20141009

Papa was not a Rolling Stone : un bon titre ne fait pas un bon film

013122

Sylvie Ohayon a raconté son enfance à La Courneuve dans un livre. Et voilà que du film, elle en tire maintenant un film. Si le bouquin était visiblement réussi, avec de bonnes critiques lors de sa sortie, on doute qu’il en aille de même ici. C’est raté. Lent et bien trop consensuel pour plaire.


013122Il paraît que ce Papa was not a Rolling Stone n’est pas caricatural. C’est elle qui le dit. Elle étant Sylvie Ohayon, l’auteur du livre éponyme, qui retrace son enfance dans la cité des 4000, à La Courneuve, et la réalisatrice du film, qui sort ce 8 octobre 2014.

On a du mal à le croire, mais puisqu’elle le dit… Et c’est corroboré par d’autres gars, issus de banlieues, eux aussi. On n’en vient pas, nous. On n’a pas à s’en excuser, c’est juste un hasard. Alors, finalement, on veut bien la croire.

TOUTE LA SINCERITE DU MONDE NE FAIT PAS UN BON FILM

Elle dit aussi qu’on pourra peut-être reprocher plein de choses à son premier film, mais pas la sincérité qu’elle y a mise. Là, on acquiesce pleinement. Et doublement, même. Aussi bien pour les reproches – ils sont nombreux – que pour la sincérité – réelle et visible.

A tel point qu’on est un peu embêté à devoir critiquer son film. Mais on ne doit pas retenir nos mots sur le seul prétexte que la réalisatrice, dans l’échange qu’on a eu avec elle, au soir de la projection en avant-première de son film, nous a touchés en plein coeur par la passion qui l’anime. C’est bien simple : on n’avait qu’une envie, après, c’était d’aller s’en jeter un petit dans le gosier avec elle, à refaire le monde.

C’est d’ailleurs, et on en est confus rien qu’à l’écrire, ce qu’on vous conseille de faire, en lieu et place d’aller voir ce film. C’est que l’écriture est pauvre, et le rythme bien absent, malheureusement. On s’ennuie, souvent, et trouve le temps long.

En clair, on est passé à côté, mais peut-être que d’autres – vous ? – trouveront ça génial. Allez savoir. On le lui souhaite, à Sylvie. Voyez, on a même envie de l’appeler Sylvie, déjà, et de la tutoyer comme un vieux pote.

SORTIR DE LA CITE DES 4000

Un budget fringues qu'on devine colossal.

Un budget fringues qu’on devine colossal.

En même temps, après avoir vu Papa was not a Rolling Stone, on a franchement l’impression de connaître sa vie, il faut dire. On suit les aventures de Stéphanie (Doria Achour), lycéenne à La Courneuve, dans les années 80. Elevée par sa mère Micheline (Aure Atika), qui l’a eue trop tôt et par accident, elle doit supporter les brimades de son beau-père, beauf joliment incarné par Marc Lavoine.

Stéphanie, dans cette ambiance morose, survit grâce à sa grand-mère, ses livres, sa passion pour la danse et… son amour pour Goldman. Elle survit, surtout, en pensant à l’avenir. Un avenir qui, promis, juré, se passera en dehors de cette cité des 4000. Non qu’elle la déteste, au contraire, elle est sa vie, mais elle a bien compris que rien de bien, pour elle, ne pourra s’y passer.

Et pas même l’amour qui, pourtant, lui tombe dessus, en la personne de Rabah (Rabah Naït Oufella). C’est donc l’histoire de Stéphanie, lycéenne studieuse qui, avec hargne et énergie, se prépare à son envol vers d’autres cieux, plus sereins, entourée des siens, et notamment sa meilleure amie Fatima, une très marquante et juste Soumaye Bocoum.

TOUS LES ECUEILS DU PREMIER FILM 

Sur le papier, on tient là quelque chose d’intéressant. Une belle histoire, vraie, touchante. Le combat d’une jeune fille qui veut s’en sortir. Sauf qu’on n’est pas entré dedans. Pas un instant. La faute aux dialogues dont, on l’a dit, la pauvreté nous a déçus. La faute à un phrasé, mélangé de verlan suranné, qui nous a semblé sonner faux.

Et prière de ne pas compter sur la mise en scène pour réveiller l’intérêt. Elle est plate. Disons consensuelle. Dramatiquement classique et sans prise de risque. C’est un premier film, avec tous les écueils du genre. On sent que c’est fragile, pas forcément maîtrisé. Que ça tâtonne, que ça hésite. Que quelque chose – appelons cela la peur de mal faire – retient trop fermement la caméra.

Tant pis. On passe notre tour pour ce film, mais on note quand même, par curiosité, quelque part dans notre petite tête, le titre du livre, pour le lire un jour.