20141104

Le Body en folie de Harry Crew

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Gros retour en force de nos amis bodybuilder ces temps-ci. De quoi avoir envie de se plonger, toute créatine dehors, dans l’oeuvre de ce bon vieux Harry Crew et son Body.


Le sujet peut paraître décalé, surprenant et hors de propos mais lire un roman traitant de body building – féminin de surcroît – est une expérience hors du commun à essayer à tous prix. Cela tombe plutôt bien puisque Body traite du sujet avec humour et férocité. Une constante, visiblement, dans l’œuvre de Crews.

LE FREAK, C’EST CHIC

C'est l'histoire d'un gars qui respire la joie de vivre (en même temps il est mort donc...)

C’est l’histoire d’un gars qui respire la joie de vivre (en même temps il est mort donc…)

L’auteur a une passion pour les pratiques et les personnages en marge d’une société classique et bien-pensante, et en particulier pour les freaks : ces êtres monstrueux, tordus et bizarres qui hantent le paysage de l’imaginaire américain (tous les arts confondus).

D’ailleurs il semble doté d’un potentiel « tordu » assez fort au vu de sa biographie, Harry Crews : engagé à 17 ans au Vietnam, vagabond, alcoolique, tabassé par un indien unijambiste (si, si)… il a vécu des tas de vies et cela transpire dans ses écrits marqués par un réalisme brut et une folie de ses protagonistes.

Revenons à nos « costaudes » : deux championnes, grandes rivales aux « bodies » parfaitement opposés, deux conceptions de cet art corporel extrême. La musculature suprême toute en forces ou la beauté des lignes, l’élégance d’une silhouette qui reste féminine.

DES PAUMES QUI VONT DROIT AU COEUR

Mais resituons les cadres : le Blue Flamingo de Miami, un hôtel luxueux ; à une époque où cette discipline intéresse encore les foules. Sheerel, personnage et championne principal, bouillonne en attendant la consécration. Seulement sa famille débarque et ses membres sont tous bien particuliers : sa mère, son père alcoolique, ses deux frères débiles, sa sœur obèse, et surtout Clou, son fiancé, revenu du Vietnam, amateur de couteaux et d’explosifs et surtout très très agressif.

En raconter plus n’aurait finalement aucun sens dans la mesure où c’est une ambiance que réussit à distiller l’auteur dans ces pages. Une fois n’est pas coutume les descriptions psychologiques des paumés vont droit au cœur et une certaine émotion, voire une fragilité, ressort de ces « golgothEs » en puissance.

Trop de bras, pas de chocolat.

Trop de bras, pas de chocolat.

Mélangez tous ces ingrédients avec les gens riches et banals présents dans l’hôtel, le directeur d’établissement très limite et Billy « the Bat », le bodybuilder au dos surpuissant qui va littéralement séduire la sœur de Sheerel (et par ce biais nous offrir une des scènes érotiques les plus imagées et créatives de la littérature américaine), et vous obtenez la recette idéale du livre qui secoue.

Il serait dommage de ne pas profiter de cet article pour constater le récent regain d’intérêt pour cette discipline avec, chronologiquement, rapidement et non exhaustivement, les sorties suivantes :

DE SCHWARZY A ROSHDY

La biographie d’Arnold Schwarzenegger en 2012 : pavé concentré de techniques de musculation, d’images étonnantes et de petits secrets et anecdotes sur le Hollywood des années 80, sans oublier la politique. Passionnant et très riche.

Et, bien évidemment, le film sobrement intitulé Bodybuilder décrivant avec plus ou moins de précision la vie sportive d’un authentique athlète, le tout mêlé d’une romance familiale dont chacun aurait largement pu se passer. L’allait pas refaire Pumping Iron quand même le Roshdy Zem.

 

En attendant que les muscles poussent (tous seuls), bonne lecture !