20141008

La LFP a tué Luzenac !

Source FranceBleu.fr

Selon que vous serez Qatari ou Ariégeois… Le développement du foot amateur, c’est bien, mais visiblement jusque dans certaines limites. En gros tant qu’il reste à sa place et n’a pas l’outrecuidance de vouloir jouer dans la cour des grands. Démonstration avec Luzenac.


La sentence est tombée ! Le club de foot ariégeois de Luzenac ne montera finalement pas en Ligue 2. Le verdict dramatique signe la fin d’un feuilleton médiatique qui avait débuté en avril. La fin d’une belle histoire. La fin du rêve du monde pro pour un club amateur.

Entre DCNCG, LFP, des noms barbares, des gens méchants, le retour de Barthez, une hypocrisie de tous les instants, focus sur le combat de Luzenac, perdu dans les arrêts de jeu ! Le foot français vient de tuer un club. Les belles histoires du foot amateur, ça va bien un temps, mais faut pas pousser le bouchon trop loin.

LUZENAC, C’EST QUI, C’EST QUOI ? ET CA VIENT D’OÙ ?

Luzenac est un petit village de 600 habitants situé dans la région Midi-Pyrénées, en Ariège. Rien ne prédestinait un tel patelin à vivre une telle histoire. Et certainement pas dans le foot quand le village se situe dans une région où l’on ne jure que par le rugby. Ariège, terre d’ovalie, a donné naissance au club de Luzenac Ariège Pyrénées (LAP) en 1936.

vue de luzenac

C’est beau l’Ariège !

Luzenac est un club amateur qui récite ses gammes sur des champs de patates tous les dimanches en district, division d’honneur et CFA 2. Des clubs comme Luzenac, il y en a des milliers dans l’hexagone. Le foot n’y est qu’un jeu. A des années- lumière du professionnalisme.

Puis arrivent les années 2000. Luzenac franchit un nouveau palier et accède à la CFA, soit la quatrième division après la Ligue 1, la Ligue 2 et le National. En mai 2009, les 600 âmes de Luzenac hallucinent lorsque le club accède au National, soit la troisième division. En bref, la dernière marche avant le monde professionnel et la Ligue 2.

Enfin l’impensable se produit… 18 avril 2014, Luzenac s’impose contre Boulogne au soir de la 29ème journée de National et valide sa montée en Ligue 2. Incroyable. Fou. Historique. Cette soirée restera dans les mémoires du club à jamais. Pourtant la réalité du monde très méchant du foot français va bientôt faire des siennes. Bref, c’est surtout le début de la fin pour le Luzenac Ariège Pyrénées.

LUZENAC EN PLEIN RÊVE

Je veux juste m’arrêter sur ce soir du 18 avril 2014. Le LAP en Ligue 2, c’est d’abord la plus belle histoire du foot français de ces dernières années. C’est l’exemple à suivre dans le monde du ballon rond. C’est surtout un rêve qui devient réalité pour des gars qui jouent pas mal au foot, mais qui n’ont jamais fait carrière en pro. Par malchance, par choix de parcours, parce que la vie, parce que des mecs qui restent sur la touche, il y en a des milliers.

Et quand le wagon du professionnalisme passe une fois, difficile de le rattraper. Ces gars sont des passionnés de ballon rond. Eux aussi vont s’entraîner, jouent leurs matchs le week-end, tapent un ou deux tours en coupe de France. Sauf qu’eux ne gagnent pas un kopeck, du moins presque rien, et certainement pas assez pour en vivre.

Tous travaillent à côté. Tous se lèvent tôt le matin quand les professionnels arrivent tranquillement en Porsche au centre d’entraînement à 10h. Tous les mecs de Luzenac ont bien sûr caressé l’idée de se frotter aux pros. Ils ont tous vu les parcours des clubs amateurs comme Calais ou Carquefou en Coupe de France. L’histoire du petit poucet qui fait tomber le gros poisson.

Source Europe1.fr

Ils sont visiblement contents. Source Europe1.fr

Alors pourquoi pas nous. Luzenac fait encore plus fort, gravit les échelons petit à petit. Et bam, jackpot. Finis les tafs de caissiers, désormais je vais gagner un salaire. Désormais le foot c’est ma passion, mais aussi mon métier.

Oui, Luzenac en Ligue 2, c’est surtout toute une vie qui va changer pour des mecs qui n’auraient pas osé le parier il y a quelques années. « C’était une grande émotion. On a bien fêté le titre. Bien comme il faut, même. Puis, on est parti en vacances avec l’esprit tranquille et la satisfaction du devoir accompli », comme le souligne Quentin Westberg, gardien de Luzenac, dans So Foot.

TOURNEE DES TRIBUNAUX SOUS FOND D’HYPOCRISIE FOOTBALLISTIQUE

Sauf qu’en France, un club amateur ne devient pas facilement un club professionnel. Il faut passer par la case casting LFP (Ligue de Football Professionnel), DNCG (Direction Nationale du Contrôle de Gestion) et autres tribunaux administratifs. Pourquoi ? Et bien comme son nom l’indique, un club amateur a un organisme, une structure amateurs. Il faut mettre le club aux normes pour être viable en Ligue 2. Jusque-là rien d’illogique.

Après avoir réussi les écrits sur le terrain, place donc à l’oral. D’autant plus que le LAP s’est déjà vu signifier que son stade de Foix ne respectaient pas les normes de la Ligue 2, et ce avant même son accession sportive en division supérieure. Il faut donc préparer un dossier. Garantir des capitaux supplémentaires et notamment assurer que le stade du Stade Toulousain (l’équipe de rugby de Toulouse), Ernest-Wallon, accueillera les matchs de Luzenac à domicile.

L’accord entre les deux parties est trouvé. Un accord toutefois trop tardif car, le 5 juin, la DNCG ne valide pas le dossier Luzenac et refuse une première fois la montée du LAP en Ligue 2. A l’époque, le LAP se tourne déjà vers l’appel. Mais rebelote, la cour d’appel de la DNCG prononce de nouveau un refus.

Nous sommes alors le 3 juillet. La reprise est dans un mois. Tout est encore à faire. Et l’inquiétude laisse place à l’énervement. « Honte à la FFF, c’est une simple histoire de pognon », souligne Jérôme Ducros, le président du LAP.

Mais en Ariège, on ne se laisse pas faire. Et, par chance, en France, il y a une pelle d’instances qui peuvent rentrer dans le jeu. Direction le Comité national olympique et sportif français (CNOSF). Le 18 juillet, le président du club arrive avec un dossier solide. Les comptes sont équilibrés et validés par le commissaire aux comptes. Le LAP ne présente aucun déficit et de nouveaux capitaux sont venus remplir les caisses.

luzenac-barthez

Fabien Barthez et Jérôme Ducros…Dure la tournée des tribunaux !! Source FranceBleu.fr

Enfin Ducros est accompagné par la grosse équipe : avocats, un expert-comptable…et Fabien Barthez, le directeur général du LAP !  Si, si, Fabien est bien aussi dans le coup. Un élément de plus qui jouera dans la médiatisation de l’affaire. Bref, la dream team. La soutenance se passe à merveille.

Mais rien n’y fait. Trois jours plus tard, le verdict tombe et ce sera non, non et encore non ! « Choc », « stupéfaction », la presse locale s’emballe, suit l’affaire de près et sort les gros titres version Closer !

LE SERPENT QUI SE MORD LA QUEUE

Alors que le LAP est au fond du trou, le président ne lâche pas l’affaire et poursuit son chemin de croix à travers les instances juridiques du foot français. Prochaine étape : le tribunal administratif de Toulouse. Là-bas, ils sont tout de suite plus cools, on reconnaît la mentalité toulousaine et le tribunal suspend la décision de la DNCG. Et bim, une victoire pour bibi !

On est le 1er août. Dans le même temps, les clubs reprennent le championnat de Ligue 2. Le LAP y croit encore plus quand cette fois la DNCG retourne sa veste et devient favorable à la montée en Ligue 2. Et re bim. Deux points pour Luzenac. Cet avis favorable devra encore être validé par la LFP. Réunis en urgence, les membres du conseil d’administration de la LFP ont les boules de se faire déranger.

Source FranceBleu.fr

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Début août, on se la coule douce encore chez les costards cravates du foot français. D’ailleurs, ils n’en ont rien à foutre des avis de leurs collègues. Au bout de cinq minutes, ils se déclarent défavorables.

Cette fois Luzenac a assez de pognon, mais c’est le stade qui pose problème ! Pourtant, le LAP dispose bien d’un accord pour évoluer dans l’enceinte d’Ernest-Wallon. Mais ce stade doit être aussi sujet à des travaux pour accueillir des matchs de Ligue 2. Du coup, dans la foulée, le LAP arrive à trouver un nouvel accord avec la municipalité de Toulouse pour jouer, cette fois, dans le Stade du TFC, le club de foot de Toulouse, le temps qu’Ernest soit mis aux normes.

Le CNOSF se laisse encore convaincre et reste ok pour la montée. Malgré tout, les Amis du Stade Toulousain, soit l’association propriétaire du stade Ernest-Wallon, ne veulent plus signer d’accord avec le LAP tant qu’il n’aura pas l’assurance que le club évoluera bien en Ligue 2…

Merde les gars, vous faites tout foirer là. C’est justement parce que le LAP a un stade qu’il pourra jouer en Ligue 2. L’éternel feuilleton du serpent qui se mord la queue ! Du coup, fin août, et sans surprise, la LFP reste sur sa position et maintient son refus ! C’est bien la fin d’un combat administratif, perdu d’avance, qui aura duré près de cinq mois.

QUE TU SOIS QATARI OU ARIEGEOIS…

Dans la foulée, la FFF et Luzenac n’arrivent pas non plus à trouver d’accord sur le maintien du LAP en National, le championnat ayant déjà commencé. Par fierté, le LAP refuse d’aller en CFA2 et préfère disparaître.

Le club est renvoyé en DHR (Division d’honneur régionale), soit la 7ème division nationale, là où Luzenac avait débuté il y a plus de 70 ans ! Le foot français vient d’assassiner le LAP qui libère tous ses joueurs. En grand philosophe, Fabien Barthez aura le mot de la fin : « Ce feuilleton, c’est un peu comme les Feux de l’amour ».  Ah ! Putain Fabien, tu m’avais manqué ! « On dit que l’important c’est de participer, eh bien là on ne s’y retrouve pas. On ne veut pas de Luzenac chez les pros. »

C’est le triste et terrible épilogue de cette histoire. Non, on ne veut pas de Luzenac chez les pros. T’as compris Fabulous Fab ! Certes, le LAP a certainement mal géré la question du stade, mais le rôle de la LFP et de la FFF aurait été d’aider le club à rentrer dans le monde professionnel.

Certes la situation de ce club de village est exceptionnelle. Mais n’est-ce pas la beauté du sport ? A quoi bon organiser des championnats si c’est pour les verrouiller au final ? A quoi bon laisser espérer des clubs s’il s’agit de les assommer par la suite ? Et pourquoi n’avoir tout simplement et directement interdit la montée au club ?

La LFP déroule le tapis rouge aux investisseurs qatariens et accepte des chèques de 50 millions pour donner le droit à Monaco de conserver son siège social si privilégié. A l’époque, Frédéric Thiriez, président de la LFP, avait dit que cet argent servirait aussi au développement du foot amateur…

Dernière chose, et non des moindres, cette affaire Luzenac aura encore prouvé que le ministre des sports ne servait à rien. Thierry Braillard a pris position pour le LAP. Mais un soutien pour le fun et totalement inutile. D’ailleurs Frédéric s’est bien marré et a tout de suite répliqué qu’il ne céderait à aucune pression politique. Clap de fin !