20141114

Le rugby, c’est tellement classe !

rugby Iles du Pacifique

Ah ! les jolies valeurs de l’ovalie. En voilà un sport, viril, mais correct, fait de plein de vertus magnifiques. Sauf que pas tant que ça, à y regarder de plus près. Ca se fout gentiment sur la gueule, bien plus que dans le foot pourtant honni, et c’est pas toujours très beau à voir.


Il y a quelques semaines, une vidéo montrant un rugbyman défoncer son adversaire à coups de poing avait fait le tour de la toile ! L’occasion était trop belle pour rétablir certaines vérités. Le sport évolue et le rugby, aussi noble qu’il puisse être pour certains, change aussi.

Oui, j’ose et je m’en fous. Par ces mots, je l’écris et je le surlignerai en gras sans hésiter : non, le rugby n’est pas un sport noble. J’aime le rugby mais j’aimerais que les gars du sud-ouest redescendent sur terre. La preuve est là en vidéo. Le 13 octobre de cette année, le rugby a perdu beaucoup de ses lettres de noblesse. Pourquoi ? Parce que Ben Flower…

C’est qui ce mec ? Un pilier des Wigan Warriors qui a été expulsé au bout de deux minutes de jeu après avoir asséné de coups de poing Lance Hoaia, un joueur des Saint Helens Saints, l’équipe adverse, lors de la finale de la Super League. Il s’agit du championnat de rugby à XIII majeur sur le vieux continent. La fête était belle à Manchester. Tout le monde se délectait devant ces gros bébés aux lèvres arrachées et aux oreilles qui pendent. On se boit une bière tranquille dans les tribunes, on se remémore les exploits des joueurs lors des tours précédents pour se hisser jusqu’en finale.

(Fiction) Dans les gradins, les supporters se pavanent. «  Regarde mon fils comme c’est beau le rugby. Oublie le foot et ce sport de riches, de danseuses qui, à peine touchés, se couchent comme des pleureuses. Ils devraient se faire une petite session de mêlée et verraient ce que signifie réellement prendre des coups. »

Ce à quoi le gamin répond :  » Mais papa, ils ont l’air de brutes, à se rentrer dedans, à se plaquer et à bouffer la pelouse. » Le paternel répond par rire gras.   » Fiston, ces hommes sont des exemples, sont des gentlemen. Derrière cette violence de façade, il y a l’idée de sacrifice pour ses coéquipiers, de lutte tout en respectant l’adversaire. Le foot est violent. Violence dans les stades, violence entre les supporters, entre les joueurs, envers l’arbitre. Jamais tu ne verras une once de violence lors d’un match de rugby. »

Les supporters anglais de Sa Majesté font le show !

Depuis sa bouche, j’ai l’impression d’entendre un mec qui lit ce blog. Je cite : « J’affirme quand même haut et fort que le rugby est le plus beau, le plus grand, le plus noble des sports. Le rugby, seul sport de combat collectif, va plus loin. Il réclame l’absolu : se sacrifier pour son coéquipier, son frère d’armes. Accepter cela, c’est entrer tout entier dans l’humanité. Car cela exige de l’humilité et de la générosité, de la bravoure et de la confiance. Il n’y a pas plus forte, plus belle offrande que ce don de soi, cette souffrance consentie pour en préserver le coéquipier. » L’auteur de ce blog est un fanatique. Très extrême dans ses propos, il aime haïr le foot et citer des personnes peu recommandables pour compléter ses textes.

Toutefois, ses dires montrent bien dans quel trip vivent certains passionnés de rugby. Ils aiment élever leur sport au-dessus de la mêlée (elle était facile, je vous l’accorde). Certes les footeux peuvent être très cons. Il y a beaucoup d’aspects dans ce sport qui pourraient en dégoûter plus d’un, mais le rugby n’a pas à être mis sur un tel piédestal. Le respect de l’autre dans le plaquage me fait bien rire. Ce sport tant noble a bien changé mes cocos.

Quand après seulement deux minutes d’une finale, un joueur fout un premier coup de poing à son adversaire avant d’en remettre une couche, lorsque ce dernier est au sol, je perds de vue la noblesse. Lorsque ce même dingue se fait expulser logiquement par l’arbitre pour son geste, laissant ses coéquipiers en infériorité numérique, il ne pense qu’à sa gueule et il laisse dans la merde les autres membres de son équipe, qui d’ailleurs perdront logiquement la finale.

Où sont les valeurs de sacrifice et de solidarité dans ces cas-là ? Où se situe le respect de l’adversaire ? Les valeurs d’humanité, qui sont fièrement brandies lorsque survient une comparaison avec ces imbéciles de footeux, partent en fumée. Peut-être que c’était le cas avant. Mais, aujourd’hui, c’est différent.

LE RUGBY ET LE VALSE DES COUPS DE POING

Même si je n’en maîtrise pas toutes les règles, je reste impressionné par le rugby. J’aime regarder les matchs du XV de France. Je suis assez fan de cette brutalité franche et, sans tromperie, et de ces piliers de 100 kilos qui tapent des sprints comme en seraient incapables certains footeux. Oui, ce sport envoie du lourd, mais fait place aussi à quelques gestes indignes. Le coup de sang de Ben Flower n’est pas le premier du genre sur un terrain de rugby. Et oui, il y a des cons dans le foot, mais il y en a aussi dans le monde de l’ovalie.

Janvier 2014, lors d’une rencontre de Top 14 (le championnat de France de rugby), un joueur de Perpignan, Romain Taofifenua, a totalement perdu son self control, faisant étalage de ses talents de boxeur contre les Grenoblois.

En finale de la Coupe du monde de rugby 2011, la France s’incline contre la Nouvelle-Zélande. Le lendemain, alors que les Français sortent déjeuner dans le centre-ville, Pascal Papé crache sur un journaliste qui prenait les Bleus en photo. Noble, certes, mais mauvais perdant avant tout.

Décembre 2013, match de Pro D2, championnat de France de deuxième division, entre le Lou et Agen. Sébastien Chabal agresse littéralement l’Agenais Marc Giraud. Une sale action qui fait très tache lorsqu’on dispute la dernière saison de sa carrière pro. Hein Seb ?

LE RUGBY BLING-BLING

Chabal, la transition est parfaite. Ce mec est l’exemple type des changements observés dans le rugby ces dernières années. L’image d’un sport populaire et familial n’existe plus. L’ère du professionnalisme est passée par là en France. Le rugby est devenu un sport qui rapporte de l’argent, qui fait de l’audience et qui tient désormais une place de choix dans l’Equipe.

En 2007, la France découvre donc Sébastien Chabal lors de la Coupe du monde de rugby. Une touche capillaire hors du commun, une barbe d’homme des cavernes, un regard de tueur et un joueur qui plaque à tout va. Le public devient très vite fan et la com’ fait le reste pour tourner ce franchouillard joueur de rugby en une véritable icône publique. Les guignols ont trouvé leur nouvelle marionnette pour donner la réplique à cet abruti de Bernard Laporte. Les pubs lui font les yeux doux et ne parlons pas des plateaux télé. Seb Chabal devient le caverneux au grand cœur qui ira même chanter avec les stars. Bref, le noble devient vite un gros produit marketing et le joueur français de rugby le mieux payé.

Les dieux du Stade en action !

Les dieux du Stade en action !

Certains disent que le rugby est aux antipodes du one man show. Ah, je me marre. Focus sur le Stade Français. Le club de rugby de la capitale. Dans le monde du rugby, il est dur d’exister si on ne vit pas dans le sud-ouest. Alors pour montrer qu’à Paris, on sait aussi transformer un essai, le Stade Français investit beaucoup dans le marketing. Calendrier, maillots roses dégueulasses et matchs organisés au Stade de France avec pom pom girls et show à l’américaine. Un market ridicule qui n’en vaut pas la peine.

Mais même quand on est populaire, on veut sa part du gâteau. Un peu de pognon, ça fait toujours du bien. D’ailleurs, cela n’a pas que des effets négatifs. Aujourd’hui, le championnat français attire une pelle de joueurs internationaux étrangers, sélectionnés dans les meilleures nations du monde. Le Top 14 est super compétitif et les clubs français gagnent régulièrement la coupe d’Europe. Comme le prouve le RC Toulon, vainqueur de la H Cup l’an dernier. Aujourd’hui, le club toulonnais est plus qu’une machine à remporter des titres et peut être considéré comme le Real Madrid du rugby. Ca transfère et achète à tout va. A l’image de Florentino Perez au Real, le président de Toulon sait aussi casser sa tirelire pour faire signer les grosses stars de la planète.

Tout est dans le chéquier. C’est ça la noblesse du 21ème siècle. Essai transformé !