20150120

Le cynisme guidant le peuple vu par Les Nouveaux sauvages

sauvages affiche

Les Nouveaux sauvages, film à sketches argentin, place le cynisme au coeur de la civilisation pour montrer ce que pourrait être le monde s’il n’était plus dicté que par le seul sentiment de haine et de vengeance. Trop inégal pour être bon, mais avec des passages quand mêmes franchement drôles.


Les films à sketches, c’est toujours casse-gueule. Dans le sens où on a une unité de lieu – sa salle de cinéma – et que la force de l’habitude entend qu’on ait aussi une unité de temps ou, au moins, d’action. Histoire que ça ne parte pas dans tous les sens.

Evidemment, on ne va pas rejouer ici la bataille d’Hernani, mais il n’empêche. C’est troublant. Rarement satisfaisant. Avec, souvent, la tentation de se dire qu’on frise la facilité scénaristique : je ne me foule pas à développer un récit fouillé, je vous jette dix minutes à la gueule et démerdez-vous avec ça.

SIX SKETCHES TROP INEGAUX SUR L’ESPRIT DE VENGEANCE ET LE CYNISME POUSSE A SON PAROXYSME

sauvages accident

Une pas si banale rixe entre automobilistes… Le sketches le plus réussi du film, assurément.

Il en va un peu ainsi avec Les Nouveaux sauvages, de l’Argentin Damian Szifron, produit par les frères Almodovar. C’est inégal. L’avantage, quand même, c’est qu’avec six courts-métrages qui s’enchaînent, on arrive malgré tout à y trouver son compte. Il suffit de faire le dos rond et d’attendre sagement quand l’un des sketches ne nous sied guère. Et de ravaler sa frustration quand au contraire, l’un d’eux nous plaît, et qu’on aurait aimé voir se poursuivre l’intrigue.

Les Nouveaux sauvages se décline en six sketches. Ils sont censés avoir tous en commun une chose : que se passerait-il si chacun d’entre nous vivait sans tabou, sans frein social, laissant libre cours à la l’esprit de vengeance. C’est Hobbes qui serait ravi : cette fois, oui, pour de bon, l’homme est un loup pour l’homme. Prêt à toutes les bassesses et toutes les horreurs, sans limite, pour arriver à ses fins.

TROIS SKETCHES BONS, TROIS TROP LONGS 

Le mariage, le plus beau jour d'une vie, qu'ils disaient.

Le mariage, le plus beau jour d’une vie, qu’ils disaient.

C’est parfois drôle, quelque fois dérangeant mais, aussi, trop souvent excessif. Ce qui vient nuire au message: on a dû mal à y croire. Donc à adhérer aux histoires. On avait subi les mêmes écueils avec Les Infidèles, du couple Dujardin-Lellouche. On ne vas pas détailler les six sketches, rassurez-vous. Juste essayer d’en donner les clés.

Les deux premiers, dans un avion et dans un restaurant, ont trait avec la vengeance froide. Le troisième, le plus réussi et le plus drôle, se déroule sur une route entre deux conducteurs complètement tarés. C’est déjanté (dans tous les sens du terme) comme on aime.

Problème : à ce temps fort succède un temps très faible avec une histoire de fourrière dont on se cogne gentiment, et qui n’en finit pas. Dommage. L’accident de la route qui arrive après n’arrange pas grand-chose : il est bien longuet lui aussi. Mais, heureusement, le mariage qui conclut le film, franchement jubilatoire, vient donner une bonne image de fin à ces Nouveaux sauvages. Des Nouveaux sauvages qu’on n’aimerait pas croiser dans la rue, cela dit, tant ils sont d’un cynisme effrayant.

En clair, s’il n’est pas vraiment utile de se précipiter en salles pour ce film, il a malgré tout un intérêt, au moins: celui, grâce à ces courtes histoires, de pouvoir s’amuser à décrypter comment fonctionne un scénario, une mise en scène : ce qui fait que la mayonnaise prend ou non. Rien qu’à ce titre, cela vaut la peine. Pour le reste…