20150216

Johnny Rotten, la Rage c’est son dada

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Johnny Rotten… Un nom mythique, bien au-delà du milieu de la musique. Les Sex Pistols, le mouvement Punk… C’est tout cela, mais bien plus encore, que John Lydon, le vrai nom de Rotten, raconte dans cet excellent La Rage est mon énergie.


Johnny Rotten est un sacré personnage, c’est certain. Mélange de grande gueule mais parfois plein d’humilité, le lecteur de ce La rage est mon énergie est réellement en présence d’un homme complexe : mi-hilarant, mi-insupportable. A la fois son premier fan et très critique envers lui-même, Lydon a su transformer ses lacunes musicales originelles en pure créativité révolutionnaire. Le bonhomme en est très fier et nous le fait régulièrement savoir (parfois un peu trop mais on lui pardonne) !

Comme le titre l’indique, Lydon a converti sa rage en énergie positive et n’a jamais cédé aux sirènes de la violence, lui qui est pourtant un fan de la première heure d’Arsenal (et visiblement ça cognait sévère à l’époque)…
John se livre sans artifice sur ses doutes, sa terrible maladie infantile qui a eu tendance à forger son caractère (incompris, quasi autiste pendant des années, il s’est plongé dans la littérature pour survivre) et sur ses aventures musicales, évidemment.

LE POURRI, A VICIOUS RECONNAISSANT

Johnny Rotten et Sid Vicious, deux noms à jamais réunis.

Johnny Rotten et Sid Vicious, deux noms à jamais réunis.

Repéré par hasard et choisi pour incarner le chanteur / leader du groupe Sex Pistols, il est rapidement surnommé Rotten – le pourri -en raison de l’état de ses dents (je vous laisse imaginer)…
Fondateur, un peu malgré lui, du mouvement punk, « le Pourri » se positionne en féroce critique de la cause par la suite, faisant tout pour s’en démarquer.

Estimant que ses successeurs se sont précipités dans la surenchère et le sensationnalisme, sans oublier de vider tout le mouvement de son contenu – à savoir la contestation de l’ordre établi, notre musicien va prendre ses distances radicalement pour monter son brûlot, Public Image Limited, dit PiL.

La rupture sera définitive et tragique : procès en pagaille contre Malcom Mc Laren, le pseudo manager du groupe, et surtout la mort de son ami Sid Vicious (suspecté de l’assassinat de sa célèbre compagne héroïnomane, groupie notoire en provenance de NYC). Autant vous dire que la presse poubelle anglaise de l’époque s’est régalée… Exit les Pistols, nouvelle histoire, nouveau groupe qui a exercé et continuera d’exercer une belle influence, voire une fascination, auprès de nombreuses formations encore en activité.

METAL BOX, A ECOUTER TRES TRES FORT

Rotten, redevenu Lydon, explore et mélange les styles musicaux pour former son propre son. PiL, jeu de mot pour reprendre possession de son image publique manipulée jadis par Mc Laren, sera exactement l’antithèse de ce qu’on attendait de Rotten à l’époque. Loin du punk originel, marqué par une basse surpuissante (l’album Metal Box mérite VRAIMENT une écoute à plein volume), ce travail va révéler la culture musicale et les talents de compositeur insoupçonnés de Lydon.

Vous apprendrez ainsi tout sur les influences sonores de ce fabuleux musicien : son adoration pour Bowie (et notamment la période Ziggy Stardust), les groupes avant-gardistes allemands comme Can Faust ou Captain Beefheart pour ne citer qu’eux, mais également de reggae et de dub (son voyage en Jamaïque, payé par Bronson, CEO de Virgin, sera révélateur).

Lydon a la plume facile et bien pendue. Il raconte ses emprisonnements, ses expériences sexuelles et autres curiosités ainsi que ses embrouilles avec les Clash (Joe Strummer récitant sans rien comprendre le Capital de Marx toute la journée), sa fascination pour la mode (le style de Westwood et la panoplie punk évidemment) ou encore les difficultés à créer une cohésion au sein d’un groupe. Cependant, notons bien que PiL continue à se produire et que ça mérite franchement le détour… Chapeau l’artiste.

Enfin, pour boucler la boucle, il nous paraît judicieux de conseiller, dans la foulée de la lecture de ce livre, de se plonger dans celui de Julian Cope, Krautrocksampler, traitant justement d’un courant d’influence majeur du trublion Rotten.

La rage est mon énergie
John Lydon
Editions Seuil 2014