20141029

Changer de démarche, Partie 1

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Hé quoi, pour une fois qu’on parle de corps dans ce monde virtuel, pour une fois qu’au lieu d’exposer son nombril ou son cul, un scribouilleur exhibe ses jambes, ça change !


S’il y a bien quelque chose dans laquelle je suis constant, c’est ma démarche. La même, depuis des années. Elle est un peu étrange, pas toujours très gracieuse et peu efficace, mais elle fait partie de mon identité.

J’en arrive parfois à croire que j’écris comme un pied, voire que je pense comme mes pieds. Un peu flottant, un peu tordu, et un peu douloureux aussi quand je fais des efforts.

J’écrivais moins ces derniers temps et je me suis mis au sport. La course a remplacé l’écrit. Et tout comme à force de lire mes chroniques, je voyais de plus en plus les défauts de ma plume – ce qui me dépitait profondément – je me suis rendu compte, en courant régulièrement derrière un ballon, des défauts de mes jambes, genoux, chevilles, etc.

Trouvant la rééducation de la plume fasciste, je me suis plutôt tourné vers l’orthopédie.

(Cette chronique parle donc d’un gars qui va se faire poser des semelles orthopédiques, misère de la littérature internet…)

SEMELLES ORTHOPEDIQUES

Il est dit dans les livres savants que Nietzsche a changé de style, voire de pensée, quand il est passé de la plume à la machine à écrire. Je ne me compare évidement pas à ce piètre footballeur qui ne devait pas savoir faire plus de trois jongles d’affilée avec un ballon, mais je me retrouve traversé par les mêmes angoisses existentielles : vais-je changer moi aussi, le jour où je marcherai droit ?

Si mes genoux douloureux ne sont plus mes ennemis, si mes jambes arrivent à me porter à bon port sans plainte, si mon corps se tait alors que deviendra ma parole ?

Je vous écris cette dernière chronique du monde d’avant, ultime témoignage d’une pensée confuse, boitillante, inadaptée.

La prochaine fois, je serai le début d’un surhomme, d’un transhumain, d’un cyborg, je serai l’homme nouveau, et marchant juste et efficace, ma parole sera vérité épurée.

Je vous sens confus, à piétiner sur place. Où veut-il nous amener? Quel est le sens de sa démarche? Il nous fait marcher, etc. Qu’il change de semelle mais qu’il arrête ses jeux de mots laids à la sous-Devos. On le sait tous qu’un con qui avance va plus loin qu’un intellectuel assis.

CHRONIQUE D’UNE VOUTE PLANTAIRE

Il marcha, d'un pas fier et altier... et écrivit sa chronique.

Il marcha, d’un pas fier et altier… et écrivit sa chronique.

Eh quoi ! Pour une fois qu’on parle de corps dans ce monde virtuel, pour une fois qu’au lieu d’exposer son nombril ou son cul, un scribouilleur exhibe ses jambes, ça change ! S’incarner un peu dans le monde numérique, remplir de chairs les tuyaux de bytes.

Pennac a son « Journal d’un corps » Apache aura désormais sa « chronique d’une voûte plantaire ».

J’aurais pu discourir de lunettes & de lentilles, d’appareils dentaires, de corset et de pacemaker, d’un tas d’appareils qui rectifient et redressent le corps /  je pourrais aborder le sujet par la contrainte, les métiers pénibles, les postures à tenir dans les lieux publics / parler de puberté, de modification, de handicap / discourir sur le vieillissement et la maladie / explorer les viscères / parcourir les organes (c’est beau comme du Bashung).

Bref, il y a tant à dire sur le sujet… Mais je resterai au niveau de mes semelles, petit pas pour l’Homme, petit pied pour l’Humanité.