoir trouvé avec ce troisième album éponyme d’Utopium la bande-son idéale pour ces ambiances de fin du monde.


Il aura fallu attendre cinq longues années pour pouvoir enfin découvrir le troisième album éponyme d’Utopium, enregistré entre 2010 et 2013 par cette flamboyante formation de post-rock. Une musique avare en mots, mais riche en atmosphères, toujours sombre, et ô grand jamais festive : « Ce disque a été imaginé comme la bande originale de la fin du monde », raconte Andres Soto, guitariste soliste et bruitiste dont les mouvements de poignet épileptiques martyrisent à longueur de titres sa Gibson Les Paul pour lui soutirer de douloureuses suppliques.

OEUVRE POST-APOCALYPTIQUE DE PREMIER ORDRE

S’il n’est pas le genre de groupe à fanfaronner sur scène, ni sur disque, Utopium ne manque pas d’ironie : la formation aurait pu s’appeler Dystopium tant ses univers musicaux relèvent de la dystopie, ainsi que l’on définit ces récits de science-fiction dépeignant une société soumise à un régime qui s’applique à empêcher son peuple d’atteindre le bonheur.
Ce n’est pas un hasard si leur précédent disque s’appelait Doubleplusgood, terme de la « novlangue » parlée dans le roman de George Orwell, 1984, imposée par le pouvoir afin de limiter la liberté d’expression de ses sujets. Un album à (re)découvrir tant pour sa musique désespérée que pour la magnifique pochette au design totalitaire signée Michael Lunet. Ce dernier est, d’ailleurs, encore à l’œuvre sur celle du nouvel album.
L’album Utopium est donc une œuvre post-apocalyptique de premier ordre. De celle qui illustrerait à la perfection un film de zombie version Danny Boyle. Si le caddie de Viggo Mortensen, dans La Route, de John Hillcoat, avait été équipé d’un autoradio, nul doute qu’il aurait joué « Above The World », « Automn In Bangkok », « Lost In The Cyberspace » ou « Volumen ».

DE LA QUIETUDE DERRIERE LA CENDRE

Hormis peut-être le single « Stardust », les titres du disque transportent l’auditeur dans des paysages dévastés et monochromes, où l’espoir n’est plus qu’une notion immémoriale, célébrée par une civilisation aujourd’hui disparue. Pourtant, en époussetant cette épaisse couche de cendre musicale, l’auditeur pourra trouver un peu de quiétude, voire un peu de paix. Voici donc la grande vertu de la fascination du désastre : la fin de tout enjeu. Ne reste plus qu’à regarder le monde disparaître sous nos yeux sans plus rien en attendre.
Utopium est-il lui même arrivé à sa propre fin ? Après trois albums (le premier étant No Memory Man) et dix années d’existence, les routes semblent aujourd’hui se séparer pour ses musiciens. On espère que le groupe puisse cependant défendre bientôt son nouveau disque sur scène, pour nous offrir le chant du cygne qu’il mérite.