20150108

Titi Henry, la French story qui tourne mal!

Thierry_Henry_Barcelone

Thierry Henry tire sa révérence ! L’ancien international français raccroche les crampons après 20 ans de bons et loyaux services. À 37 ans, il était temps de dire stop. Tout bon connaisseur du foot savait que ce moment s’approchait inéluctablement. L’annonce de sa retraite ne laisse pas insensible et baisse le rideau sur une carrière d’exception […]


Thierry Henry tire sa révérence ! L’ancien international français raccroche les crampons après 20 ans de bons et loyaux services. À 37 ans, il était temps de dire stop. Tout bon connaisseur du foot savait que ce moment s’approchait inéluctablement. L’annonce de sa retraite ne laisse pas insensible et baisse le rideau sur une carrière d’exception et sur un phénomène français intitulé Je ne t’aime pas Titi. En France, un sportif a beau être le meilleur attaquant de l’histoire des Bleus, il se fait quand même lyncher. À Apache, il était temps de revenir sur le parcours de Titi et d’évoquer cette réaction bleu blanc rouge complètement incompréhensible.

Titi, c’est d’abord le chouchou

Thierry Henry fait ses premiers pas à Monaco. Sorti du centre de formation, Titi est lancé dans le monde professionnel à 17 ans. À l’époque, il côtoie des anciennes stars comme Di Meco ou encore Emmanuel Petit. Une grosse pointe de vitesse, une moustache et des tresses, Titi ne laisse pas inaperçu. On est en 1994 et les maillots de foot sont encore craignos et trop larges. Qu’importe, le gamin des Ulis kiffe le foot et bosse comme un acharné pour rattraper ses lacunes techniques. Le futur meilleur buteur de l’équipe de France taffe encore dans l’ombre. La classe, ça se peaufine et ça se prépare.

La classe des années 90 !

La classe des années 1990 !

Pour le grand public, la naissance d’Henry, c’est la Coupe du Monde en France, en 1998. Titi fait partie des élus avec son pote Trezeguet en attaque. Ils ont 20 ans et sont choisis à la place de Ginola ou encore Cantona. Une page se tourne et ce coup de poker sera grandiose. Les gamins plantent et régalent le public. En juillet, ils sont champions du monde et la carrière de Titi est définitivement lancée.

En 2000, Titi est le patron de l’attaque des Bleus. La France est trop forte, trop solide et Thierry se régale devant le but. L’hexagone a trouvé son attaquant. Plus complet que Trezeguet. Plus intelligent qu’Anelka. Thierry est l’archétype de l’attaquant moderne. Efficace, rapide, puissant. Il est champion d’Europe avec les Bleus. La France est sur le toit du monde. Mais Titi n’en est qu’à l’apéro. Les plus belles années sont à venir. À cette époque, la France ne jure que par lui. Tout est beau dans le meilleur des mondes.

Titi en mode big boss

Après la formation monégasque et une pige à la Juventus, Thierry débarque à Arsenal. Wenger, le coach des Gunners, ne le sait pas encore, mais il vient de réaliser le meilleur transfert de l’histoire du club. Champion d’Angleterre, meilleur buteur de Premier League à quatre reprises, meilleur joueur de Premier League, des Coupes par-ci par-là, et surtout meilleur buteur de l’histoire d’Arsenal avec 228 buts. Titi est une star à Londres et devient même une légende lorsque le club décide d’ériger une statue à son effigie devant le stade.

La star d'Arsenal, c'est Titi, only Titi

Arsenal et Henry, c’est une véritable histoire d’amour. Une passion comme on en voit peu chez les millionnaires en short. L’aventure est belle. L’aventure est grande. De l’autre côté de la Manche, Titi suit le même rythme avec les Bleus. Les buts s’enfilent comme des perles et, en octobre 2007, il dépasse Platini pour devenir le meilleur buteur des Bleus avant d’atteindre un total de 51 pions. Il reste à ce jour l’attaquant français le plus prolifique toutes compétions confondues. En tout, il aura planté à 411 reprises aux quatre coins du monde.

Mais Titi ne sourit pas et, du coup, le Français il n’est pas content.

Henry peut très bien être élevé au même rang que Zidane et Platini. Pourtant Titi, le beau gosse des Ulis est un être mal-aimé. Incompris du public français. Le peuple bleu qui l’a idolâtré, qui l’a chéri, qui le vénérait, a fini par le siffler, le critiquer et ne plus l’aimer tout simplement. Pourquoi ? Parce que Titi s’éclate en Angleterre et qu’il ne sourit plus assez. Parce que Titi n’est pas fan des conférences de presse, et pas vraiment adepte des interviews journalistiques.

Le peuple France préférait Titi avec ses tresses et sa moustache. Le jeune black marrant et sympa. Le peuple bleu a préféré Titi de 1998 qui souriait et qui se cachait comme un môme derrière le dos de son pote David. Il était un gamin. Un enfant. Il était gentil le Titi. Puis Thierry est devenu une star, l’un des meilleurs attaquants du monde. Il est parti vivre une aventure de dingue en Angleterre. Son visage est fermé sur le terrain. Il sourit moins. Il a le masque quand il célèbre ses buts. Il paraît hautain. Son attitude est jugée antipathique, pas sympa. On dit que le petit gars de banlieue a pris la grosse tête. Et en France, ça, on n’aime pas. Suffisant pour oublier le reste, les buts, les titres et les records. On ne prend pas le temps de réfléchir. C’est tellement facile de se faire une mauvaise idée sur une personnalité qu’on ne connaît pas. Et le pire est à venir.

Titi l’Afrikaner fraudeur !

On est en 2009. France-Irlande. Match de barrage retour qualificatif pour la Coupe du Monde en Afrique du Sud. Sale époque pour les Bleus. Aucun fond de jeu, la France rame, galère, enchaîne les défaites. C’est la période Domenech. Le guignol, l’acteur, celui qui demande sa copine en mariage devant les caméras pour oublier la défaite. Ce soir de 2009, la France est à deux doigts de ne pas se qualifier pour la prochaine coupe du Monde. Les Bleus sont ridicules, lamentables. Dans ce bourbier, Henry se mue en sauveur.

Dans les ultimes minutes, au milieu d’une forêt de jambes, Titi contrôle et accompagne le ballon de quoi transmettre une passe décisive pour Gallas qui n’a plus qu’à pousser dans le but. Sur le ralenti, les images sont sans appel. Titi contrôle et accompagne de la main. Point de cuisse ou de genou dans l’histoire. L’arbitre est bluffé, les Irlandais dégoûtés. Trapatoni (le coach irlandais de l‘époque) est furax ! Les supporters se pendent dans les tribunes. Les Bleus exultent et Henry retiendra la qualification en zone mixte. Certes, il y a faute. Certes, c’est de la triche. Mais l’arbitre a laissé jouer et le résultat est là. La France est à la Coupe du Monde.

Pour peu de gens, Henry aura été le sauveur. Pour beaucoup, il aura été le tricheur. Le vilain joueur pas fair-play. Cet épisode restera gravé dans les annales de l’équipe de France et assènera à jamais le coup ultime sur la popularité de Titi. Les critiques pleuvent et l’enfoncent encore plus. Le divorce est définitivement consommé entre un public et son joueur star. À l’époque, certains sondages révèlent qu’environ 30% des Français veulent que Titi quitte l’équipe nationale. Sachant qu’Henry est capitaine des Bleus. Celui qui s’est sacrifié pour son pays et son équipe. La France se montre hypocrite.

Comme si d’un coup la manière était si importante. Comme si le foot était tout d’un coup devenu un sport noble. On ne compte pas les simulations, les fautes, les bastons, les insultes, les coups de boule, les morsures et j’en passe. Le fameux « Je suis content de la qualification, mais je n’accepte pas la manière. Les Irlandais méritaient de gagner. » fait fureur à l’époque. Aussi incroyable qu’un mensonge de Sarko ! Le pays tout entier, les sponsors, les entreprises, les politiciens ont poussé un ouf de soulagement.  Tout le monde aurait été dégoûté de suivre le Mondial sans les Bleus.

Il n’y aura pas de retour en arrière. 2010 marque aussi la fin de l’aventure bleue pour Titi qui finira tranquillement sa carrière à New York. Au calme. Histoire d’arrondir les fins de mois d’une retraite qui s’annonce déjà dorée. Sans réelle surprise Titi deviendra consultant pour Sky Sports, la chaîne sportive anglaise. Sans surprise, il finira certainement entraîneur d’Arsenal, le club de son cœur.

Les Anglais ont toujours aimé Henry et l’ont toujours jugé à sa juste valeur : celle d’un champion d’exception. Ils passeront l’éponge sur l’épisode main irlandaise ou sur son manque d’implication pour empêcher la grève à Knysna. Trop amoureux du foot, les Anglais s’en tapent de ces histoires. Outre-Manche, Henry est un dieu, a fucking Legend en langue locale. En France, son œuvre a été salie et on réserve le même sort à Ribéry. Vivement 2015 !