20140919

Yoann, reviens et joue-la comme Gourcuff !

gourcuff seul lepoint.fr

Nous, Apache, sain de corps et d’esprit, adressons une lettre ouverte à Yoann Gourcuff. Parce qu’on l’aime bien, malgré tout. Et qu’on est un peu triste de ce qui lui arrive depuis cinq ans maintenant. Un peu triste, et beaucoup atterré aussi.


Yoann_Gourcuff_2010_-_OL

(wikipedia)

Cher Yoann,

Aujourd’hui, j’ai décidé de prendre la plume. Mettre les mots sur le papier pour te faire part de mon incompréhension et de mes interrogations. Alors que je recherchais des informations sur une possible date de ton énième retour sur les terrains de foot avec Lyon, je suis tombé des nues.

Entre fou rire et malaise, j’ai vu que tu étais mis en vente sur le boncoin.fr. Un supporter lyonnais est à l’origine de cette blague d’un autre genre et te refourguerait pour la modique somme d’un million d’euros, allant même jusqu’à te qualifier de « milieu (in)-offensif ».

Ah le salaud ! Cette blague très petite, pas forcément de très bon goût, en dit malheureusement long sur ta situation. Toi, Yoann le footeux incompris. Le génie intermittent. L’ex meilleur joueur du championnat de France. L’ex futur Zidane. Le ballon d’or de l’éclopé. Bref, cette blague est la goutte de trop. Maintenant Yoann, tu dois t’expliquer. Tu dois donner des raisons. Comment as-tu fais pour tomber si bas ? Pourquoi es-tu tout le temps blessé. Pourquoi les gens ne t’aiment pas ? Qui es-tu ? Tu te dois de réagir ! Tu ne peux plus continuer à laisser passer les mois ainsi. Gueule un coup merde, Yoann ! Quel est ce mal-être qui te ronge depuis tant d’années ?

UN STATUT DE STAR A ASSUMER

Arrivé à Lyon en 2010 pour 22 millions, tu fais péter tous les scores. Quel est le transfert franco-français le plus cher de l’histoire ? C’est toi. Parti de Bordeaux, t’arrives à Lyon avec l’étiquette de star ! C’est toi qui dois faire rêver les supporters lyonnais. C’est toi qui es chargé de redonner à l’OL ses lettres de noblesse. De faire le lien entre le milieu et l’attaque. De caresser le cuir comme tu le faisais si bien en Gironde.

Tes premiers ballons avec la tunique lyonnaise laissent présager du très très bon. Je me souviens, c’était un match sur la pelouse synthétique de Lorient. Contre l’équipe entraînée par ton père. Comme des centaines de fans de l’OL, j’étais plein d’espoir. A l’image d’un François Hollande en mai 2012, l’avenir devait être radieux. Réussite, gloire et succès. Il faisait beau entre Rhône et Saône. La suite, toi tu la connais, Yoann. Et ce ne fut pas la joie !

AVANT, YOANN, C’ETAIT CA

Tu vas entamer ta cinquième saison à l’OL et ton rendement est catastrophique, tes stats nulles à chier et tu traînes, à juste titre, une réputation de joueur en carton.

Yoyo, en quatre ans à Lyon, ce sont à peine 109 matchs dans les jambes, soit environ 28 par saison… Entre championnat, coupes nationales et coupe d’Europe, c’est peu, très peu. Pas besoin de te rappeler qu’un mec de ton calibre devrait jouer minimum 50 matchs par saison.

Et surtout aligner les pions ! Pour les 22 millions que t’as coûtés au club, 15 buts, c’est peu. Trop peu. Et après tu te plains que Jean-Michel Aulas fasse la gueule quand il te croise dans les couloirs ? Mais il faut le comprendre, le président. Il a les boules. Car il pensait vraiment avoir misé sur le bon cheval il y a quatre ans.

Enfin, Yoyo, je sais que ça ne va pas te plaire… J’imagine déjà ta gueule de chien battu, de victime… Mais je me dois de rappeler ta stat ultime. Celle qui pourrait faire de toi l’un des meilleurs du monde dans le domaine : 13 blessures depuis ton arrivée dans la capitale des Gaules. Soit, en tout, 535 jours d’indisponibilité. Certaines mauvaises langues vont plus loin dans les chiffres disant que tu aurais coûté 100.000 euros à la sécu sociale !

Source L'Equipe.fr

Source L’Equipe.fr

Les enfoirés. Ils te rejettent la responsabilité du trou de la sécu ! Il n’y a plus aucun respect pour les vétérans de guerre. T’as fait l’Afrique du Sud. Ta guerre, ton séisme Knysna. T’as été traumatisé par cet épisode tragi-comique.

Sur le terrain, t’étais perdu. La faute à cet imbécile de Domenech. Triste, tu te mettais à l’écart de tes camarades. En coulisses, tu te faisais défoncer par Franck Ribéry et son pote Nico Anelka. Pour terminer en beauté, tu te fais expulser lors de France-Afrique du Sud, dernier match de la mascarade sud-africaine.

Sal été ! Tu l’avais pourtant dit à ton père avant de t’envoler pour l’Afrique. « Papa, je la sens pas cette affaire ». Trop intelligent, trop sensible pour ce monde de brutes. En revenant de la coupe du Monde, tu cauchemardais encore sur la grève. Et juste derrière tu signais à Lyon. La dépression, ce n’est pas recommandé pour s’acclimater à un nouvel environnement.

LE BALLON D’OR DE L’ECLOPE

Je m’éloigne, là. Revenons à tes blessures. Toi, Yoann, tu n’es pas un joueur qui se fracture un tibia péroné. Tu ne t’es pas encore fait le ligament croisé, les bonnes grosses blessures qui te tiennent éloigner des terrains entre six et huit mois.

Non, toi, tu es plus élongation, froissure, entorse, hématome, foulure, claquage. Tout ton corps y est passé. Pied, cuisse, cheville, dos, doigt de pied, poignet. De petites blessures qui se répètent sans cesse, qui reviennent, qui te pourrissent la vie et qui font de toi un être étrange, Yoann. Un footeux à part. Le genre de mecs qui se foule la cheville en promenant son chien (véridique), qui se blesse au poignet en tapant dans la main de son coéquipier (véridique et vidéo à l’appui).

Des blessures tellement risibles auxquelles certains médias se sont empressés de donner une suite… parodique. Il y a ainsi la blessure du grêlon, par exemple. « Un grêlon de la taille d’une pièce de 2 euros s’abat sur l’ongle de l’orteil de Gourcuff, qui, par malchance se promenait en tongs, ce jour-là. L’impact a provoqué une frousse aigüe au joueur qui se trouve en état de choc total ! »

Ou encore l’histoire de la chute en aquabike (j’aime beaucoup celle-là). Des bobos à la con, mais des bobos qui durent, qui durent… Tu rends fou tes entraîneurs qui ne peuvent jamais compter sur toi. Tu disparais des radars un mois, deux mois, trois mois.

Et quand tu reprends l’entraînement, tu fais généralement partie des mecs qui rechutent dans l’heure qui suit. Et quand on pense que tu seras enfin titulaire ce week-end, tu te plains de douleurs au dos.

Source France Football.fr

Source France Football.fr

Forcément, tu gamberges, tu te prends la tête et tu ne veux plus prendre de risques. Tu préfères revenir quand tu seras certain qu’il n’y aura aucun problème. D’autant plus que dans un an ton contrat se termine, tu pourras partir libre mais tu pourras aussi très bien te retrouver sans club.

Tu flippes. Je comprends, Yoann. Qui voudrait de toi dans son équipe ? Même gratuit. Putain, le spectre du chômage en mai 2015… La sale histoire. Tu bades complet. Tu files un mauvais trip. Dans ta tête tu n’es pas tranquille et forcément ça joue sur ton état de santé.

Et si t’étais devenu le premier footeux hypocondriaque ? Possible. Certains parlent de malédiction, de maraboutage, comme Cristiano Ronaldo aurait été victime des mauvais sorts africains avant la coupe du Monde. Le club de l’OL a mis en place un pôle performance cette saison pour comprendre le phénomène des blessures qui touchent l’ensemble de l’équipe pro.

Gourcuff, toi, tu es le cas le plus compliqué. Le plus délicat. Les mecs se tirent les cheveux dans le labo. Une énigme. Une incompréhension dans le monde du sport. Pourquoi être aussi fragile tout en étant joueur de foot ?

YO, LE MARGINAL

A côté de tout ce ramdam, tu es là, toi, Yoann. Tu restes stoïque. Tu vas à l’entraînement comme un gentil garçon. Tu ne dis rien. Tu ne fais rien. Tu traînes ta gueule de beau gosse, de premier de la classe, de joueur meurtri, discret, introverti. D’un type à la personnalité propre mais insoupçonnée. A l’opposé de la masse des footeux, mais sans cette force qui t’aurais permis de t’assumer et de t’élever à un niveau au-dessus des autres.

Ton père le répète, tu es un garçon passionné par le foot et avant tout un garçon bien éduqué ! Tu as le droit d’être différent des autres ! Tu me fais penser à Vikash Dhorasoo en beaucoup moins bobo. Lui aussi était un numéro 10 incompris. Le genre à tourner un film, The Substitute, pour exprimer son mal-être. Le genre à militer pour les gays dans le foot. Ouais, Vikash, tu vois le genre de bonhomme. Le prototype du joueur de foot différent.

A toi, Yo, je n’en demande pas tant. Je veux simplement te voir lutter, gueuler, taper du pied. Je m’en fous. N’importe quoi qui nous permettrait de voir que tu te réveilles, que tu cesses ce mauvais trip qui t’entraînes doucement dans la catégorie des joueurs talentueux qui ont tout gâché.

Bats-toi, merde ! Que ta personnalité soit une force et non une tare. Tu n’es pas comme les autres. Il y a juste à voir ce que tu es capable de faire sur un terrain de foot. Tu peux être une star. Une vraie !

De plus, tu viens de réduire ton salaire de moitié. Pour un footeux de ton standing, c’est un superbe geste commercial. Alors rafistole-toi une bonne fois pour toutes. Trouve the remède et viens enchaîner les matchs cinq étoiles. Tu l’as déjà prouvé par le passé. Et moi j’y crois.

Anonymous