20150213

It-Girl à quoi sers-tu?

divinity

It-bags, it-shoes, it-hats, it-girls… les magazines féminins au ton condescendant en raffolent, en usent et en abusent histoire de refourguer plus aisément leurs fameux « must-have » à leurs acheteuses lobotomisées.
Focus sur un phénomène loin d’être né de la dernière saison de Secret Story.


Avant toute chose, rappelons que la ligne ultra matérialiste de la presse féminine se base sur deux fondamentaux, à savoir la frustration et l’immédiateté.

Must-have d’une it-girl 2015: sourcils épais et skate board (ou n’importe quel accessoire tomboy : sexy et incontournable)

Must-have d’une it-girl 2015: sourcils épais et skate board (ou n’importe quel accessoire tomboy : sexy et incontournable)

 

Les it-girls sont en fait de ces rares créatures, pourvues du don de réunir ces deux qualités si chères au consumérisme imbécile qui caractérise notre époque: être un excellent support publicitaire tout en jouissant d’une omniprésence médiatique à un moment clé du calendrier marketing d’une ou plusieurs marques (lancement d’une nouvelle collection, sortie d’un parfum, d’une voiture…)

Je pense par exemple à Léa Seydoux, propulsée it-girl il y a deux ans suite à la sortie de La Vie d’Adèle, film à l’aura scandaleuse où elle incarnait, fadement comme à son habitude, une lesbienne aux cheveux bleus. Malgré une absence totale de charisme exacerbée par la présence de sa partenaire à l’écran (Adèle Exarchopoulos), 2013 fut l’année de Léa, qui a dès lors pu venter les mérites de nombreuses marques, en étant à poil bien sûr car c’est plus vendeur: c’est donc à Marie Claire, Lui Magazine, American Apparel®  ou encore à Prada qu’auront bénéficié sa subite renommée et (surtout) son épilation intégrale.

tendance-it-girl-10344957qgogfBref, vous l’aurez compris: présenter une actrice/mannequin/bloggeuse à succès/starlette de télé réalité/créatrice « touche à tout » ou autre brasseuse d’air comme it-girl du moment, permettra d’une part aux magazines de réaliser un score de placements produits inatteignable d’une autre manière : « de quelle marque sont tes chaussures, short, lunettes, string, rouge à lèvre ? » « c’est quoi ton spot bagel veggie préféré à Paris ? » «  quand tu veux troquer ta frange Carla Bruni pour un carré flou Alexa Chung tu vas plutôt chez Kouptouf ou chez Tony & Gay ?… »

D’autre part, faire faire la promo de son Chanel® préféré à Mélanie Laurent ou du Samsung Selfie Galaxy® à Kim Kardashian donnera aux connes que nous sommes la sensation qu’en se ruinant pour se payer les mêmes merdes inutiles et hors de prix, nous nous rapprochons indubitablement de l’élite tant convoitée : si j’utilise le même antipelliculaire que Pénélope Cruz, ne deviens-je pas un peu Pénélope moi-même ?

À présent faisons un bref retour en arrière : au commencement, le concept de it-girl apparaît avec le film IT, qui propulse Clara Bow dans les rangs des actrices américaines les plus populaires à la fin des années ‘20. Elle y incarne une femme à la fois séductrice et ingénue, pourvue du « it » ; ce je ne sais quoi en plus, une sorte de force magnétique mêlée d’un charisme à toute épreuve.

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Assez vite, le terme « it-girl » est repris pour désigner une femme jeune et dans l’air du temps, qui bénéficie d’une visibilité médiatique importante à un moment donné de sa carrière, que celle-ci soit longue ou éclair.

Désormais pour intégrer le cercle béni, il suffit de twerker toute langue dehors à chaque apparition télé, ou encore d’aller forniquer avec de rares spécimens de beaufs dans une émission de télé réalité merdique, mettant en scène le quotidien de membres d’une génération perdue, sacrifiée sur l’autel d’Endemol Production.

Enfin, au même titre que son it-bag et autres dérivés, la it-girl est devenue elle-même un produit de consommation, variable selon la mode et les saisons, interchangeable et jetable dès les premiers signes d’usure, véritable encart publicitaire d’os et d’un peu de chair, la vie d’une it-girl se décline désormais en 3 phases: aussitôt vue, aussitôt rêvée, aussitôt oubliée…