20141013

Lou, bluette pour adolescente fleur bleue

LOU-JOURNAL-INFIME-Affiche

Lou est tiré d’une BD. On ne peut se prononcer sur les qualités d’adaptation – on n’a pas lu la BD – mais au moins peut-on dire que c’est mignon et plein de bons sentiments. Peut-être un peu trop, d’ailleurs. Un film de filles, sur l’adolescence, uniquement pour les filles? A voir à partir du 8 octobre.


On doit d’abord l’avouer, pour être honnête : on ne connaît pas la BD dont est tiré ce film, Lou, journal intime. On n’a donc, pour se faire une idée, que notre ressenti, à la sortie de la séance.

Et on est bien embêté, du coup. Car si l’on s’en tient à la dernière impression, laissée par les vingt minutes finales, on a juste envie de crier au foutage de gueule. C’est incroyable de voir à quel point le film échappe alors complètement à son réalisateur. Et à toute logique, surtout. Julien Neel nous embarque dans une scène interminable tournée dans un laser game, qui n’a absolument aucun sens. Rarement on aura vu un tel suicide scénaristique au cinéma.

AMBIANCE CARTOON 

Pour autant, si l’on parvient à faire abstraction de cette catastrophe finale, on reste avec le souvenir d’un film mignon, tout doux, tout gentil et, finalement, assez rafraîchissant. Pas de quoi en faire un chef-d’oeuvre, non. Ni même, gageons-le, un carton au box-office mais, à tout le moins, un petit film sympathique.

BD de base oblige, on ère dans des décors joyeusement ludiques et cartoonesques qui donnent à ce Lou une atmosphère hors du temps, franchement pas désagréable. On y suit Lou, jeune ado de 12 ans, qui vit seule avec avec sa mère, Emma (Ludivine Sagnier) qui, dans sa tête, est en réalité à peine plus vieille que sa fille.

Les deux vivent ainsi un peu dans leur monde mais sont, et surtout Emma, régulièrement rattrapées par la vie, la vraie, celle qui, garce comme elle est, vous oblige à devoir payer la bouffe et les factures… Les fins de mois sont donc souvent dures pour Emma, surtout les trente derniers jours, si vous voyez ce qu’on veut dire, mais elle veille pourtant à ce que sa fille ne manque de rien.

L’ADOLESCENCE FLEUR BLEUE

Un film qui ne casse pas forcément la baraque, mais qui décoiffe (en tous cas Kyan Khojandi, méconnaissable avec sa perruque de blondasse en folie.

Un film qui ne casse pas forcément la baraque,
mais qui décoiffe (en tous cas Kyan Khojandi,
méconnaissable avec sa perruque de blondasse en folie.

Ne manque de rien, peut-être, mais pense que tout va bien, ça non. Lucide, Lou, jouée par une brillante Lola Lasseron, voit bien que sa mère ne va pas bien. Elle s’échine à lui trouver un amoureux, en la personne de Richard (un méconnaissable Kyan Khojandi, perruqué et que seuls ses grands yeux noirs trahissent). Parallèlement, Lou n’est pas insensible, non plus, au charme du jeune Tristan (Joshua Mazé). Bref, les deux jeunes filles, ensemble, vont vivre l’amûûûûûr. Comme c’est mignon.

Et mignon, cela l’est, objectivement. Mais sans plonger dans la mièvrerie. C’est plutôt subtilement mené, avec finesse et humour. Après, disons que c’est un film de filles, un peu fleur bleue, sur l’adolescence et les premiers émois.

Par bien des aspects, mais à chaque fois comme en négatif, ça nous a fait penser au Beaux Gosses. Les doux sentiments des filles contre les branlettes des garçons. Le côté fleur bleue contre le trash. Les décors joyeux et acidulés contre ceux plus ternes et gris. L’adolescence sublimée contre l’adolescence « réelle »…

UN FILM DE FILLES POUR LES FILLES ? 

Jolie galerie de portrait de filles.

Jolie galerie de portrait de filles.

On souhaite évidemment à ce Lou le même succès. Un peu sans trop y croire parce que, justement, peut-être est-il trop gentil pour dépasser le cadre de sa cible première… On doute ainsi de pouvoir traîner Kevin, boutonneux mutique de 15 ans, voir Lou au cinéma. Mais peut-être nous trompons-nous, allez savoir. En revanche, on met une petite pièce sur le sourire qu’arborera Priscilla, 13 ans, string ficelle et maquillage de camion volé, en sortant de sa salle de cinéma.

C’est que, il faut le dire à nouveau, les décors sont parfaitement réussis, vintages et acidulés à souhait. De même qu’il faut saluer, aussi, la galerie de portrait mise en avant. Un poil too-much, évidemment, caricaturaux, mais c’est voulu et assumé, donc cela passe parfaitement.

Une mention spéciale, dans ce contexte, à la sublime Lily Taieb, aux faux airs de Vanessa Paradis jeune, parfaite en gothique des beaux quartiers. Et à Lola Lasseron aussi, bien sûr, dans le rôle-titre, fraîche et jolie. Le tout accompagné et guidé par une Ludivine Sagnier qu’on n’attendait pas là, mais qui tient bien la baraque, elle aussi. Un film mignon, au final, bien mené et bien construit. Qui mérite donc, sinon de sortir du lot, du moins de ne pas sombrer.