20140910

Le plus grand ennemi d’Enemy… c’est lui-même

Enemy

Denis Villeneuve, depuis Incendies et Prisoners, est notre chouchou. On n’ose pas dire « était » car on ne va pas brûler nos idoles pour si peu mais disons que cet Enemy est franchement mauvais, abscons et terriblement difficile à suivre. Dommage.


Il faut un peu nous imaginer, devant un film de Denis Villeneuve, dans le même état qu’une adolescente en fosse pour un concert de One Direction… Ce gars-là a fait Incendies ! Ce gars a fait Prisoners ! Que du très bon en somme. On le suivrait au bout du monde. Il pourrait même faire un mauvais film, une fois, qu’on le suivrait encore pour le suivant.
Eh bien disons-le tout net, ça y est, il a brûlé son joker, Denis… Enfer et damnation. Enemy est mauvais. Quelle cruelle déception pour nous, alors. Un montage pour le moins déroutant, une musique inutilement mélodramatique, qui paraît franchement incongrue, et un scénario qu’on peine à comprendre… Pas grand-chose à sauver ici, malheureusement. Même pas Jake Gyllenhaal, c’est dire.

TOMBER SUR SON SOSIE PARFAIT, CA TROUBLE ENORMEMENT…

Salut toi!

Salut toi!

Gyllenhaal incarne Adam, un professeur d’histoire tel qu’on l’imagine, c’est-à-dire avec veste en tweed et collier de barbe. Bon, qu’on se rassure quand même, hein : c’est Gyllenhaal et pas Robert Hue, donc ça ressemble plus à un hipster de niveau supérieur qu’à un syndicaliste lambda… Enfin bref, on n’est pas là pour se mettre à dos l’ensemble du monde syndical.
Gyllenhaal est donc Adam, ce prof discret, et il mène une vie aussi tranquille que peu satisfaisante, habitant un grand appartement un peu triste, que vient égayer, de temps en temps, sa fiancée Mary (une insignifiante Mélanie Laurent). Une petite baise rapide et zou, la jolie jeune fille se rhabille et s’en va. Du coup, ça lui laisse du temps libre, à Adam.
Un jour, en matant un DVD, il découvre, au second plan d’une scène, son parfait sosie. Ça le trouble, évidemment. Il se lance alors à la recherche de ce gars. Pas trop compliqué puisqu’il suffit de mater le générique, noter les noms qui défilent, les passer les uns après les autres au crible de Google et enfin, alléluia, tomber sur la bonne tronche à l’écran.

… SURTOUT S’IL MENE LA VIE QU’ON AURAIT TOUJOURS REVE AVOIR

Une enquête pal-pi-tan-te… Mais qui, pourtant, donne lieu, en fond, à une entêtante musique donnant l’impression qu’on assiste là à une scène d’un James Bond. C’est tellement décalé par rapport à la réalité de ce qu’il se passe que c’en est risible. Voire ridicule.
Adam a donc maintenant un nom à associer à son sosie. Il s’appelle Anthony, et il se pique d’aller à sa rencontre, de l’observer, à distance, de l’espionner. Qui est cet homme qui lui ressemble comme deux gouttes d’eau ? Un jumeau ? Son double maléfique, qui mène la vie dont lui, petit fonctionnaire sans envergure, aurait rêvé ? Lui mais en mieux ? Ce qu’il aurait pu être si jamais il était allé au bout de ses rêves ?
C’est bien possible oui, tant cet Anthony semble bien dans ses baskets. Son appartement est bien mieux que celui d’Adam. Même sa femme – surtout sa femme – est bien mieux que celle d’Adam. Elle est enceinte de six mois et, dans sa blondeur diaphane, fait figure de femme parfaite, gentille et attentionnée.

UNE MUSIQUE INSUPPORTABLE ET UN MONTAGE AGACANT

De quoi ainsi remettre bien des choses en cause dans sa propre vie. S’ensuit là une réflexion un brin absconse et étonnamment tortueuse sur le sens de la vie, vivre sa vie ou simplement la rêver. Enfin ça, c’est ce qu’on a bien voulu comprendre. Et encore, avec bien des efforts, et un peu d’aide extérieure…
Rarement on aura vu un film aussi alambiqué dans sa construction. Nous, ça nous a perdus. On a traversé cet Enemy en fantôme, sans trop rien comprendre ni, non plus, adhérer aux paris faits par Villeneuve. On a déjà évoqué la musique. Qu’est-ce qu’elle nous a agacés cette musique. Une horreur. Et le montage ? Mon dieu le montage… Des plans de coupe, qui s’intercalent sans raison. Des dialogues qui se poursuivent alors que l’image, elle, est passée à autre chose, un autre jour. C’est au minimum déroutant, au pire insupportable. On vous laisse deviner où l’on place le curseur, nous.