20150422

Impression 3D : une révolution esthétique

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Au-delà d’une révolution économique et industrielle, ce sont les codes visuels qui sont bouleversés, et par là l‘avènement d’une nouvelle esthétique.


Comme on vous l’avait déjà introduit dans un article précédent (ici), la révolution de l’impression 3D est en marche. Des centaines de projets impensables auparavant sont désormais possibles, les coûts se réduisent etc … Mais j’ai dernièrement été frappé par un autre aspect de cette révolution, au travers d’une image représentant une application industrielle de l’impression 3D. La forme finale, au-delà d’une simple optimisation, simplification, allègement, est esthétiquement en rupture complète avec la pièce qu’elle remplace.

Cette pièce est un morceau de satellite (de la plateforme générique E3000 pour être plus précis). A gauche on voit la pièce originale, composée de nombreux morceaux assemblés entre eux. Au milieu, on voit le travail de simplification qui permet de ne conserver que ce qui est nécessaire. A droite enfin, la pièce imprimée grâce au procédé 3D. Cette technologie permet de gagner 35% du poids total, mais permet également de gagner en simplicité : plus besoin des 44 rivets et des nombreuses opérations nécessaires pour les fixer. La pièce est aussi solide (et même plus, en réalité), aussi efficace, mais plus légère, moins cher, bref : c’est la révolution de l’impression 3D.

E3000
Cependant cette image a retenu mon attention pour une autre raison : sa valeur esthétique. Je l’ai regardé avant de lire l’article, et j’étais à ce moment bien incapable de comprendre ce qu’était cette forme finale, aux allures d’exosquelette futuriste. Ou d’œuvre d’art conceptuel. Elle m’intriguait, et valait pour elle-même, à cet instant-là : pas de fonctionnalité connue, une forme, une couleur, une texture, une lumière particulière ; et c’est tout. Un objet esthétique intriguant. Après avoir compris de quoi il en retournait, cette sensation ne m’a pas quitté pour autant : la rupture est flagrante entre l’ensemble de plaques rivetées initial et la pièce élancée finale.

L’associant maintenant à une technologie, je n’ai pas pu même m’empêcher d’y voir l’équivalent du passage dans un jeu vidéo de stratégie d’un âge à un autre (genre Civilisation ou Age of Empire). Vous savez quand vous upgradez des bâtiments et que leur esthétique se complexifie pour symboliser l’amélioration (Désolé pour cette analogie Geek, mais elle m’est venue toute seule comme une évidence). Alors bien sûr notre esthétique générale n’est pas aussi pataude et rustique que la pièce originale rivetée, qui aurait presque même des allures retro. On avait déjà connu une telle révolution avec le plastique des années 60-70, et la folie des meubles et autres structures moulées, lisses et brillantes.
On peut s’attendre donc à une nouvelle révolution du même genre : les plastiques étaient moulés, et ne permettaient pas de produire facilement les formes évidées telles que ci-dessus. On peut imaginer grâce à cette technique une modification profonde de nos codes et de nos habitudes. Ces formes qui pour l’instant paraissent futuristes, seront bientôt quotidiennes. Elles seront intégrées à nos codes et à notre vocabulaire esthétique. A la faveur de ces nouvelles possibilités, et du style qui l’accompagne, c’est toute une culture qui évolue. De nouvelles structures, de nouveaux bâtiments, meubles, objets, avec leur identité esthétique propre. Il y a eu le bois, l’acier, le béton, le plastique. Nous entrons maintenant dans l’ère des matières imprimées. Avis aux designers !