20150205

Même les politiques ont un père : guère plus que quelques anecdotes

même les politiques ont un père

Et si leur enfance expliquait tout… Même les politiques ont un père se promet d’aborder des questions psychologiques pour expliquer pourquoi nos politiques sont ce qu’ils sont. Las, le livre ne tient pas ses promesses et il faut en rélité souvent se contenter d’anecdotes, plus ou moins savoureuses.


Qu’est-ce qui peut bien pousser nos hommes et femmes politiques à se lancer dans une telle vie ? Pourquoi tant d’ambitions ? Pourquoi ce besoin de plaire, toujours, de se montrer, de pavaner ?

Non, parce que bon, pour un qui devient Président de la République – avec les emmerdes qui vont avec – y en a quand même une belle palanquée qui doit se contenter d’un Conseil général ou d’un Conseil régional merdique, à aller le dimanche matin, dès potron-minet, inaugurer la foire au boudin de Saint-Bougnard-les-Olivettes.

Et ils y vont, pourtant, avec la foi du nouveau converti, sans se rendre compte que plus grand-monde ne les prend au sérieux, ni ne les respecte, ni ne les envie… Quoi, alors ? Quelles failles mystérieuses pour expliquer une telle abnégation ?

DOUZE CAS TROP DISPARATES

Avec « Même les politiques ont un père », d’Emile Lanez, on espérait avoir une réponse. Un début de réponse, à tout le moins. Et si ces failles étaient psychologiques ? S’il fallait rechercher dans la relation au père pour avoir le fin mot de ces ambitions étranges ?

Emilie Lanez, journaliste au Point, passe au crible douze cas pratiques contemporains : Sarkozy, Touraine, Moscovici, Valls, Le Pen, Bayrou, Baroin, Belkacem, Copé, Montebourg, Royal et Hollande.

Douze cas bien trop disparates pour qu’on puise en tirer une conclusion. C’est l’inconvénient majeur du livre : ces douze vies sont tellement différentes qu’on n’a finalement pas la réponse à notre question. A savoir aucune clé « psycho » pour comprendre le monde. Leur monde…

Cela ressemble furieusement à douze mini-bios sur l’enfance des chefs. Rien de plus. Ce n’est pas inintéressant, certes, mais cela ne répond pas au cahier des charges. Pire : pour ces douze récits tendant à prouver, souvent au forceps, que le rapport au père explique sinon tout, du moins beaucoup, combien d’autres ont pu être volontairement écartés, car ne rentrant pas dans « l’angle » ? Pour douze pères détonants, combien de pères « normaux », mais avec des fistons néanmoins engagés en politique, et ambitieux ?

Adeptes des livres sur la psychologie, passez donc votre chemin, vous serez déçus. Amoureux des petits cancans et des petites histoires, en revanche, n’hésitez pas : ce « Même les politiques ont un père » se lit vite et bien, sans déplaisir, même si on sent clairement qu’on a entre les mains de la littérature jetable. Sitôt lue, sitôt oubliée…

Pal Sarkozy, un père comme on aurait tous détesté avoir... Source: Le Point

Pal Sarkozy, un père comme on aurait tous détesté avoir…
Source: Le Point

SARKOZY, LE SUPPLICE DU PAL 

Dans le lot, quelques anecdotes assez folles, quand même. Comme ce commentaire, aussi terrible que laconique, de papa Rocard à propos de la carrière de son petit Michel : « Il a fait moins de conneries que je n’imaginais. » Un Rocard dont on se demande bien pourquoi, d’ailleurs, on ne le retrouve que relégué dans l’intro du livre et pas avec un chapitre à lui tout seul… Car, visiblement, son père était… particulier dirons-nous.

Dans le genre chtarbé, cela dit, il n’arrive pas à la cheville de Pal Sarkozy… Odieux et sinistre personnage que celui-là. On le voit louer le courage de Cécilia d’être ainsi partie et clamer, fier comme un coq, que jamais une femme ne l’a quitté, lui. Et puis il y a ce passage, aussi, ce passage surtout : Emilie Lanez le raconte énumérer le prénom de chacun de ses enfants, leur taille et leur revenu annuel. « Guillaume, 1m90 et des centaines de milliers d’euros. Olivier, 1m89 et des millions d’euros (…). Il n’a pas évoqué Nicolas. Il n’a donné ni sa taille, ni le montant de ses émoluments. (…) On lui fait remarquer cet oubli obsédant. “Il est tout petit, il tient de Dadue (la mère, Ndlr). Pour faire de la politique, il faut avoir des complexes, Nicolas en a beaucoup”. »

Là, au moins, le livre tient ses promesses : ces putains de failles psychos, on se les prend en pleine tronche. Et Nico avec. De quoi ainsi mieux comprendre ce goût de la revanche, de la bravade qui, sans cesse, semble l’animer…

Mais le soufflé retombe dès le chapitre suivant avec Marisol Touraine et son sociologue de père, Alain : la figure tutélaire et intellectuelle du papounet est censée expliquer la discrétion et le côté bûcheuse, « pas spectaculaire mais efficace », de fifille… On est mollement convaincu.

BAROIN, BEAUVAU AU NOM DU PERE 

François Baroin : tout ça au nom du père?

François Baroin : tout ça au nom du père?

De même, Moscovici est supposé devoir sa réputation de dilettante parce que papa Serge, tristement distant, était un éternel « àquoiboniste », méfiant de tout. Sa réaction, quand Pierre sort 6ème de l’ENA ? « Sixième à ton école de plomberie ? Tu aurais pu travailler. » On a connu mieux pour motiver un homme…

Xavier Valls, de son côté, tombe en dépression comme on tombe au champ d’honneur, et voilà Manuel qui s’en va « trouver son exutoire dans l’engagement politique ». Tout est bon pour ne pas être à la maison, après tout… Pourquoi pas, cela se tient. Mais voilà que le parcours de Marine Le Pen est lui l’exact contraire, baignant dans la politique depuis son plus jeune âge. Que comprendre, alors ? Que tirer, comme conclusions ?

On renonce donc à tirer le profil psychologique de ces gens-là pour ne plus s’intéresser qu’aux anecdotes, parfois savoureuses il est vrai. Marine Le Pen, toujours. Pour son passage en Première (tu parles d’un exploit !), elle reçoit une carte imprimée à l’effigie de son père. Au recto, la phrase type et froide, très bureaucratique, dactylographiée – « j’adresse mes félicitations à la militante ». Au verso, de la main du père cette fois, un petit mot : « Je suis fier de toi ma chérie ». Ou comment, en somme, chez les Le Pen, « politique et tendresse paternelle se confondent toujours ».

Plus loin, voilà François Baroin. Et une confession intéressante : « Je me suis battu pour ce ministère (de l’Intérieur, Ndlr). Je voulais y mettre le nom de Baroin. Il m’aurait suffi de l’occuper deux heures pour être fier. » La raison ? Son père Michel fut un temps commissaire de police… La place Beauvau en hommage au paternel. Joli…

Jean-François Copé, à l’âge de 8 ans… collait des posters de Pompidou sur les murs de sa chambre d’enfants… Sans commentaire. Allez si, un quand même : au se-couuuuuuuurs… On lira, aussi, les histoires de Jacques et Ségolène Royal, de Georges et François Hollande. D’Arnaud Montebourg aussi. Pas mal. Quelque fois éclairant. Mais rarement beaucoup plus.

Même les politiques ont un père,

Emilie Lanez

Editions Stock