20140926

3 Coeurs, trop classique, trop lent, trop fade… mais avec de bons acteurs

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Un film sur un triangle amoureux. Des amours contrariées et impossibles. Vous avez dit classique ? Eh oui, malheureusement : classique, c’est bien le mot. A saluer, quand même, le jeu des trois acteurs de ce trio, Poelvoorde, Gainsbourg et Mastroianni. Tous très bons.


Que faire d’un coup de foudre quand il s’enfuit ? Continuer, pardi. Vivre. Essayer. (Re)construire. 3 Cœurs, c’est l’histoire d’un amour impossible. Non, de deux amours impossibles, en fait. Le coup de foudre, aussitôt né, aussitôt évanoui. Et la rencontre amoureuse, patiemment construite, plus banale peut-être, mais forte aussi, sincère. Durable.

Du moins le croit-on. Jusqu’au jour où, évidemment, le coup de foudre d’antan, à la manière d’un boomerang, vous revient à la tronche. Et pas en le reprenant joliment d’un mouvement souple du poignet, non. En pleine gueule. Vraiment. Ambiance : « il va y avoir du sang, de la sueur et des larmes »…

UN FILM LENT MAIS AVEC DE L’EMOTION DEDANS 

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Benoît Poelvoorde bourreau des coeurs, nan on ne rigole pas.

Enfin, façon de parler, hein. Car ce 3 cœurs, de Benoit Jacquot, se veut « psychologique », traitant des sentiments des personnages bien plus que de leurs actions. Un peu lent, loin d’être parfait, mais plein d’émotion. C’est, surtout, un film d’acteurs. Taillé pour leur jeu. Pour qu’ils puissent s’exprimer. Donner la mesure de leur talent.

Ils y arrivent tous franchement bien. Et tous, c’est ce triangle amoureux, formé par Benoit Poelvoorde, Charlotte Gainsbourg et Chiara Mastroianni. Poelvoorde, qui a depuis longtemps abandonné son rôle de comique, réussi une fois encore à faire oublier le déconneur qu’il fut autrefois.

Il incarne ici Marc, agent des impôts droit, honnête mais un peu tristoune. Et beaucoup paumé, surtout. De passage à Paris, il rencontre Sylvie (Charlotte Gainsbourg). La discussion s’engage. Elle est banale. Sans aspérité. Mais dite avec le coeur. C’est la rencontre de deux âmes en peine. Ils discutent toute la nuit et, au matin, prenant son train du retour, Marc glisse à Sylvie un date et un lieu, pour se revoir, quelques jours plus tard.

Le jardin des Tuileries. Sylvie y est, exacte au rendez-vous. Pas Marc. Non qu’il ne veuille pas. Il ne pense qu’à cela. C’est juste un empêchement. Un terrible empêchement qui lui vaut d’arriver en retard. Sylvie est partie, déjà, déçue. Ces deux-là viennent de se rater. Le train du destin repasse rarement. Il va leur falloir vivre avec cela.

CLASSICISME PLAN-PLAN

Marc, plus tard, rencontre Sophie (Chiara Mastroianni). Elle est belle, Sophie. Elle est intelligente, jeune. Ils tombent amoureux. En même temps, Marc et Sophie, hein, entre nous, ça a une certaine logique… Bref, ils s’aiment.

Mais, évidemment, Marc a cette fêlure au fond de lui, au plus profond de son coeur. Sa rencontre, ratée, avec Sylvie, autrefois. C’est son secret. Il y pense souvent, à Sylvie, mais cela ne fait de mal qu’à lui. Il laisse une chance à son couple de réussir. A sa vie.

Las, patatras, sans le savoir, il vient de tomber dans le piège le plus perfide qui soit. Il n’en sait rien, mais Sophie est la soeur de Sylvie… Sa Sylvie. Son amour perdu. Quand il s’en rendra compte, évidemment, plus rien ne pourra être comme avant.

A la lecture de ce pitch, pas de quoi sauter au plafond. Cela sonne d’une manière très classique et, accessoirement, peu crédible. Autant dire que, pour emporter l’adhésion totalement, il aurait fallu envoyer du lourd.

UN TRIO D’ACTEURS TRES BON

A'tta"tion Chiara, derrière-toi !!

A’tta »tion Chiara, derrière-toi !!

On n’a que du « semi-lourd »… Procédons par ordre. Benoît Jacquot, d’abord. On lui doit, récemment, le très fade et timoré Les adieux à la reine. Et le bougre récidive dans la fadeur, malheureusement. D’un classicisme terne, sa mise en scène est épouvantablement terre-à-terre. Sans doute a-t-il voulu filmer la vie quotidienne dans ce qu’elle a de plus banale. Donc au plus près de la réalité – d’une certaine réalité. Mais, le contrecoup immédiat est que tout cela tombe à plat ; est plat.

Pour autant son 3 Coeurs n’est pas un naufrage. Et cela, il le doit à ses acteurs. Poelvoorde est très bon en gars qui perd pied et se voit submergé par des émotions et des sentiments qu’il ne peut plus contrôler. Charlotte Gainsbourg est, elle, comme toujours parfaite dans la rôle de la femme fragile et désirée, qui lutte contre ses pulsions.

Entre eux, il y a des scènes où toute l’intensité passe par le jeu des regards. Ce petit moment où la pupille frétille, se dilate ou se réfracte, qui en dit plus long sur la force et le talent des acteurs que mille tirades déclamées. C’est là, dans ces rares instants, que le film surnage. Rien que pour cela, presque, cela vaut le coup.

Mais presque, seulement. C’est bien trop lent pour emporter l’adhésion. Et puis, aussi, en plus de la mise en scène trop plan-plan à notre goût, il y a cette désastreuse voix off qu’on croirait sortie des pires heures de la filmographie de Godard. Une voix lancinante, insupportable de neutralité, qui nous débite à intervalle régulier des banalités sans nom pour nous mettre dans le contexte de la scène qui va suivre. Tout bonnement horripilant.