20141121

Favelas, un film assurément pas sponsorisé par l’office du tourisme brésilien

Favelas

On doit Favelas à Stephen Daldry, le réalisateur de Billy Elliot. Et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’on est bien loin de la qualité de ce dernier. Ce n’est pas raté, non, c’est juste… mignon. Voilà, c’est ça, mignon.


Film étrange que ce Favelas. Ni raté, ni réussi. Moyen. Oscillant sans cesse entre le naïf et le mignon. Des lourdeurs assez terribles, aussi. Mais de jolis moments qui viennent contrebalancer tout ça. Une certitude, quand même : on est loin, très loin, de la qualité de Billy Elliot.

Eh oui, car derrière ce Favelas, qui transpire étonnamment le premier film, tant il est truffé de maladresses, se cache Stephen Daldry, le réalisateur de Billy Elliot. A vrai dire, on n’avait pas fait attention de prime abord, quand on est allé voir le film.

LE PORTEFEUILLE DE LA DISCORDE

Allons humer le bon air de la décharge.

Allons humer le bon air de la décharge.

On avait été intrigué par la bande-annonce. L’histoire avait du potentiel. On est au Brésil, dans les bidonvilles de Rio. La pauvreté poussée à l’extrême. Des enfants, livrés à eux-mêmes, qui vivent dans les décharges et y glanent de quoi survivre. L’amitié pour cimenter le tout. Tenir, puisqu’il le faut. S’entraider.

Rafael et Gardo sont inséparables. Et voilà qu’un jour, Rafael trouve un portefeuille au milieu des détritus. Un coup d’oeil rapide pour s’apercevoir qu’il est plein de fric. Hop, ni vu ni connu, il l’embarque et, le soir, regarde ça de plus près.

Dedans, de l’argent, donc. De quoi améliorer l’ordinaire. Une carte d’identité, aussi, une photo et, au dos, des chiffres écrits à la va-vite. Tout cela semble bien anodin. Sauf que, très vite, la police débarque. Ce portefeuille, elle le recherche visiblement ardemment. Tellement, d’ailleurs, qu’elle offre une forte récompense à qui le lui rendra.

POLICE PARTOUT, JUSTICE NULLE PART 

Oh sac poubelle, pourquoi es-tu sac poubelle ?

Oh sac poubelle, pourquoi es-tu sac poubelle ?

Sauf que la police, là-bas, personne ne lui fait confiance. Pas question, pour Rafael, de dévoiler sa découverte. Surtout, ces efforts déployés pour mettre la main sur sa trouvaille attisent sa curiosité. S’ensuit ainsi un jeu de pistes pour remonter la source, et retrouver ce gars, José Angelo, à qui appartient le portefeuille. Qui est-il ? Qu’est-il devenu ? Pourquoi la police est-elle ainsi sur les dents ?

Rafael et Gardo entraînent dans leur quête Rato, petit gars débrouillard qui les guide dans un Rio dangereux et violent. A ce propos, on imagine bien que ce film n’a pas été sponsorisé par l’office du tourisme brésilien, tant il donne une image bien sombre du pays – mais sans doute plus réelle que les images des cartes postales habituelles. C’est bien simple : c’est Zola et Germinal ! Bienvenue au XIXème siècle…

Les riches contre les pauvres, le clivage social, la police et les politiques corrompus. Et Dieu pour tenter de souder un tant soit peu la société. Dieu partout. Ils passent leur temps à prier, les gosses. Et, dans le bidonville, le phare c’est le père Julliard, joué par Martin Sheen, ainsi que son assistance américaine Olivia (Rooney Mara).

UN FILM D’AVENTURE ADOLESCENT BIEN NAIF

Un énorme budget sac poubelle...

Un énorme budget sac poubelle…

Tous les ingrédients, en somme, pour un film d’aventure adolescent. On insiste sur le caractère adolescent du truc… Tout y est très enfantin. Si on voulait être méchant, on dirait naïf. Va pour naïf dans ce cas.

Car il faut être méchant. Pas le choix. Cette naïveté, qu’on accepterait d’un premier film, devient dérangeante quand on sait que, derrière la caméra, on a Stephen Daldry. On n’est ainsi pas fan, mais alors pas du tout, de la construction du film, avec des passages vidéos enregistrés par les enfants. C’est censé introduire les scènes suivantes. Genre on est trop cons pour comprendre… Cela vient complètement casser le rythme, c’est dommage.

On passe, aussi, sur la trame du scénario, cousue de fil blanc ; sur la fin attendue et qu’on voit arriver avec ses gros sabots – grosses tongs plutôt, si on veut faire couleur locale. Reste, quand même, des passages mignons, appelons ça ainsi, et un discours gentillet sur les vertus de l’amitié. De quoi, peut-être, plaire aux jeunes enfants, clairement la première cible  – et sans doute la seule – de ce film.