20150330

Le film Suite française sort le 1er avril : lisez le livre plutôt

suite française

La guerre. L’amour impossible. Le drame, aussi. Ce Suite française, tiré du livre d’Irène Némirovsky, s’inscrit dans une liste, longue comme le bras, de film du même genre. C’est gentillet, avec un bon scénario, qui rend l’histoire plaisante… mais ça manque malgré tout d’originalité.


Une bonne heure et quart pour, enfin, entrapercevoir la première scène d’action. Autant dire que c’est long, et qu’il faut être patient, très patient, avec ce Suite française. Néanmoins, et c’est très paradoxal on en convient, on ne s’est pas ennuyé.

Enfin… Pas trop, disons. Car n’allez pas en conclure qu’on crie au chef-d’oeuvre. Surtout pas. Mais, à défaut d’une folle originalité cinématographique, la qualité du scénario s’avère séduisante. C’est simple. Carré. Ça tient la route.

Faut dire que c’est tiré du livre d’Irène Némirovsky, prix Renaudot en 2004. Mais si, vous savez, cette histoire assez fofolle du bouquin qu’on redécouvre 60 ans après la disparition tragique de son auteur. Pas lu le livre mais, a priori, ce Suite française sur grand écran adapte la seconde partie du roman, Dolce. Avec quelques libertés, mais ça c’est normal.

Ach bous zbez bademoizelle, ze rêve d'un bonde où les zoldats zeraient des droubadours, ach

Ach bous zbez bademoizelle, ze rêve d’un bonde où les zoldats zeraient des droubadours, ach

ALLEMAND MAIS GENTIL (SI, SI)

Nous sommes à l’été 1940, dans le village fictif de Bussy. Les Allemands, victorieux, prennent leurs quartiers en réquisitionnant les plus belles maisons. Comme dans Papy fait de la Résistance ? Oui, voilà, c’est ça. Mais c’est le seul point commun. Il n’est pas question, ici, de franche-rigolade.

On est au contraire dans le bon vieux drame à l’ancienne. Lucile (Michelle Williams), dont le mari est à la guerre, vit sous la coupe de sa belle-mère, madame Angellier (Kristin Scott Thomas). C’est austère bien comme il faut, très vieille France, et voilà que cette non-harmonie si peu délicate se trouve bouleversée par l’arrivée de l’Oberstleutnant Bruno von Falk (Matthias Schoenaerts) chez elles.

C’est que, bien qu’Allemand, le bougre est plutôt avenant comme garçon. Il dit bien bonjour à la dame quand il arrive, sans doute même, pour tout dire, doit-il aller jusqu’à lever (ou rabaisser, on sait jamais ce qu’il convient de faire) la cuvettes des chiottes après son passage. Enfin bref : c’est l’homme idéal. Et même mieux que ça encore si on ajoute qu’il joue aussi – et compose – de la musique au piano. Forcément, ça fait tourner la tête à Lucille; la chair est faible, que voulez-vous…

PUTE A BOCHES OU PATRIOTE ?

Ein, zwei, polizei..

Ein, zwei, polizei..

Baisera ? Baisera pas ? Pute à Boches ou patriote quand même ? Vous le saurez en allant voir Suite française au cinéma, dès le 1er avril. Ah tiens ? Alors comme ça il faut le voir, finalement, ce foutu film ? C’est là qu’il nous faut prendre position…

Alors. Bon. Comment dire. Oui, voilà. Tout dépend où l’on place le curseur. Si l’on veut en prendre plein la tronche avec un film super original, qui vient ouvrir une brèche nouvelle dans l’histoire du cinéma, alors… prière de passer son chemin. Ce Suite française aurait pu être tourné il y a 20 ans. Allez, même 30.

Aucun plan pour venir nous scotcher. Pas d’illumination à attendre de la photo. Pas plus avec le jeu des acteurs. Non qu’ils soient mauvais – ils sont tous plutôt convaincants – mais on ne va assurément pas leur filer un Oscar pour autant, ça non alors.

GENTILLET MAIS MOLLASSON

Jusque là, vous l’aurez compris, on plaçait le curseur du côté « n’y allez surtout pas malheureux » de la force. Maintenant, si l’on s’en tient à la qualité de l’histoire, et à la manière dont elle est déroulée 1h50 durant, alors, oui, mes amis, oui, nous pouvons êtes conquis. Enfin conquis… On s’emporte un peu, certes, mais c’est bien ficelé, et nous, ça nous a plu.

Les rebondissements sont crédibles. Ils arrivent au bon moment. On les voit un peu arriver de loin, c’est vrai, mais pas tous – et pas tant que ça. Non, franchement, là-dessus, rien à dire. Ou plutôt si : qu’on a vu des films moins bien maîtrisés que celui-là. Et un bon paquet, encore.

Après, de là à crier au génie, non, bien sûr. Cela flirte parfois avec le téléfilm – dans le sens où le rythme est un poil mollasson – mais disons que c’est gentillet. Un peu vieillot, hors du temps. Pas désagréable, donc. Reste que le manque d’originalité demeure malgré tout un handicap sévère. Et qu’on conclura finalement d’un assez lapidaire: peut mieux faire…