20140701

Zero Theorem, le retour raté de Terry Gilliam

zero affiche

Terry Gilliam se penche sur le sens de la vie, une fois encore. Une thématique inépuisable pour un réalisateur qui, lui, commence sérieusement  à devenir épuisant… Un retour aux sources raté pour un film qui, en dépit du talent de Christoph Waltz sombre très vite dans l’ennui et la caricature facile et ridicule.


L’ennui, avec les films linéaires, sans histoire parallèle pour aérer l’intrigue, c’est que tout repose sur un seul personnage. Donc une seule histoire. C’est parfois génial si c’est maîtrisé de A à Z. Mais c’est souvent chiant, aussi. Disons que c’est le risque. Et disons que le pauvre Terry Gilliam, avec son Zero Theorem, ne s’en sort pas avec les honneurs.
Il a, pourtant, pris tous les gages d’assurance en s’assurant de la présence de l’immense Christoph Waltz au générique. Tout le film repose sur ses épaules. Et elles ont beau être larges, les épaules du grand Waltz, elles ont quand même tendance à tomber un peu, au fil de l’heure quarante-cinq que dure le film.

UN FILM QUI DONNE ENVIE DE REJOUER A CANDY CRUSH PENDANT LA SEANCE

C’est simple, et c’est franchement mauvais signe, au bout d’une heure, on commence à regarder sa montre. C’est très lent. Ce qui ne serait rien si ce n’était pas, aussi, très plat. Nous sommes dans un cadre de science-fiction qu’on comprend assez mal. A la limite, on s’en foutrait un peu puisque, comme toujours chez Terry Gilliam, il s’agit de se pencher sur le sens de la vie, et pas trop de nos plonger dans un univers SF.
Lequel, finalement, n’est qu’un décor. Sauf que, quand pendant une bonne demi-heure, on suit les déboires de Qohen Leth, alias Christoph Waltz, génie de l’informatique reclus chez lui, qui travaille à une sorte de Tétris géant en s’échinant à imbriquer des cubes dans de bons trous pour déchiffrer une équation quelconque, là, pardon mais le décor devient l’intrigue. Et on veut bien ne rien paner à ce qu’il se passe, mais vu que ça occupe tout l’écran pendant trois plombes, on se sent quand même un peu exclu.
Ambiance « game over » et sortie de jeu définitive… Comme une furieuse envie de se faire une partie de Duel Quiz voire, pour les plus désespérés, de replonger dans ses démons de Candy Crush, plus ouvert depuis six mois. Mais, comme on est là et qu’on a encore un peu de respect pour le cinéma, on reste, on s’accroche et on mobilise tout ce qui nous reste de neurones pour suivre le film.

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ZERO THEOREM… OU LA QUETE DU ZERO INTERET 

On sait ainsi que Qohen travaille à un grand projet dont l’objectif est de décrypter le but de l’existence. Ou plutôt son absence de but. D’où le titre: Zero Theorem. Mais, une fois qu’on a compris ça, ben… on n’a rien compris. Pourquoi? Comment? Dans quel état j’erre? Où cours-je? Tout ça quoi… On n’en sait foutrement rien, et c’est diablement déconcertant.
Encore une fois, on s’en foutrait comme de notre premier palot roulé si, au moins, les affres psychologiques du héros nous bouleversaient un tantinet. Au lieu de ça, on le voit s’enfoncer dans sa solitude et sa peur panique de l’avenir, de la vie, sans que ça fasse autre chose que de nous en faire bouger une, sans en toucher l’autre (ou inversement, on ne sait plus trop).
Mais qu’on reprenne un peu les choses dans l’ordre. Qohen est un pauvre gars solitaire et malheureux, qui vit reclus chez lui et en sort le moins possible. Il bosse dans une sorte de société Big Brother qui surveille tout et contrôle tout. Son patron s’appelle Management et il emploie ses salariés à on ne sait trop quoi. Le taf semble essentiellement consister à pédaler sur des machines bizarres…

UN BIEN PARESSEUSE CRITIQUE SOCIETALE 

Vous n’avez rien compris? C’est normal, nous non plus. Tout juste si, sans trop forcer sur l’analyse politique, on peut y voir une critique assez facile et paresseuse de nos sociétés contemporaines. Vous ne l’avez pas? Mais si enfin. Le boss c’est Management, un être sans nom, donc impersonnel et déconnecté de toute réalité et de toute empathie. Les salariés, eux, sont enfermés dans de petits boxes merdiques et passent leur temps à pédaler comme des hamsters dans leur cage. Bref, ils sont décérébrés, cloisonnés et réduits au simple rang d’animaux. C’est tellement caricatural que c’en est risible. Terry, cher Terry, on t’a connu nettement plus sarcastique et inspiré dans le passé…
Bref Qohen pédale, et nous avec. Un peu plus intéressant, car plus métaphysique, Qohen attend un mystérieux coup de fil qui, il l’espère, doit lui révéler le sens de la vie. Là, le message est enfin un poil plus profond. Ce putain de saloperie de sens de la vie ! Dieu, le destin, le hasard? Rien de tout cela? Qu’est-ce qui régit ce monde? Qohen cherche des réponses à cette grave question et, là, oui, nous avec, on l’avoue humblement.

LE SENS DE LA VIE, CHER A TERRY GILLIAM 

Donc, là, le message nous titille davantage. Qohen, à force d’attendre ce coup de fil qui doit lui donner des réponses, en oublie de vivre. Moralité : à trop chercher un sens à la vie, on prend le risque de passer à côté de tout. Mieux vaut donc vivre, faire des choses, avancer sans se poser la question de savoir si le chemin pris était le bon, juste avancer, et voir ensuite ce que ça donne. En clair, en profiter.
Clap, clap, clap, c’est là qu’on retrouve le Gilliam qu’on aime. Mais c’est ici, avec Zero Theorem, un peu court quand même. Essentiellement, comme on le disait plus haut, parce que son film est construit sur une idée, et une seule. La performance de Christoph Waltz. Et que si l’on n’y adhère pas, alors ce film devient d’un ennui prodigieux.
Alors, qu’on s’entende bien. Waltz est, comme d’habitude, prodigieux. Méconnaissable, crâne rasé, il a la même force et le charisme qu’il avait dans les derniers Tarantino. Ce gars est un grand, et il tient le film à lui tout seul. Son jeu est parfait, rien à dire là-dessus mais, seul, il ne peut faire de miracle.

QUE DIRE DE MELANIE THIERRY SINON QU’ELLE PORTE TRES BIEN LA COMBINAISON EN LATEX? 

Le reste est trop mou, trop inconsistant pour emporter l’adhésion. Le décor, futuriste, ne nous bluffe pas plus que ça. Ni même la vieille chapelle dans laquelle vit reclus le héros. Et ce même si mettre un gars qui gâche sa vie à chercher un sens à la vie dans une vieille chapelle désaffectée, avec le Christ en croix qui veille, c’est évidemment nous balancer un message assez « bouffeur de curé » à la gueule…

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On a quand même, outre Christoph Waltz, une autre bonne surprise. La présence du jeune Lucas Hedges, qu’on avait déjà vu dans Moonrise Kingdom. Il a pas mal grandi depuis. Et plutôt bien. Un gars à suivre car son jeu, son phrasé et sa présence à l’écran sont franchement assez impressionnants. Un mot de Mélanie Thierry, la petite frenchy de la distribution? Est-ce bien nécessaire? Pas sûr. Oh! rien de honteux dans son jeu, surtout pas, mais un rôle de chaudasse en costume d’infirmière qui fait un peu boulard bas de gamme, quand même. Elle porte cela dit extrêmement bien la combinaison en latex, on ne peut pas lui enlever ça.