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A most violent year, le film de cette fin d’année (et du début de l’autre)

A-MOST-VIOLENT-YEAR-Affiche-France

Le héros de A most violent year veut vivre le rêve américain honnêtement. Le fou… JC. Chandor, après Margin Call, mais d’une manière bien plus efficace, en remet une couche sur cette connerie de rêve américain. Servi par un scénario d’une richesse incroyable, on tient là le film de cette fin d’année, et du début de l’autre. A voir dès le 31 décembre.


Après Margin Call, qu’on n’avait pas aimé, JC.Chandor continue son exploration du rêve américain, et surtout de ses limites, avec A most violent year. Et là, clairement, on a aimé. Plus que ça même : adoré.

Il faut se laisser porter par le faux rythme que l’on nous impose. Une lenteur savamment distillée, hors du temps et qui, passés les premiers moments de flottements – on n’en a plus guère l’habitude – parvient à nous cueillir pour de bon.

UNE LENTEUR DÉLICIEUSE 

C’est alors parti pour 2h de bonheur. On allait dire 2h de l’un de ces petits plaisirs démodés, tant A most violent year est un film intemporel. Délicieusement intemporel. A l’ancienne. Il y a du Parrain dans l’ambiance, l’atmosphère globale.

C’est bien simple nous, par bien des aspects, en plus du Parrain et du bon vieux Al, ça nous a fait penser à deux autres grands noms du cinéma. Allez, même trois si on considère que les frères Coen font deux…

Les Coen, donc. Pour cette lenteur et cette austérité apparente, qui cachent en réalité une grande maîtrise et une parfaite intelligence scénaristique. Et, attention, roulements de tambours, à… Tarantino aussi, le grand, le beau Tarantino. Pour sa capacité à aller au fond des personnages, de ce qu’ils ont dans le ventre et dans la tête. On pense aussi à la mise en scène, à ce si délicat jeu du chat et de la souris auquel JC.Chandor s’amuse en permanence avec nous autres, spectateurs. C’est bien simple : impossible de deviner où diable il veut et va nous mener. C’est un talent rare. Tellement à contre-courant des facilités qu’on voit trop souvent…

Et comment ne pas évoquer, déjà, le rôle d’Anna Morales, joué par Jessica Chastain. On y a vu toutes les subtilités d’une Jackie Brown. Bref, on est tombé sous le charme, et on est franchement ravi que cette belle année cinéma 2014 se termine de cette si jolie manière.

J'ai vu New York, New York USA...

J’ai vu New York, New York USA…

PARI RISQUE… MAIS GAGNANT

Mais on encense, on encense, et voilà qu’on se rend compte qu’on n’a encore rien dit du film, gourgandin que nous sommes. Un synopsis très étonnant, à y bien réfléchir. Qui ne reflète absolument pas la finesse du film. Voilà ce qu’on peut lire à propos de A Most violent year : « New York, 1981. L’année la plus violente qu’ait connu la ville. Le destin d’un immigré qui tente de se faire une place dans le business du pétrole. Son ambition se heurte à la corruption, la violence galopante et à la dépravation de l’époque qui menacent de détruire tout ce que lui et sa famille ont construit. »

Ça pue le film d’action à plein nez ? Eh bien mouchez-vous gentiment… On a au contraire un film très lent, axé sur la psychologie des personnages. Très lent et psychologique ? Des envies de partir vous prennent ? N’en faites rien.

Tout est pleinement cohérent, avec un scénario excellent, mis en valeur par une mise en scène assez géniale, sobre, qui parvient à faire de cette lenteur une grande force. C’était d’ailleurs un pari foutrement risqué, mais JC.Chandor s’en sort admirablement – est c’est peu dire, pourtant, qu’on avait peur. Car si on a déjà parlé de nos réserves envers Margin Call, que dire alors que son All is lost avec Robert Redford qui, 1h45 durant, s’échinait à brasser de l’air, en vain…

L’ART SI DÉLICAT DU RÊVE AMÉRICAIN

Une très tarantinienne Jessica Chastain...

Une très tarantinienne Jessica Chastain…

Mais là, enfin, JC.Chandor, adepte des rythmes surannés et kiffant sa race de pénétrer dans la psychologie la plus profonde de ses personnages, parvient à nous embarquer avec lui. Et quel bonheur c’est, alors, que de plonger avec délectation dans un film si malin. Cela ne court pas les rues. Les écrans non plus, vous avez raison.

Là, si. Et il le doit, en plus d’un scénario d’une richesse incroyable, à des dialogues au cordeau. On voit clairement que Chandor a été pétri de toute cette culture des polars américains des 70’s, avant l’arrivée des explosions faciles et des biscottos ridicules des sauveurs du monde hollywoodiens.

A most violent year est un superbe hommage rendu au film d’antan, où l’histoire primait encore l’action et la bande son. On prend ici le temps d’installer les personnages, de les appréhender et de les comprendre. Et, comme ils sont très complexes – on allait dire très humains, très réels – c’est diablement réjouissant.

Tout tourne autour du duo formé par Oscar Isaac et Jessica Chastain. Ces deux-là sont exceptionnels. Le premier incarne Abel, hispano installé avec succès dans le business de la livraison de fioul à New York. Parti de rien et bien décidé à aller tout en haut, Abel veut vivre son rêve américain, droit et fier, sans jamais glisser hors de la légalité. Après tout, oui ou merde, tout n’est-il pas possible, aux States, à force de travail, de courage et de détermination ?

MERVEILLEUSE ET TARANTINIENNE JESSICA CHASTAIN

Un très pacinien Oscar Isaac

Un très pacinien Oscar Isaac

Margin Call avait déjà permis de se rendre compte que, euh… en fait non, pas vraiment, la réponse était plutôt merde, un bon gros fuck, tout ça. A most violent year confirme. Abel veut être honnête, le bougre. Qui a dit le con ? Honnête dans l’Amérique du business des années 1980 ?! C’te bonne blague… On s’en tape encore sur les cuisses.

Va-t-il le demeurer ? Ou au contraire sombrer et passer du côté obscur ? Aura-t-il le choix ? On se pose ces questions très vite et, bien évidemment, il faut voir le film pour obtenir une réponse, ne comptez pas sur moi pour spoiler une si jolie œuvre.

Jessica Chastain joue sa femme, Anna. Elle aussi aussi confrontée aux mêmes affres, aux mêmes questionnements : est-il foutrement possible de réussir honnêtement ? Quand et comment doit-on se décider à franchir la ligne jaune ? Doit-on s’y résoudre, d’ailleurs, ou est-il, malgré toutes les pressions, possible de résister ?

Si Oscar Isaac, vu précédemment chez les frères Coen, est admirable, que dire de Jess’, sinon qu’elle est sublime. Moins de scènes que pour son alter ego masculin, mais toutes tellement belles, tellement subtiles. On est tombé sous le charme de cette actrice que, pourtant, on avait trouvé assez quelconque dans Zero Dark Thirty.

LE FILM DE CETTE FIN D’ANNÉE (ET DU DÉBUT DE L’AUTRE) 

Héroïne tarantinienne pure, elle domine de sa classe et laisse une trace indélébile. Un rôle à Oscar pour elle ? On n’est pas loin d’y penser, même si la concurrence est rude cette année. La même envie de déjà décerner l’Oscar du second rôle nous titille quand on pense à Elyes Gabel, qui incarne Julian.

Il est un magnifique négatif d’Abel, dont il est l’un des employés, chauffeur de ses camions en attendant mieux. Plus jeune, mais avec la même ambition. Juste, malheureusement pour lui, pas les mêmes capacités, pas les mêmes nerfs. Les duretés de la jungle économique vont-elles être trop lourdes à supporter pour ce petit aux dents longues, qui se cherche un père de substitution et un guide ?

Vous le saurez, c’est un ordre, en allant voir A most violent year qui, un peu déroutant au début, de par son rythme lent dont on a un peu perdu l’habitude, parvient à monter en puissance pour, in fine, réussir à nous scotcher pour de bon quand les affaires s’emballent.