20140904

Brésil 2014: comme une Samba triste

Brazil-meme

De l’émotion, de la passion, des records, des larmes…mais aussi des images plus insolites et des faits qui interrogent. La Coupe du Monde au Brésil a été l’événement de l’été, lançant parfaitement les hostilités sportives estivales. Focus justement sur ce Brésil, sa Coupe du Monde et ses footeux de Dieu…. Et son été pourri.


bresil /perdition

Septembre, reprise, fin des vacances, on ressort les cartables et on repart au boulot ! Vous étiez peut-être loin, vous aviez peut-être coupé les portables, éteint les ordinateurs, jeté les journaux à la poubelle, vous vous êtes coupé de tout… pourtant des exploits, il y en a eu. De l’émotion, de la passion, des records, des larmes… mais aussi des images plus insolites et des faits qui interrogent. La Coupe du Monde au Brésil a été l’événement de l’été, lançant parfaitement les hostilités sportives estivales. Focus justement sur ce Brésil, sa Coupe du Monde et ses footeux de Dieu.

Au Brésil, on parle d’abord football

Avant de lancer la nouvelle saison, on ne pouvait pas ne pas revenir sur la coupe du Monde. Un Mondial globalement réussi. Du monde dans les stades, de l’ambiance, du spectacle, des buts, de l’émotion, des surprises et des équipes sud-américaines à la fête. Tous les experts et les amateurs ne cessent de le souligner « Ah, ça faisait longtemps qu’on n’avait pas eu le droit à une Coupe du Monde comme ça ! ». D’ailleurs, je renchéris. J’ai moi aussi pris mon pied. Je me suis délecté devant cette série de matchs. Certains ont vraiment été superbes ! Le Brésil aura donc réussi l’organisation de sa Coupe du Monde ; le sportif aura pris le pas sur l’extra sportif. Les footeux auront rempli le contrat. Occulter l’extra sportif. Repousser les manifestations des citoyens brésiliens qui n’en avaient rien à foutre de cette coupe du Monde au regard de la facture qu’ils allaient devoir payer. On s’est bien attaché à ne pas évoquer, ni à montrer l’autre face de l’iceberg. Le foot, la samba et la plage ont  pris le pas sur les revendications sociales et économiques d’une population qui souhaite qu’on investisse. Dans  l’emploi, l’éducation et la santé.

jeune indien revendication

A la Coupe du Monde, les conflits entre populations indiennes et le Brésil sortent du tiroir à quelques minutes du coup d’envoi du match d’ouverture. Trois enfants font un lâcher de colombes en signe de paix. En sortant du terrain, l’un d’eux, un jeune Indien, en profite pour sortir une banderole sur laquelle est inscrit « demarcação » (démarcation, en français). Cette image est un signe fort pour revendiquer les délimitations des terres indiennes au Brésil. En ce moment, des conflits fonciers paralysent le processus de démarcation des terres indigènes et des centaines d’Indiens se font expulser de leurs terres. Cette scène est  vue par des milliers de personnes dans le stade mais n’est pas diffusée par les chaînes de télé brésiliennes. Pourquoi ? Parce que le pays veut mettre en avant une paix entre les peuples et cacher une réalité qui est toute autre. Incroyable que ces images n’aient pas été diffusées alors que le Brésil par cette mascarade de  cérémonie d’ouverture voulait prôner la paix entre les peuples. Triste et pathétique. Avant de faire le malin avec tes messages de paix, assume tes responsabilités ! La Fifa vit dans son monde et chasse les misères pour faire place au foot capitaliste. Le scénario avait déjà eu lieu en Afrique du Sud ou lors des JO de Pékin, en 2008. En Chine, il y avait eu un énorme ménage de fait avant que l’événement ne débute. Les organisateurs allant même jusqu’à raser des quartiers entiers, déloger des habitants jugés inadaptés pour le standing de l’événement, afin de montrer patte blanche devant les télévisions du monde entier. Au moins, en 2008, les Chinois avaient raflé des dizaines de médailles et écrasé la compétition. La moindre des choses, dirons-nous. Chose que les Brésiliens n’ont pas été capables de faire.

Ce fut tout le contraire.

Le Brésil perd son jeu !

Source: les internets

Source: les internets

Les joueurs hôtes ont réalisé un Mondial tout simplement dégueulasse. Et je pèse mes mots. Un tournoi indigne de leur statut. Cela faisait bien longtemps que la Seleçao n’avait pas été aussi mauvaise. Tous leurs matchs ont été compliqués, pénibles, jamais le Brésil n’a su imposer son style, ni développer un jeu séduisant. Le football samba est resté à la maison. Il a surtout disparu depuis le titre du mondial 2002. Ce Brésil devait nous vendre du rêve. Ils nous ont bradé une bien triste réalité. Des matchs de raccrocs, une qualification chanceuse pour le dernier carré de la compétition, pour finir par prendre une fessée monumentale contre les futurs champions du monde. 7-1 !

Un carnage ! Un vrai cauchemar pour tout un peuple et certainement la pire humiliation vécue par une nation en Coupe du Monde. La gueule de bois est sévère mais le résultat est finalement sans surprise pour une équipe qui aurait dû s’arrêter en huitièmes de finales. A force de flirter avec la ligne jaune, on finit par exploser.

En un match, tous les maux du Brésil sont sortis au grand jour. Neymar, Hulk, Thiago Silva devaient être les dignes héritiers de Pelé, Romario, Bebeto, Ronaldinho et Ronaldo. Mais ils n’en ont été que de pâles copies. Aujourd’hui, l’heure est aux remises en question. Le Brésil doit retrouver une âme, du caractère, pour être capable de nouveau de s’élever au niveau de nations comme l’Allemagne tout en gardant une personnalité propre, celle qui lui a permis de traverser les âges, de renouveler les générations avec ce statut de meilleure équipe du monde.

Sportivement à la rue et psychologiquement à la ramasse ! La pression est telle que les Brésiliens étaient apeurés sur la pelouse, n’arrivant pas à enchaîner trois passes. Pas un grigri, pas un petit pont, pas un coup du sombrero… De vrais poussins qui disputent leur premier tournoi loin de papa et maman. Une image forte qui illustre bien le désarroi brésilien : le capitaine Thiago Silva, à genoux, en train de prier, lors de la séance de pénaltys, en huitièmes de finales, contre le Chili. Le défenseur brésilien a tellement les chocottes qu’il refuse de tirer son tir au but. Pas très classe pour un capitaine. Quand tu vois que Neymar, la star de l’équipe, chiale comme un môme à chaque fin de rencontre, tu te dis qu’il faut réagir. Fred, l’attaquant de la sélection, l’a bien tenté à sa manière. Pour se changer les idées, il se laisse pousser la moustache. Résultat : une tête de mafieux mexicain des années 70 et aucune influence positive sur le jeu. La fédération brésilienne décide alors d’engager un psy pour aider ses poulains à faire abstraction de cet environnement pesant. Mais là encore, le staff a tout faux.

 

Les athlètes de « Deus » !

Ce n’est pas un psy dont les joueurs avaient besoin mais d’un prêtre évangéliste. Dans le vestiaire, les tuniques jaunes ne jurent que par un seul soutien, l’unique, le grand Jesus. Deus, en version originale. « Si che me sens pas biench, je me tourne vers Jesus. » C’est lui le 12ème homme. Plus fort et plus sympa que les supporters. Si les joueurs ont déçu par leur jeu, ils sont les champions du monde de la foi ! Une petite prière avant de commencer le match, un signe de croix en entrant sur la pelouse et des doigts pointés vers le ciel pour célébrer un but. Et quand il y a victoire, c’est carrément la messe au centre du terrain. Flash-back. 2002, le Brésil rafle une cinquième Coupe du Monde. Avant de recevoir le trophée, les joueurs et le staff technique se réunissent au centre du terrain et prient tous ensemble, main dans la main, autour du rond central. Le capitaine de l’époque arbore même un T-Shirt « I love Jesus ». Depuis, ces gestes de croyance et d’appartenance religieuse se sont multipliés sur les terrains de foot, passant de la sphère privée à la sphère publique. Pendant que l’on prône une école laïque et que le débat sur le port du voile fait rage, des millionnaires en short et en crampons font l’apologie de Dieu pendant les interviews et prient à tout va sur le rectangle vert. Ces pratiques sont communes chez les Brésiliens et chez les Sud-Américains en général. Le Brésil est le plus grand pays catholique du monde et voit les églises évangéliques y pousser comme des petits pains depuis quelques années. Parmi ces groupes religieux, on retrouve une organisation qui répond au doux nom de « Athlètes du Christ » qui a pour but de « promouvoir par tous les moyens la proclamation de l’Evangile à travers le sport et les athlètes ». Au sein de la Seleçao, quatre joueurs en font partie. Jefferson, le gardien remplaçant, le milieu de terrain Hernanes, l’attaquant Fred et le tout nouveau défenseur parisien David Luiz. Officieusement, c’est bien la moitié de l’équipe qui aurait rejoint ces athlètes d’un autre genre. L’organisation s’est bien adaptée au monde moderne. Fini de viser les plus démunis, on va se tourner vers les riches. Les stars du ballon rond savent remercier Deus en reversant, pour certains, jusqu’à 10% de leur salaire chaque mois à l’organisation. La stratégie est parfaite. Prêcher la bonne parole à des millions de téléspectateurs grâce au sport le plus populaire de la planète. Malins ces évangélistes qui en plus de se faire une pub d’enfer aux quatre coins du monde, s’en mettent plein les poches. Raï et Zico, les anciennes stars de la Seleçao, se sont aussi laissés séduire. En tout, ce sont de nombreuses stars du ballon rond qui sont dans le coup.

 

neymar les doigts vers le ciel

Neymar, Cavani, Messi ne ratent pas une occasion de répéter, en interview, que Dieu passe avant tout. Tous ont été sauvés par Jesus au moins une fois dans leur vie. Et tous doivent leur réussite à Dieu. Passant avant le foot et la famille. « Dieu m’a toujours aidé » « Je dois tout à Jesus » « Jesus m’a aidé à choisir ma nouvelle Porsche. » Tels sont les propos des uns et des autres. Un Brésilien peut perdre son football, sa foi restera inébranlable. Tant d’étalage de sa croyance dans la sphère publique m’a toujours interpellé et m’a toujours fait douter sur l’implication réelle de ces gars dans la religion et dans leur relation avec Dieu. Comme si prier en direct après une reprise de volée était devenu une mode. Un truc bling bling. J’ai toujours considéré la pratique religieuse comme quelque chose d’intime relevant de la sphère privée. Quand je vois Neymar avec son style mi gay mi racaille, ses fringues, ses potes, ses soirées, ses grosses bagues et son rap, j’ai du mal à croire à sa priorité Jesus. Pognon et religion ne font pas bon ménage. Parmi les plus illuminés, on retrouve Kaka, un ancien joueur international brésilien. En 2007, il remporte la Ligue des Champions avec le Milan AC. A cette époque, le meneur de jeu est certainement le meilleur joueur de la planète. Pour célébrer le titre, il se recueille seul au centre de la pelouse, enlève son maillot et laisse apercevoir  un T-shirt blanc avec l’annotation « I Belong To Jesus ». Le message est clair et M.Kaka ne fait pas dans la demi-mesure. Cette Ligue des champions, il la doit bien sûr à Deus. Son recueillement passe de la simple prière à un vrai état de transe. Pendant cinq minutes, Kaka n’est plus le même et passe du bon temps avec son pote Jesus. Champions League + I belong to Jesus = état second garantit. Selon le joueur, c’est Dieu qui le pousse à marquer et à jouer aussi bien. C’est aussi Jesus qui l’a sauvé en lui disant « lève-toi et marche », après un accident qui, à 12 ans, aurait dû le paralyser à vie. Jesus a fait ce que Kaka est aujourd’hui: un joueur d’exception. Le travail et le talent n’ont rien à voir avec ses performances.

Pas sûr en tout cas que la sélection brésilienne relève la tête grâce à Jesus. L’échec collectif de cette Coupe du Monde est symbole d’un malaise plus profond. Au sein d’une équipe complètement dépassée par le foot actuel.

Voici un extrait du reportage réalisé par Canal + sur les athlètes de Dieu