20150316

Une fable enfantine plus qu’un film politique

President2015

Une jolie fable enfantine bien plus qu’un film politique. A notre sens, c’est un peu dommage mais cela n’enlève rien à ce Président, de l’Iranien Makhmalbaf, qui ne manque pas de qualités: qu’il s’agisse du scénario ou du jeu des acteurs et de la mise en scène. Reste, quand même, ce manque de prise de risque politique… En salles le 18 mars.


Un dictateur en fuite. Qui se cache. Qui a peur. Qu’on plaint… Son petit-fils de cinq ans avec lui. L’archétype même de l’innocence. N’en jetez plus. Le Président, de l’Iranien Mohsen Makhmalbaf, est un film dérangeant où l’on se retrouve à avoir de l’empathie pour un monstre.
Enfin un monstre… On nous le dit, qu’il a fait des choses moches. Qu’il a du sang sur les mains. Ou son régime, plutôt que lui. Car lui, finalement, on ne le voit jamais que très humain. Le bon vieux papounet qui veille sur son petit fillot.
Autrefois président tout puissant d’un pays où l’opposition est réduite au silence, voilà qu’un coup d’Etat le renverse. Hier adulé, craint, il est maintenant recherché, sa tête mise à prix. Obligé de fuir, quitter l’opulence de son palais pour partager, grimé en musicien de rue, la misère de son peuple, des hordes revanchardes à ses trousses.
Et la caméra le suit, et nous avec. Comme si on vivait une révolution de l’intérieur. On pense tout de suite à Ben Ali ou Kadhafi. C’est à dessein. L’idée est venue au réalisateur dans la foulée des Printemps arabes, ceci expliquant cela.
UN FILM QUI GLISSE RAPIDEMENT A LA FABLE ENFANTINE
Un enfant, ça vous humanise tout de suite un dictateur sanguinaire...

Un enfant, ça vous humanise tout de suite un dictateur sanguinaire…

Sa volonté de filmer du point de vue du dictateur est diablement originale. Déconcertante, aussi. D’abord parce Makhmalbaf ne clame pas un amour démesuré de ces révolutions – elles amènent souvent plus de violences, de chaos, que de libertés. Ensuite parce qu’il semble dénoncer en priorité l’aveuglement et l’enfermement du président, protégé, surprotégé et, in fine, coupé du monde par la clique qui l’entoure et sa bureaucratie. Un gentil dictateur, en somme, bon vieux papy qui voulait le bien de son peuple, mais qui a été dupé par ses ministres…
Une fois qu’on a dit cela, et donc un peu pris ses distances avec ce message auquel, vue de France, vieux pays qui est le nôtre, qui n’a cessé de se tenir debout face à l’Histoire et devant les hommes – Dominique, sors de cette critique on t’en supplie – reste le film.
Que vaut-il, ce film ? Réponse : alors qu’on s’attendait à quelque chose de très politique, il glisse rapidement à la fable. Une manière, pour la réalisateur, assurément, de dédramatiser son propos. Aussi, et c’est un poil plus embêtant, de le lisser.
MAITRE VITALIS FAIT LA REVOLUTION
Un conte enfantin et pas du tout (ou très peu) un film politique. Un peu dommage.

Un conte enfantin et pas du tout (ou très peu) un film politique. Un peu dommage.

Ainsi, très vite, en lieu et place du terrible Kadhafi en fuite, on a la méchante impression de se retrouver dans un épisode de Rémi sans famille, avec Maître Vitalis, bourru et taciturne, mais finalement au grand coeur… Faut dire qu’avec la perruque dont il est affublé, ce putain de président nous a fait penser d’emblée à Pierre Richard.
On pensera à consulter, promis… Encore que, non, à y bien réfléchir, non, on ne consultera pas. Car c’est bien au conte pour enfant que ce Président tourne. Il en va ainsi dès la scène d’ouverture. Pour montrer à quel point le dictateur a perdu tout sens du réel, Makhmalbaf, plutôt que de filmer la violence de la répression, use de la métaphore enfantine : pépé et son petit-fils font gentiment mumuse avec les lumières de leur capitale. Le si délicat jeu du jour-nuit réinventé à l’échelle d’une ville. Le pied ultime, on en convient. Mais, surtout, un refus caractérisé de prise de risque politique.
Pour autant, même si on regrette cette absence de profondeur sociétale, ce Président reste très intéressant. Le scénario est bien ficelé et les acteurs bons, avec quelques jolis plans. De quoi largement passer un bon moment. Nos seules réserves, encore une fois, tiennent au fait qu’on s’attendait à un film politique et que cela n’en est pas un. En soi, ce n’est pas grave. Il faut juste le savoir, c’est tout.