20150325

Le penseur de salle de bain

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Mes opinions s’écoulent par des tuyaux qui n’ont rien à envier à ceux de BFM en termes de poils pubiens.


Je me pensais punk intérieur: je ne suis qu’intellectuel de salle de bain comme on dit des chanteurs et de ceux qui se rasent avec de l’ambition plein le menton.

Le monde me sidère.  Au sens propre du terme. Pour ne pas penser bêtement je rechigne à penser ce qui, j’en conviens est stupide.
Etre Charlie? Etre féministe? Accueillir l’ Étranger? Etre écologiste? Etre une belle personne?
Dans ma salle de bain je suis tout ça et je me sens brillant. A force de cogiter en m’astiquant, je ne produis que de la branlette intellectuelle. Tout nu dans ma serviette, j’avais le rouge au front d’humeur melanchoniste, et le savon à la main me faisant bobo mais concon à la fois…
Une fois lavé, je n’ai plus d’avis. Mes opinions s écoulent par des tuyaux qui n ont rien à envier à ceux de bfm en termes de poils pubiens. Je suis « sans opinion » et allergique aux sondages. Je serre les dents par le fondement plutôt que de me positionner dans quelconques QCM. Je ne suis pas A, B ni même C.
Pourtant l’absentéisme m’énerve presque autant qu’un débat Morano-Pecresse.

J’enfile comme tout le monde du prêt-à-penser. De ce que je lis sur mes onglets favoris, de ce que me vomit ma page Facebook, de ce que me répète mon entourage qui a lu les mêmes articles, les mêmes analyses et les mêmes communiqués de presque.
Nous pensons en vase clos, en parallèle d’autres vases tout aussi clos, ne nous croisant que dans les commentaires des sites de publi-informations.

Ce que je sais de Daesh, c’est que je ne sais rien. Ce que je sais de la cause de la crise économique et des solutions pour y remédier, c’est que je ne sais rien. Ce que je sais de la politique européenne, de la gouvernance de Poutine, de la fin des hydrocarbure et du trou de la sécu, c’est pire que rien, c’est ce que j’en ai lu dans les grands médias et les petites revues. Si Socrate était encore vivant, il boirait la ciguë en canette sans aspartame au premier débat télévisé qu’il croiserait plutôt que d’entendre nos éditorialistes se tripoter le micro comme s’ils étaient dans leur salle de bain.

Comme beaucoup de Français j’ai eu besoin de silence en janvier. De couper les robinets. D’être triste, inquiet ou en colère sans mettre de commentaire dessus. Alors plutôt que d’infliger au monde ma logorrhée, je tiens tribune près de ma machine à laver et sur Apache Magazine. Au moins j’emmerde personne.

Illustration: la salle de bain du train de Tito (source)