20150109

Snow Therapy, des scènes de poursuites en tire-fesses haletantes…

Snow Therapy

Un pitch diablement malin – une famille en vacances, une avalanche et… papa qui s’enfuit comme une grosse raclure, laissant les siens se débrouiller seuls – mais finalement une énorme déception. Snow Therapy, sur un rythme d’une lenteur effarante, ne tient pas ses promesses. Dommage. A ne pas voir dès le 28 janvier…


Héros ou zéro ? Confrontés à une situation de crise, comment réagiriez-vous ? Le postulat de départ de Snow Therapy est assez génial. La réalisation, elle, l’est bien moins, malheureusement. On attendait pourtant tellement de ce film.

Pensez donc : une question qu’on s’est tous posée, un jour… Un drame se noue, vais-je me comporter admirablement ou, au contraire, fuir comme une merde ? Nous, petit, c’est bien simple, on se souvient qu’on sauvait toutes les nuits notre dulcinée d’une église en flammes, ressortant des décombres notre belle dans les bras, dans les vapes mais heureuse, acclamé par la foule en délire.

Eh ben, on ne le saura jamais mais peut-être qu’en réalité on l’aurait laissée crever là, la jolie Angèle. En même temps, cette petite gourgandine, elle avait embrassé Jicé sur la joue, on l’avait vue alors bon, hein, poupougne…

PAPA POLTRON

Un film sponsorisé par Damart...

Un film sponsorisé par Damart…

Mais on s’égare. On a là, avec Snow Therapy, une famille suédoise en vacances en France, dans les Alpes. Papa, maman et les deux enfants. Tout va pour le mieux jusqu’à ce que, tranquillement attablée à une terrasse de café, la petite famille voie une avalanche fondre sur elle.

C’est évidemment la panique. Papa prend ses lunettes et son portable et puis… disparaît en courant, laissant maman seule à se dépatouiller avec fiston et fifille. Ce n’était, thanks god, qu’une fausse alerte, l’avalanche s’arrêtant avant. Plus de peur que de mal, tout ça.

Tout est sauf… sauf l’honneur… Papa vient de passer pour un gros lâche. Un poltron. Un moins que rien. Un étron misérable. Son aura en pâtit. La famille, qu’on croyait soudée, menace de s’effondrer. Comment continuer à faire confiance ? Comment continuer à aimer, même ?

DES SCENES HALETANTES A SUIVRE UN TIRE-FESSES EN VITESSE REELLE

De cette idée, savoureuse, le réalisateur Ruben Ostlund livre à notre grande déception un film d’une platitude écrasante que seules quelques scènes, trop peu nombreuses, viennent relever. On pense à ces deux dîners où, coup sur coup, maman laisse libre cours à sa détresse, devant des invités médusés, qui se retrouvent, sans rien avoir demandé, confrontés à cette si douloureuse histoire, tandis que le père, humilié, outragé, brisé, martyrisé, rabaissé, encaisse sans rien dire, pas du tout libéré. Ce sont les seuls moments de grâce du film. C’est bien peu…

Le reste se complaît dans une lenteur exécrable. Avec, par exemple, des scènes haletantes où l’on suit la progression, en temps réel, d’un tire-fesses paralytique. Et jusqu’en haut s’il-vous-plaît ! Cela vous fait saliver ? Alors sachez que, quelques temps plus tard, vous avez le remake avec le télésiège… Mais sans le pays merveilleux qui va avec.

On a méchamment envie de foutre un coup de boost à tout ça, et ce ne sont pas les ponctuations intempestives de quelques-uns des mouvements des Quatre Saisons de Vivaldi qui vont y changer grand-chose. Au point où on en était, on aurait aimé assister à une scène d’anthologie, en plan-séquence, sur 45 minutes, en intérieur nuit, du couple mangeant une raclette…

L’HOMME DOIT-IL ETRE A TOUT PRIX UN SUPERHEROS ? 

Des scènes d'une intensité rare...

Des scènes d’une intensité rare…

On n’a pas ça, et c’est dommage. Pour autant, on est prêt à prendre le pari que les critiques seront élogieuses pour ce film. On le devine… Déjà, alors que le si sublime Mommy en a été évincé, Snow Therapy est dans la course à l’Oscar du meilleur film étranger

Cela nous incite à essayer de comprendre. On est passé à côté du film, et on ne changera pas d’avis sur sa piètre qualité mais pourquoi, bordel de merde, pourquoi cette présélection aux Oscars quand Mommy n’y est pas ???

Il y a ces deux belles scènes de dîner, on l’a dit. Ok. C’est vrai, elles sont intéressantes dans la construction du « bro code » : comment les hommes cherchent-ils à trouver une explication logique à la lâcheté de leur ami.

C’est aussi intéressant si l’on prête attention à ce qu’expliquait le réalisateur, Ruben Ostlund, à la fin de la projection en avant-première : « inversez la situation de départ, avec la mère qui fuit devant l’avalanche et le père qui reste à veiller sur ses enfants, et vous n’avez pas de film, car cela paraîtrait normal à tout le monde. »

C’est bien là le message essentiel du film : s’interroger sur le rôle de l’homme dans la famille et la société, et cette culture du superhéros qu’on cherche à partout inculquer. Las, on le sait depuis longtemps, une bonne idée ne suffit pas à faire un bon film. Tant pis.