20141113

Soundwalk, Paris dans l’ère du son 

Soundwalk Paris

Promeneurs, à vos casques, prêts, partez… Paris en sons, avec Isild Le Besco, Hélène Fillières, Lou Doillon, Florence Loiret-Caille et Virginie Ledoyen, c’est maintenant possible avec les balades sonores parisiennes du collectif Soundwalk.


Isild Le Besco, Hélène Fillières, Lou Doillon, Florence Loiret-Caille et Virginie Ledoyen ont deux points communs. Elles sont actrices et ont donné leur voix aux balades sonores parisiennes du collectif Soundwalk. Elles m’ont parlé sur des kilomètres dans des coins de Paris que je n’aurais jamais su aimer sans elles. C’est Paris plus romantique et belle que jamais qui parle à travers elles. Sur 40 minutes, Soundwalk est un merveilleux enchaînement d’informations utiles ou futiles dont il est parfois difficile de dire si elles sont fictives ou pas.
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UN DOLLAR LES 40 MINUTES DE SON
Vous l’avez remarqué, nous sommes dans une époque saturée d’images, de bruits, de gens, d’informations, on a besoin de faire le tri tout le temps. Mais pour chacun de nous parmi ce flux contemporain, se révèlent des indispensables. Le mien est en permanence dans mon sac à main : il est petit, léger, furieusement éphémère. S’il s’agit de perdre une heure entre deux rendez-vous, s’il s’agit de vivre un moment de cinéma vivant ou de sublimer une journée aride, je sais que j’aurai toujours à portée de main l’une des cinq balades de Paris. Elles ne coûtent qu’un dollar sur internet. Vous êtes peut-être fauché et rêvez peut-être d’ailleurs, votre avide besoin d’intensité devrait adorer.
« Là, regardez la porte en verre, au numéro 1. Arrêtez vous là. C’est chez ma psy, ou plutôt ma psycho-analyste thérapeute de la voix, et elle fait tout son possible pour m’aider à m’accepter comme je suis et … c’est pas facile » . Lou Doillon nous parle mais on ne la voit pas, on entend le bruit de ses talons dans Pigalle, puis elle s’allume une cigarette ultra sensuelle. C’est surjoué et osé. Plus loin, dans une ruelle, elle pousse la subversion jusqu’à mimer une agression sexuelle. Ca donne à Paris un côté polisson qui lui manque et qui en énervera sans doute d’autres. Ca ne peut pas laisser de marbre.
JAMAIS SANS MON CASQUE
J’ai souvent rêvé de voir Paris pour la première fois et Soundwalk, par ce subtil mélange d’échos, de sons, de détails, de rythmes, me la fait un peu voir comme ça. Si j’étais une touriste en tous cas, c’est immergée que j’aimerais visiter la ville musée. Avec des citations et des notes glissés dans mes oreilles. On a envie de se foutre du monde moderne, d’épouser le romantisme du 19e siècle, de prendre Paris dans ses bras et de hurler : « Nous travaillerons jusqu’à l’agonie, que faire d’autre au monde à part se saouler quand vient le moment où la réalité n’est plus à la hauteur du rêve. »
Cette phrase c’est Delacroix qui l’a écrite à George Sand, et aujourd’hui c’est Virginie Ledoyen qui me la répète en marchant dans Saint-Germain. Au rythme où l’on avance, les yeux voient avec les oreilles derrière les murs. Parfois on pousse des portes, on s’invente des missions où l’on observe les gens fixement. Il est dans Paris des libraires, antiquaires, galeristes mythiques que l’on est à peu près sur de trouver dans leurs échoppes. Soundwalk les fait parler en face de vous.
Je rentre sans réfléchir dans les cafés, hôtels et cours comme si rien ne pouvait m’arriver. Je suis allée renifler des livres anciens dans une microboutique de la galerie Vivienne. Je n’aurais pas osé le faire si Hélène Fillières ne me l’avait pas demandé. Elle, toujours, me lit Céline en approchant des jardins du Palais Royal..
« Les arbres au loin dans le jardin, les pelouses, les nourrices, 
la volée des piafs qui sautillent à travers les bancs, 
le jet d’eau qui caracole dans les bouffées de brise.
J’aime ces allées d’arbres, qui se font l’échos des allées de pierre. »
Regardez autour de vous Céline qui se répète. »
Passé et présent ne font plus qu’un, littérature et architecture aussi. J’ai eu le même sentiment en regardant Apocalypse, ces archives privées de la Grande-Guerre à qui on a redonné de la couleur. Jamais la guerre ne m’avait paru aussi réelle. Mon coeur bat à chaque fois aussi fort pour ce supplément d’âme donné aux quartiers de Paris. Ce cadeau impalpable aux yeux et aux oreilles. Le sound design très réussi provoque de réels moments de grâce durant lesquels on oublie qu’on doit avoir l’air un peu con. Une fois la balade finie, on a peur de retirer son casque, la voix nous laisse là, nus sans son, les sens à vif, un peu hagard. Terriblement séduits et pleins de nouvelles adresses en poche.
« Vous me voyez? Non je vous l’avais dit. Vous êtes dans mon rêve. Je ne suis pas là et je n’ai jamais été, je ne sais pas qui vous êtes et demain matin vous m’aurez oublié. »
 
DITES-LE EN MUSIQUE
J’aimais l’image? Oui mais maintenant je ne jure que par le son et la chimie des sens. C’est l’ère du son, drogue légale et avec elle une nouvelle génération de faiseurs d’ambiance, descendants de la Blogothèque. Je n’écris plus de textos, je laisse des messages audios, je ne prends plus de MDMA, je me drogue sur Youtube. Car le son, c’est bien plus que juste de la musique, et qu’il a de l’avenir dans notre époque.
Le collectif parisien Garage Mu en a aussi fait sa spécialité, l’été dernier ils nous emmenaient revisiter le canal de l’Ourcq en son durant la première édition du festival Bande Originale. Le génial créateur de Soundwalk vit à New York mais a semé ses beats un peu partout. L’un des projets les plus connus du collectif a trouvé son décor au Berghain, dans lequel ils ont capté toutes les vibrations du club berlinois.
Demandez à qui vous voudrez, je déteste Paris y a rien à faire, j’suis née comme ça mais à me relire il semblerait que ça a un peu évolué. Le son, ça sublime tout, si bien que l’on voudrait que la vie soit une balade sonore permanente, un doux rêve sur le chemin du travail, les repas, la banlieue, la famille, la nuit, l’humour, l’amour. Et si à Apache on faisait nos propres soundwalk, nous suivrez-vous?