20140909

American Desperado, les confessions d’un mafieux… qui ne regrette rien

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On peut être mafieux et avoir beaucoup d’humour. Si, si… Bon, noir l’humour, et d’un cynisme parfois douteux mais il n’empêche. Découvrez, avec American Desperado, les confessions d’un mafieux… qui ne regrette absolument rien.


C’est l’histoire de l’un des artisans de l’ombre du plus vaste réseau de trafic de cocaïne des années 80, rien que cela… Du cartel de Medellin dirigé, entre autres, par le tristement célèbre Pablo Escobar, à la plus haute sphère de l’administration Bush, Jon Roberts aura exercé les (pires) métiers et côtoyé les pires crapules, tout en menant une vie bien remplie…

Ce livre est la transcription écrite des entretiens entre le grand reporter Evan Wright et Jon Roberts, qui ont eu lieu entre 2008 et 2011. Pour informations, Jon Roberts, de son vrai nom John Riccobono, est né en 1948 dans la famille Gambino, déjà affiliée à la mafia de New York.

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PAPA ROBERTS, DEJA…

Le garnement commence très tôt les bêtises et y prend goût allant jusqu’à adopter la macabre devise de son père : « Le mal est plus fort que le bien ». Un père froid, petite main des pontes italiens de l’époque et qui exécutera un homme, sans raison valable, sous les yeux de son fils, béat d’admiration. Bel esprit de famille avec une vraie transmission des valeurs…

Petit Jon fera ses armes à New York, dans le milieu naissant de la nuit et des discothèques qui font alors fureur (jadis, les concurrents du mythique club Studio 54). Boîtes bien évidemment déjà contrôlées par la nouvelle génération d’une mafia plus jeune et plus avide de pouvoir et d’argent. Une génération insolente (en rupture avec l’ancienne), violente et qui lorgne le trafic de drogue (interdit par les anciens) qui semble pouvoir rapporter un max…

Jon, flambeur, « coké » et surtout bon vivant, brûle les deux bouts de la chandelle et à force de faire (et baiser) n’importe quoi (qui), se voit poliment demander par sa famille de se mettre un peu au vert. Et si possible très loin.

CET HOMME A TUE DE SANG-FROID

Il quitte donc tout et repart littéralement de zéro à Miami où il s’affranchit et se libère de l’influence de toute famille ou clan pour mieux s’enfoncer dans l’illégalité et le crime à échelle mondiale.

La première partie de cet échange très libre entre les deux hommes prend la forme d’un dialogue où Jon raconte sa vie chronologiquement, ponctué de questions du journaliste plus ou moins précises, et souvent sur le thème de la morale.

C’est déjà en soi passionnant, mais la suite est encore plus délurée. L’homme n’a jamais ressenti aucun scrupule et explique assez rapidement avoir choisi le diable plutôt que le paradis. Dénué de passion ou d’émotion, Jon a tué de sang-froid, a ordonné l’exécution de nombreuses personnes (dont son beau-frère) sans jamais vraiment se poser de question.

Quand un type comme ça essaie de vous expliquer qu’il est finalement un Pdg comme les autres, chargé de virer des mecs de temps en temps – mais les virer de leur vie alors, par deux balles dans le buffet ou une bombe dans la bagnole -, il faut être doté d’un certain sens de l’humour noir, et plutôt cynique même.

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Jon quand il était parti voir son pote Horatio Caine

QU’ON SE RASSURE, IL NE REGRETTE RIEN

Parfois on a envie d’être pote avec ce type froid comme une tombe mais tellement bon vivant… Pensez donc: il a organisé, ou participé, aux plus grosses soirées/orgies de l’époque, où coke et filles innocentes (ou putes espagnoles) formaient un cocktail détonnant et étonnant.

Des soirées où l’on pouvait croiser aussi bien des figures légendaires de la mafia américaine : Meyer Lanski, des acteurs de premier plan délurés comme Richard Dreyfuss ou encore le sportif le plus controversé de l’époque : O.J. Simpson.

Roberts doit en rajouter des tonnes mais sa description des responsables colombiens et leur armée de tueurs fous est assez bonne. Plus psychotiques les uns que les autres, ces personnages haut en couleurs ont tous leurs petits secrets, faiblesses et histoires. Découvrir l’envers du décor est un vrai régal.

Le livre, qui décrit finalement la gloire de mafieux de la pire espèce étalant richesses et flingues sous nos yeux en temps de crise, peut effectivement provoquer un débat et dégoûter. Seulement, le propos de l’auteur n’est pas de proposer un ouvrage qui fasse office de manuel du parfait dealer à grande échelle mais plutôt un témoignage de l’une des pires crapules que le capitalisme sauvage américain de l’ère Reagan a créé. Rassurons-nous, après avoir tué et balancé tous ses potes afin de sauver sa peau, Jon ne regrette rien…

 

American Desperado de Jon Roberts et Evan Wright
Éditions 13e Note