20140923

Plongez au cœur de la Saint-Barthélémy avec Les Douze enfants de Paris

lesdouzesenfantsdeparis

Revivez la Saint-Barthélémy comme si vous y étiez… C’est-à-dire dans tout ce qu’elle a de plus sanguinolente, sombre et crue.


Le dernier roman de Tim Willocks vient compléter la trilogie (en cours d’écriture) dédiée au personnage de Matthias Tannhauser. C’est une suite directe au premier tome publié en 2010 en France intitulé : La Religion.

La Religion était probablement le roman historique de l’année tant sa puissance évocatrice renversait tout sur son passage : la férocité et le réalisme des combats entre Turcs et Chrétiens vous plongeaient littéralement en plein cœur du siège de Malte en 1565.

LES COMPLOTS LES PLUS IMMONDES

Les Douze enfants de Paris nous plonge presque dix ans après. Tannhauser débarque dans Paris pour y retrouver Carla, son épouse, et profiter de cette capitale au rayonnement mondial.

Pourtant, la description des Halles, très méticuleuse comme toujours chez Willocks, n’est pas flatteuse. Et, entre les femmes aux mœurs légères, les truands, les voleurs et la cour du Roi pire qu’un nid de vipères, rien n’est épargné.

©Claire Delfino

©Claire Delfino

Voilà pour la forme. Pour ce qui est du fond, et comme toujours avec Willocks, l’action est contenue sur une période très courte et célèbre de notre histoire : après le siège de Malte, place au massacre des protestants lors de la Saint-Barthélémy ! Avec, bien évidemment, le chevalier et sa femme plongés dans les complots les plus immondes de la cour.

UN PARIS SALE ET CRASSEUX

Les aventures sanguinolentes de Matthias peuvent reprendre et il va naturellement laisser une pluie de cadavres derrière son dos, en exécutant toujours plus brutalement ses ennemis ou ceux qui le ralentissent ou lui barrent la route. Un peu à la façon d’un RanXerox qui tire une rafale d’Uzi sur les têtes des voisins de cinéma devant lui sous prétexte qu’il ne voit plus rien, Tannhauser liquide ceux qui l’empêchent de passer…

Fort de son expérience chirurgicale, médicale et sportive (ceinture noire de karaté), personne d’autre que Tim Willocks ne décrit mieux la réaction d’un corps privé de sa tête et pris de convulsions. Et l’auteur confirme ici sa capacité à décrire la mort, mélangée au sang et à la merde.

Plonger avec autant de réalisme dans ce Paris sale et crasseux, un peu comme celui du Parfum de Süskind, qui lui aussi réussissait à faire ressentir les odeurs au fil des lignes de son texte, voilà qui est fort. Très fort.

COTE ROMANESQUE ACCENTUE

Cependant on peut reprocher à cette suite un côté Grand-Guignol et exagéré avec la multiplication de personnages secondaires, comme ce grand bandit de Paris, Grymonde, dit l’Infant de Paris, certes haut en couleur, mais peut-être un peu trop mécanique et facile…

Cela accentue le côté romanesque de cet opus, qui s’inscrit donc dans une veine différente du premier tome. Même si les détails, les figures historiques et les lieux décrits sont très fidèles à une certaine réalité, Les Douze enfants est bien plus proche du roman d’aventure que ne peut l’être La Religion, plus austère et plus juste historiquement, et relatant des péripéties sans fioritures.

Un conseil : découvrez La Religion avant, si ce n’est déjà fait. Dévorez ce livre et globalement l’ensemble de l’œuvre de Willocks. Mais prenez garde: ce sont des livres noirs et sombres.

 

Les Douze enfants de Paris de Tim Willocks
Sonatine