20150320

De grands yeux ronds admiratifs pour Tim Burton et son Big Eyes

big eyes affiche

Big Eyes est l’histoire vraie de Margaret Keane, peintre spoliée par son mari, qui s’est arrogé la paternité de l’oeuvre. Tim Burton en tire un film étonnamment sage, mais très bien ficelé. En salles le 18 mars.


Il est des évidences qui s’imposent dès les premières images. Même dès le générique. C’est complètement irrationnel, mais pourtant on sait. On le pressent. Ce film, qui commence, il va nous plaire. Alors on soupire d’aise, et on se laisse embarquer.

Il en va ainsi avec Big Eyes, de Tim Burton. Le cadrage. La manière de poser la caméra. La photographie. Ça fait tilt d’emblée et le cerveau distille à foison ses dopamines. Cette première impression perdure jusqu’au bout et, pourtant, on suppose que ce ne sera pas le cas chez tout le monde. Pourquoi ? Parce que. Voilà, merci à vous d’être venus, au revoir.

BURTON AU NATUREL, SANS SES EXCÈS 

Nooooon, bougez pas, on vous explique. Il y a, dans Big Eyes, de quoi y perdre son Burton… On le voit en effet extraordinairement assagi. Tellement que c’en est très déroutant. Mais, en même temps, nous, il commençait à nous gonfler un peu dans ses extravagances. Donc on est plutôt content, en fait.

Et puis, surtout, débarrassé de ses excès – et de Johnny Deep accessoirement (on l’aime pas trop Jojo, désolé) – Tim Burton laisse enfin voir son talent au naturel. Lequel est grand. Le cinéma, finalement, n’est jamais aussi beau que quand il est livré sans fioriture. La caméra, au bon endroit, au bon moment. Le scénario, déroulé sans obstacle, fluide, propre, carré. Et du rythme, savamment distillé, de-ci de-là : par un plan, joli, par un mouvement de caméra, malin. C’est aussi bête que ça, le cinéma. Ce « bête » nécessitant juste du talent. Et tout étant dans ce « juste », évidemment…

Après, une fois qu’on a dit cela, on peut aussi analyser cette si soudaine sagesse comme un refus d’obstacle caractérisé. C’te vieille carne de Burton s’attaque à une histoire vraie, dont l’un des protagoniste est encore vivant, et il se bride. Ce qui, vous l’avouerez, est nettement moins flatteur que la précédente version où il est plutôt question de maîtrise totale de son art dans ce qu’il a de plus pur.

Ami cinéphile, choisis ton camp. Nous, c’est fait. On opte pour celui de l’art. Et puis, quand bien même, de toute façon, on aime tellement l’histoire, le cadre des années 50 et 60, qu’on a plongé 1h45 durant en gloussant de plaisir.

L’HISTOIRE, VRAIE, DE MARGARET KEANE 

Margaret Keane existe, nous avons rencontré sa photo...

Margaret Keane existe, nous avons rencontré sa photo…

Big Eyes, c’est l’histoire de Margaret Keane (Amy Adams) et de son mari Walter (Christoph Waltz). Margaret est une jeune femme timorée, comme on en faisait pas mal dans le temps. Plus mère que femme, elle se pique malgré tout de peinture et y trouve un joli exutoire à une vie un peu morne. Ses toiles représentent des enfants malheureux aux yeux immenses. Elles sont jolies, bien que flirtant un peu avec l’art naïf.

Problème : Margaret ne sait pas se vendre. Enfin vendre son art, ce qui revient au même. Elle rencontre Walter, peintre du dimanche dont la grande force, justement, est d’être un commercial hors pair. Le couple s’aime, se marie et entame une fructueuse collaboration. Les toiles de Margaret se vendent comme du petit pain, en grande partie grâce au talent de tchatche de Walter. Lequel Walter, grisé par le succès, perd très vite les pédales et s’attribue la paternité de l’oeuvre de Margaret.

UN BIG EYES QU’ON REGARDE LES YEUX GRAND ECARQUILLES 

Tes yeux sont plus grands que la grandeur des océans... C'est bon, on baise?

Tes yeux sont plus grands que la grandeur des océans… C’est bon, on baise?

C’est de cette folie qui submerge ce couple dont Burton s’empare. Il est question, aussi, de rapport à l’art, de rapport au couple. De féminisme, même, d’une certaine manière, avec cette pauvre femme, effacée, qui se laisse dominer par son mari. Parce que c’est plus simple. Parce que c’est normal, aussi, dans le monde des années 50 et 60.

Big Eyes est donc très psychologique, finalement. Et nous on aime. On aime car cela offre à Amy Adams un rôle fort. Mine de rien, d’ailleurs, elle commence, à tout juste 40 ans, à cumuler une bien jolie filmographie, Amy. Un peu dans l’ombre (toute proportion gardée : elle collectionne quand même les prix et les nominations), mais diablement intéressante.

Elle incarne une Margaret qui fulmine, puis s’affirme. Une Margaret comme un symbole, à elle toute seule, d’un mouvement de libération des moeurs et de la société. Le tout sans être grandiloquent ni démonstratif. On évite le côté « icône » de la force pour n’avoir en face de soi, sur l’écran, qu’une femme, avec ses forces et ses faiblesses. Avec juste, en fait, sa soif de justice comme étendard.

Et puis il y a Christoph Waltz, aussi. Aaaah Totof… Toujours aussi talentueux celui-là. Une merveille d’acteur. Peut-être plus en retrait que dans ses précédents film – Amy Adams domine clairement, pour autant que l’un domine l’autre. Mais, une fois encore, Waltz est parfait, sobre, au service de son personnage, de sa folie. Et comme ces deux-là sont filmés par un gars qui sait faire du cinéma, forcément, ce Big Eyes, on l’a regardé avec les yeux grand écarquillés.