20141212

Retour sur la Première Guerre mondiale, au plus près des combats, avec Vu du front

vu du front

Comment représentait-on la Grande Guerre ? Comment surtout, ces représentations ont-elles évolué au fil des ans et de l’enfoncement dans la barbarie… De la guerre magnifiée on glisse très vite à la guerre beaucoup plus cru, dure, violente. Vu du front montre tout ça aux Invalides.


On a vu des organisations plus subtiles que celle de ce Vu du front, aux Invalides. On entre à un endroit, chemine à travers quelques salles, puis franchit une grande galerie réservée aux costumes de guerre napoléoniens, sans aucune rapport, et monte au troisième étage.

Bref, « Vu du front, représenter la guerre » est explosé dans plusieurs endroits du musée des Armées mais, en dehors de ce cheminement un poil particulier, rien à redire.

GLISSEMENT SEMANTIQUE AUTANT QUE TECHNIQUE

Verdun, par André Devambez (détail).

Verdun, par André Devambez (détail).

Ou plutôt si : que du bien. Car, même si cela commence mollement, ça finit en apothéose, avec franchement de jolies choses. Il s’agit, à travers des documents rares et, pour ce qui nous concerne, jamais vus, de voir comment les contemporains de la Grande Guerre pouvaient percevoir et rendre compte de qui se passait sur le front.

Et ce sur un panel d’une richesse assez dingue, depuis les informations sous contrôle de la censure, donc un brin grandiloquentes, jusqu’aux reportages de guerre, cette fois tout ce qu’il y a de plus réalistes, menés par les illustrateurs de l’époque.

Ce sont évidemment ces derniers les plus intéressants avec, en plus, un glissement technique qui s’opère et s’apprête à révolutionner le métier. Des gravures et illustrations des débuts de la guerre, on passe en effet petit à petit à la photographie.

Certes, les appareils photos ne sont encore guère portatifs et pratiques d’utilisation, mais il n’empêche : rien que leur présence, chez quelques-uns des protagonistes, suffit à bouleverser la manière de représenter la guerre. Cela et les horreurs qui n’en finissent pas, évidemment.

PEINTURE SUR OMOPLATE DE CHEVAL

L’heure est donc à montrer l’horreur dans ce qu’elle a de plus cru. La violence. La mort. Le sang. On est loin, en 1918, des gravures montrant très esthétiquement les joyeux soldats, pantalons rouges bien voyants, s’en allant gaiement guerroyer. Non, on est alors avec des fusains noirs, inscrivant sur papier le fracas des bombes, des explosions et des corps mutilés.

C’est donc, avec cette expo, une façon singulière de revisiter la Guerre. On ne la voit ni dans ses déroulements stratégiques, ses grandes manoeuvres ou ses grands hommes mais, au contraire, au plus près des tranchées et du poilu de base.

Ainsi, l’oeuvre la plus émouvante, assurément, est cette omoplate de cheval, peint par un soldat pendant une accalmie. Où comment l’art, en somme, se niche partout, et se montre plus fort, toujours, que la barbarie.

L’artiste-soldat (ou soldat-artiste, comme vous voulez), un Allemand, a figuré sur ce petit bout d’os une attaque de zouaves vue de face. On s’y croirait presque confronté, à voir la face hurlante de ce soldat qui charge devant nous…

A vous donner des frissons. Ne serait-ce qu’en imaginant que ce soldat, ensuite, s’est sans doute coltiné de devoir porter sa peinture des jours durant avant de la confier à l’arrière. Joli d’abnégation.

Cette peinture sur omoplate de cheval est juste bouleversifiante.

Cette peinture sur omoplate de cheval est juste bouleversifiante.

DE LA GUERRE MAGNIFIEE A LA GUERRE DANS CE QU’ELLE A DE PLUS CRU 

Dans le même genre, il faut aussi citer ce crucifix autrichien, formé d’une baïonnette italienne montée sur la coque d’une grenade. Là encore, une magnifique démonstration de la supériorité de l’art sur la mort, la guerre.

Voilà pour l’anecdote, issu des objets des Poilus. Le gros de l’exposition est surtout consacré aux oeuvres des « professionnels ». On cite, dans le désordre, Georges ScottFrançois FlamengPaul JouveHeinrich VogelerJames McBey ou encore Félix Vallotton.

Avec, comme on le disait plus haut, leur art qui s’affine. Leur regard qui se fait plus dur, plus cru. La guerre, de valorisée, glorifiée, est de plus en plus montrée pour ce qu’elle est. A savoir une horreur, de bout en bout.

Ce crucifix, fait d'une baïonnette et d'un socle de grenade est un exemple parfait : l'art, toujours, sera plus fort que la guerre.

Ce crucifix, fait d’une baïonnette et d’un socle de grenade est un exemple parfait : l’art, toujours, sera plus fort que la guerre.

Vu du front, représenter la Grande Guerre
Musée des Armées,

Jusqu’au 21 janvier 2015