20141118

Changer de démarche, partie 2

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La semelle orthopédique est la preuve matérielle de l’athéisme.


La suite, pas à pas, de mes trépidantes aventures, le lecteur collé à mes semelles.

Visite de contrôle chez la podologue. Je rentre avec la sensation que rien n’a changé, que mes pieds miment encore le canard sauvage. Elle me fait défiler et me rassure, ma démarche est d’une banale normalité. Avec le pied gauche tirant un peu vers l’extrême, la rééducation n’est pas politique.

J’en sors le pas léger, comme après l’achat d’une paire de chaussures. Je retrouve mes réflexes de l’école primaire, quand pour essayer les nouvelles baskets qui me feraient courir plus vite, je profitais du moindre escalier, du moindre dénivelé.

Cela fait quelques jours que je ressens mes jambes moins lourdes et le silence de mes genoux. C’est donc ça être un Homme neuf. Je m’étais trompé. Je pensais rajeunir, je ne fais que ralentir le processus.

Plein d’allant, je brossais dans la dernière chronique le rêve d’un avenir meilleur, d’un futur héroïque, d’un Grabeuz 2.0. Je comprend maintenant mon illusion. A 15 ans, on fait du sport pour être sportif. A 30 ans pour être encore en forme. Ensuite, pour ne pas trop mal vieillir.

« Chaque pas posé me rapproche de la mort,
toute semelle usée est un sablier »,

dirais-je, si j’étais gothique ou émo ou en cours de maths en 3ème C, écrivant en douce dans mon agenda fido dido.

Mais ne l’étant pas ou plus, j’en reviens à mes pieds.

J’ai du mal à comprendre les fétichistes. Je contemple mes panards, si familiers et en même temps si étranges. C’est comme une main extra-terrestre. (C’est moi ou cette chronique est vraiment étrange ?) Je tape « pieds » sur duckduckgo, moteur de recherche me rappelant les cris d’encouragement au triple saut de mes années lycée, mais aucune excitation ne me vient. Même en me forçant un peu. En même temps, je ne sais pas vraiment comment on fait pour se forcer à trouver un pied attirant.(1) (Oui, cette chronique est vraiment chelou, on devrait peut-être lui supprimer les semelles ou lui casser les genoux).

Et puis, maintenant qu’on a parlé de la mort et de sexualité, on pourrait parler de dieu. La semelle orthopédique est la preuve matérielle de l’athéisme.

Créer des êtres qu’il faut rafistoler avec un bout de plastique parce qu’ils ne sont plus sous garantie, ou parce que le grand Barbu n’a pas prévu de ‘retour-usine’, c’est un coup à perdre de la clientèle. Il est étonnant que l’orthopédie ne soit pas considérée comme blasphématoire, et que des bataillons d’intégristes ne hurlent pas aux déremboursement des prothèses. Peut-être que cela explique le look bermuda-sandale. Hypothèse en suspens.

La prochaine fois, je vous parlerai de mes pieds. Encore ? Oui encore. Vous préférez que je vous parle de Sarkozy, de Dieudonné ou de la manif pour tous ? Bon, bah alors…

 

 

 

 

(1) je rêve d’une recherche google arrivant sur cette page par l’enchaînement de ces mots…