20141027

White Bird, du bon Araki qui ne convaincra que les convaincus

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Du Araki pur jus. C’est-à-dire qui ne convaincra que les convaincus. Quelque chose entre classicisme hitchcockien et ambiance acidulée de sitcoms pour ado. On aime ou on n’aime pas mais c’est toujours aussi surprenant. Et bien mené. Avec, surtout, un grand rôle pour Eva Green.


Un film de Gregg Araki, cela se repère d’emblée. C’est ça qui est bien. Le signe des grands. Disons, en tous cas, que le gars a ses petites manies. On aime ou on n’aime pas. Nous on aime plutôt – ce plutôt ayant pour but de nous permettre d’introduire quelques réserves qu’on avait déjà avec son Kaboom, la dernière fois.

Comme d’habitude chez lui, Araki rigole pas trop dans sa mise en scène. C’est bon, vous l’avez ? Mais si, enfin : Araki rigole… Araki ri… Hara-Kiri… Hilarant, tout simplement hilarant. Bon. Passons. On a ici, avec White Bird, quelque chose de diablement intéressant, entre ambiance hitchcockienne et pop acidulée digne de certaines sitcoms pour adolescents.

Plus bas et on voyait ta bite, mon garçon.

Plus bas et on voyait ta bite, mon garçon.

UN SCENARIO SANS SURPRISE, MAIS BIEN FICELE

On oscille constamment entre le classique et le post-moderne. Le mélange des genres est assez déroutant mais, au final, comme c’était le cas déjà avec Kaboom, franchement fascinant. C’est simple : on comprend très vite – dans les grandes lignes – où Araki va nous mener mais, pour autant, on le suit et, quand ça arrive effectivement, on n’est même pas déçu.

Au contraire. C’est étonnant car avec n’importe qui d’autre, on en arriverait à conclure que le film est pourri, trop prévisible. Pas là. C’est que, mine de rien, sous ses faux-airs linéaires, le scénario est d’une maîtrise implacable. Porté, qui plus est, par des interprétations assez sublimes de ses actrices principales.

On suit ainsi les questionnements de Kat (Shailene Woodley) qui, à 17 ans, alors qu’elle découvre son corps et la sexualité, voit sa mère disparaître subitement – « Je découvrais mon corps, ma mère glissait hors du sien », résume-t-elle ainsi dans une réplique.

Très paradoxalement, cela ne semble guère la troubler. Faut dire qu’elle se comportait bizarrement, la maman (une sublime Eva Green, on y reviendra). Tellement que, finalement, sa disparition a tout de la simple et banale fuite.

UN ROLE A FACETTES MULTIPLES POUR EVA GREEN

Une rôle sublime de Desperate housewife hitchcockienne pour Eva Green.

Une rôle sublime de Desperate housewife hitchcockienne pour Eva Green.

Kat, malgré tout, est évidemment touchée par l’événement, même si elle n’en laisse rien paraître. Disons que, dans sa vie en construction, il lui manque quelque-chose pour pouvoir se construire sereinement.

Assaillie de questions existentielles, elle a absolument besoin de réponses. Or, prière de ne pas compter, pour cela, sur son falot de père (Christopher Meloni), dont on se demande bien, tout au long du film, s’est est crétin ou juste con. C’est un peu la même chose ? Ah ben oui tiens… On l’a donc visiblement assez bien cerné, le papounet, faut croire.

On se surprend à n’écrire que sur Kat. Pourtant, ce n’est pas elle l’héroïne. La vraie, celle qui habite le film, souvent en fantôme, mais néanmoins toujours dans les esprits, c’est la mère. Eva Green, merveille de beauté hitchcockienne. Wouah ! Quel rôle pour elle. Quelle aura. Dépressive, on la croit folle, la déteste pour sa dureté puis, la seconde d’après, se trouve plein d’empathie pour cette pauvre petite chose malheureuse.

QUAND HITCHCOCK RENCONTRE UNE SITCOM POUR ADO

Où cours-je? Dans quel état j'erre? Où est maman surtout?

Où cours-je? Dans quel état j’erre? Où est maman surtout?

C’est, pour une actrice, un rôle assurément rare, demandant, d’une scène à l’autre, toute une palette d’émotions plus éloignées les unes des autres. Franchement sublime. Eva Green tient ça avec maestria et une facilité déconcertante. Et c’est drôle de voir comment, en creux, Eva Green est partout présente quand, pourtant, ses scènes sont assez peu nombreuses finalement.

Film d’homme pour les femmes, ce White Bird donne aussi à Shailene Woodley un rôle fort, dont elle s’acquitte elle aussi sans faillir. A côté, les deux hommes, le père, comme le petit ami Phil (Shiloh Fernandez) paraissent un brin en retrait. Mais ce n’est pas grave.

Ces deux filles suffisent à nous tenir en haleine. Jusqu’au bout. Quand bien même ce bout est sans surprise. Du bon Araki en somme. Même si, bien sûr, on apprécie beaucoup plus le côté « Hitchcock » que le côté « sitcom ados ». Lequel a, malheureusement, un peu tendance à prendre le dessus.