20141020

Mommy, de très loin le film le plus abouti de Xavier Dolan

mommy

Que c’est bon d’être surpris, au cinéma. C’est devenu si rare. Avec Mommy, de Xavier Dolan, on se laisse submerger, avec plaisir, par des vagues successives d’émotions. Une merveille, de bout en bout. 


Il en a marre qu’on lui rappelle son âge. Il a raison. On s’en fout de son âge, ses 25 ans, et sa précocité. Ce qui compte, c’est son talent. Et on a la joie, l’honneur et l’avantage de vous annoncer qu’il en a à revendre, Xavier Dolan.

Oh ! Tout sauf une surprise, évidemment. Quiconque a vu Les amours imaginaires ou Laurence Anyways le savait déjà. Xavier Dolan avait un potentiel. On y décelait la présence de ce petit plus qui fait toute la différence entre un grand réalisateur et un très grand.

Mais comme en creux, encore. Il était là, le génie, sous-jacent, parfois affleurant, mais jamais éclatant. Quelques maladresses, ici ou là, parfois quelques facilités, ou raccourcis un peu faciles.

LE SAC ET LE RESSAC, EPOUSTOUFLANT, DE LA DERNIERE DEMI-HEURE

Anne Dorval, parfaite dans le rôle de la mère, Diane.

Anne Dorval, parfaite dans le rôle de la mère, Diane.

C’était frappant avec Tom à la ferme. Jusqu’à présent, avec Xavier Dolan, il y avait toujours ce petit moment, même fugace, souvent fugace, où son film lui échappait. Mais ça, c’était avant.

Son Mommy est un petit bijou de maîtrise. De bout en bout. Rien à jeter. Tout est parfait. Le scénario, avec l’histoire de Diane, qui vit seule avec son fils Steve, atteint de graves troubles du comportement. La mise en scène, mettant en lumière l’amour d’une mère pour son fils, et d’un fils pour sa mère. La musique. Des plans, sublimes, qui feront date, on est prêt à mettre deux ou trois pièces là-dessus…

Il faut vivre, avec Xavier Dolan, la montée émotionnelle, fantastique, de sa dernière demi-heure. Ces moments de grâce, de pur bonheur cinématographique, quand, comme avec le sac et le ressac de la mer, dont on ne se lasse jamais, on se laisse hypnotiser, embarquer dans les rebondissements successifs, qui ne cessent de nous cueillir, l’écume aux lèvres, la larme jamais loin de l’oeil, tassé sur son siège, en position extatique, scotché par la force, grandiose, qui nous éblouit de l’écran.

SONNE, LITTERALEMENT, PAR LES REBONDISSEMENTS SUCCESSIFS 

Antoine-Olivier Pilon joue Steve, le fiston, atteint de graves troubles du comportement. Un acteur tout sauf à mettre au pilon (ahahah).

Antoine-Olivier Pilon joue Steve, le fiston,
atteint de graves troubles du comportement.
Un acteur tout sauf à mettre au pilon (ahahah).

Rarement on se sera pris autant d’émotions dans la gueule. Rarement on aura été autant secoué par un film. Et c’est étrange car, peut-être plus que par son scénario, c’est par sa construction, par son montage et ses jolies trouvailles qu’on a ce sentiment.

Sonné. Littéralement. On en ressort sonné. Ambiance crochet du droit, crochet du gauche, reculade dans les cordes et uppercut final, pour nous achever. Le tout avec bonheur. Car qu’est-ce que c’est bon d’être surpris au cinéma. C’est devenu si rare.

On croit que c’est fini, que le générique de fin va se lancer. C’est d’ailleurs le bon moment pour cela… Et voilà que ça continue pourtant. Pas le temps de se dire « oh non, Xavier, non, pas le quart d’heure de trop, non, pas toi » que, déjà, en une seule scène, un seul plan, ces inquiétudes sont balayées. On est entraîné, captivé par cette suite qu’il nous propose. Jusqu’au bout.

LE JEU, SUBTIL ET MAGIQUE, ENTRE 4:3 et 16/9 

Entre ici, au Panthéon des cinéastes, Xavier Dolan, avec ton cortège de grands films.

Entre ici, au Panthéon des cinéastes,
Xavier Dolan, avec ton cortège
de grands films.

Et c’est en cela qu’il faut souligner les grandes qualités d’écriture de Mommy. Et celles, parfaites, de la caméra, posée au bon endroit, avec le bon effet, au bon moment.

Imaginez un peu le talent du gars qui arrive à rendre palpitante une scène avec une chanson de Céline Dion… Xavier Dolan y parvient. Il te fout, là-dedans, une puissance telle qu’elle submerge tout. Qu’est-ce que c’est fort. Qu’est-ce que c’est beau.

Même chose, ensuite, avec une scène dans un karaoké. Un putain de karaoké, bordel ! Combien de scènes pourries avez-vous vues, vous, dans un karaoké? Des dizaines. Et combien de bonnes ? Une poignée, à peine. Celle-là est magique. De l’émotion pure, belle.

Et que dire, alors, de ce jeu, merveilleux, entre 4:3 et 16/9. C’est difficile d’en dire trop car cela fait partie des trouvailles de ce film, qu’il convient de découvrir par soi-même.

Mais on touche là au génie pur avec des scènes qui, on en est sûr, seront diffusées, des années durant, à tous les apprentis cinéastes du monde entier, dans les écoles… Comment faire ressentir, par la technique, le passage de l’oppression à la liberté. Une merveille, vraiment.