20150310

Réalité, le film qui vous fera aimer détester l’absurde

réalité affiche

Film génial ou bouse infâme. Pas de demi-mesure avec Réalité, le nouveau film de Quentin Dupieux : on aime ou on n’aime pas. Nous, on réussit le pari de l’entre-deux. Car si on apprécie le cinéma de l’absurde, on regrette quand même le manque d’audace de la mise en scène.


On rit rien qu’à imaginer les fans d’Alain Chabat venir le voir dans Réalité. Non qu’il ne soit pas bon – il l’est toujours, pas de problème là-dessus. C’est juste que, tout Chabat qu’on ait devant les yeux, c’est surtout du Quentin Dupieux… Or ce gars-là est dingue. Mais vraiment dingue. Du genre à se demander si, par hasard, on n’aurait pas affaire là à un génie… C’est vous dire à quel point il est barré.

Bon, on dit ça, mais c’est surtout pour être gentil. Car, pour nous, notre religion est faite : Dupieux n’est pas un génie, et il faudrait l’interner. D’urgence. On se souvient de son Steak, dans lequel il offrait, déjà, un rôle atypique au duo Eric et Ramzy. Et voilà qu’il remet cela, le bougre, avec Chabat.

C’est malin de sa part, cela dit, Des têtes d’affiche, mainstream, pour faire parler de son oeuvre. Et attirer des spectateurs. Au moins en première semaine.

IMPOSSIBLE DE DEMELER LE VRAI DU FAUX  

Alain Chabat à la recherche du cri de douleur parfait...

Alain Chabat à la recherche du cri de douleur parfait…

Nous, on aime ça. Quelque chose entre le foutage de gueule et l’art absolu. L’art pour l’art. On ne comprend rien, mais alors putain de rien à ce qu’il veut dire, comment il le dit, et pourquoi, mais on se plait à regarder, quart d’heure après quart d’heure, la salle se vider. On s’en frise les moustaches d’aise. Rien que pour cela, ce Réalité nous amuse.

Après, évidemment, on en censé parler de cinéma. Mais comment s’y prendre, quand on est dans l’eau de Dupieux ? Impossible de résumer ce Réalité. Impossible de démêler le vrai du faux, le plausible du ridicule, le beau du laid. C’est fourre-tout, ça part dans les sens, et le pire est que c’est voulu.

Dans ce contexte, on trouve le synopsis qui circule partout franchement simplificateur, propre à perdre le spectateur en l’attirant dans sa salle de cinéma sans savoir où il met son gros cul. On cite : « Jason Tantra, un cameraman placide, rêve de réaliser son premier film d’horreur. Bob Marshall, un riche producteur, accepte de le financer à une seule condition : Jason a 48 heures pour trouver le meilleur gémissement de l’histoire du cinéma. »

QUAND SOUDAIN, UNE CASSETTE VHS… 

Cela vous donne envie ? Alors oubliez tout de suite, car si on a bien ce Jason, joué par Chabat, qui s’échine à trouver ce gémissement de douleur qui fera sa gloire, on a tellement d’autres choses, aussi. Toutes mêlées, entremêlées, sur-mêlées et emberlificotées. Un joyeux bordel, on ne vous dit que ça.

Dans le désordre – mais tout est tellement foutraque que la notion d’ordre n’a plus vraiment de sens – un sanglier, une cassette VHS, une petite fille, répondant au doux prénom de Reality, un réalisateur de film, Zog, Jason, donc, cadreur pour une émission de cuisine assez minable dont le présentateur, déguisé en souris, souffre d’un eczéma imaginaire qui lui bouffe la vie.

‘Tendez, ‘tendez, c’est pas fini. On a aussi un producteur de cinéma, Bob, incarné par Jonathan Lambert, dont on ne sait trop que penser. Et puis Elodie Bouchez, aussi. Sans parler, ce serait trop grossir le trait, d’un directeur d’école qui aime s’habiller en jupe et avec de hauts talons en conduisant se jeep. Le tout conjugué, mélangé et tourneboulé dans des rêves multiples. Si bien qu’on défie quiconque de savoir discerner les phases rêvées des phases « réelles ».

CINEMA DADA 

Monsieur n'est pas une tapette, il est une souris...

Monsieur n’est pas une tapette, il est une souris…

Vous le voyez bien le côté barré du truc ? Bon, eh bien sachez que c’est pire encore au final. Ou mieux, c’est selon. On dit c’est selon car, évidemment, ce genre de cinéma dadaïste, on aime ou on n’aime pas.

Nous, d’ordinaire, on n’aime pas. On a toujours tendance à se dire que le gars qui est derrière tout ça est auto-persuadé de sa grandeur et de sa supériorité intellectuelle. Qu’il s’auto-congratule d’avoir livré une merde franchement pas regardable.

Mais là, peut-être guidés par notre naïveté, nous voulons croire à du troisième, voire du quatrième degré. Et c’est ainsi que, dans un grand élan d’amour, nous rejetons l’idée du foutage de gueule pour lui préférer celle de l’art. Mais absurde, l’art.

Or c’est beau l’absurde. Cela donne des pièces de théâtre assez géniales. Au cinéma, c’est plus difficile, mais c’est bien que cela existe. Même si, évidemment, on ne peut décemment pas conseiller ce Réalité : 11 ou 12 euros pour ça, quand même, c’est très exagéré. A moitié prix, en revanche, ça passe un peu mieux… Mais un peu seulement. C’est qu’on regrette quand même beaucoup qu’au-delà de la seule audace du scénario on n’ait rien de très innovant à se mettre sous la dent dans la mise en scène. Pas de plans époustouflants ou ne serait-ce que sortants de l’ordinaire. Non, de ce point de vue, c’est décevant. Du coup, cela l’est également au global.