20150421

Le vélo dopé !

vélo de course

Yes c’est le printemps ! La saison des classiques qui reprend. Les baroudeurs, les rouleurs, sprinteurs enfourchent leurs bicyclettes. Paris-Nice, Milan-San Remo, Liège-Bastogne-Liège. Les grandes courses du cyclisme qui nous mèneront inexorablement en juillet avec le Tour de France en ligne de mire ! Génial ! Cette année, on attend la confirmation d’un petit nouveau qui monte dans […]


Yes c’est le printemps ! La saison des classiques qui reprend. Les baroudeurs, les rouleurs, sprinteurs enfourchent leurs bicyclettes. Paris-Nice, Milan-San Remo, Liège-Bastogne-Liège. Les grandes courses du cyclisme qui nous mèneront inexorablement en juillet avec le Tour de France en ligne de mire ! Génial ! Cette année, on attend la confirmation d’un petit nouveau qui monte dans le peloton : le moteur à vélo. Ou le système B après le trop tricard dopage via EPO. Rien n’a encore été prouvé mais les soupçons s’intensifient au fil des courses et il se pourrait bien que certains coureurs utilisent une aide mécanique pour améliorer leurs performances.

DES ANNES 30 A L’ASSAUT DES ALPES

Les vélos électriques existent depuis des lustres et font le bonheur des plus flemmards d’entre nous. Quand tu récupères ton Velib, tu sais que tu n’arriveras pas en sueur au boulot et t’auras en plus l’occasion d’apprécier le paysage. Bref, tout bénef. L’invention est chouette, moderne et efficace. Ce vélo qu’on aime aussi appeler vélo urbain existe depuis les années 30 mais est réellement à la mode depuis une quinzaine d’années. Le moteur, discret, et sans bruit ou presque, permet d’amplifier le mouvement du pédalier sans pour autant dénaturer la nature même du vélo. En gros, tu continues les mêmes mouvements, t’appuies toujours sur les pédales tout en ayant l’impression qu’on te pousse dans le dos. Plus qu’un Vélib, les vélos électriques sont vendus distribués partout et accessibles à tous. Le bon plan pour le gamin qui rechigne à suivre ses parents en balade. Tellement devenu à la mode, le vélo à moteur ferait même partie du peloton des cyclistes professionnels… Non tu déconnes ?

velo debut 20 eme siecle

Eh bien apparemment non ! L’UCI (Union cycliste internationale) qui pensait en avoir presque fini avec le dopage (PRESQUE…) qui pourrit ce sport depuis des années, est en train de se retaper une crise de nerfs. La faute à des petits moteurs insérés, en toute discrétion, dans les vélos de certains cyclistes professionnels. Pour l’heure, il n’y aurait que des soupçons mais certaines vidéos disponibles sur le net ont renforcé les inquiétudes qui sont dans l’air depuis quelques années déjà. A tel point que l’UCI  a décidé d’investiguer sérieusement le phénomène. La commission indépendante de la réforme du cyclisme croit que « la tricherie technique a augmenté… divers efforts ont été entrepris pour enfreindre les règles techniques, y compris en utilisant des moteurs dans les cadres ».

LES VELOS SE DOPENT !

L’enquête est partie et flics et enquêteurs de l’UCI font des descentes pour coffrer… des vélos. En marge de la classique Milan-San Remo de mars, ils ont en récupéré 37, appartenant à 4 équipes différentes. Lors de la descente du 27 mars, ils n’ont même pas remarqué les deux coureurs qui se faisaient une petite transfusion sanguine dans les chiottes. A la sortie de la fouille, un type en uniforme rappelait l’objectif : « On s’en fout des dealers, ce qui nous intéresse, c’est les moteurs. Le ministre des sports en a fait sa priorité et il veut des résultats ! Il est assez pressionné par Manuel Valls.» C’est noté.

Cette action prouve que les instances du cyclisme prennent aujourd’hui très au sérieux des rumeurs qui circulent dans le peloton depuis quelques années. Des rumeurs qui ont commencé à faire beaucoup de bruit en 2010 lors de Paris-Roubaix et une certaine vidéo montrant le Suisse Fabian Cancellara distancer ses adversaires sans donner l’impression de faire le moindre effort. Point de mise en danseuse et seulement deux trois coups de pédale pour semer la troupe qui venait de se taper une bonne galère à travers les pavés de la légendaire classique française.

La séquence passe alors en boucle sur Youtube. Un buzz, un vrai succès Internet. La consécration dans le monde de la communication 2.0. Sans le savoir, Fabian vient de signer sa victoire la plus controversée. La séquence est décortiquée, analysée sous tous les angles, on nous explique comment fonctionne ce dopage technique, où il est installé dans la bicyclette et comment il est actionné par Cancellara lors de la classique. Alors que les commentateurs (on parle bien sûr des mêmes qui bavaient devant les perfs de Lance Armstrong et qui ne cessaient de lui dérouler le tapis rouge) sont complètement bluffés par la victoire du rouleur suisse, les analyses montrent bien que le gaillard ne change pas de vitesses et qu’il presserait plutôt un petit bouton depuis son guidon lui permettant d’actionner son fameux moteur. Cette année-là, Fabian sort même le grand jeu puisqu’il remet ça dans le Tour des Flandres. Les commentaires sont cette fois en néerlandais mais les images parlent d’elles-mêmes. A l’époque, Fabian tout sourire sur le podium récolte le bisou des hôtesses et nie complètement les faits. « Je suis tout simplement plus fort », soulignera-t-il. Les Suisses sont décidément trop puissants.

Les rumeurs gonflent et gonflent et désormais rien ne sera plus jamais comme avant. Le directeur du Tour de France va devoir changer son speech : « Je veux un Tour de France propre ». Il devra désormais crier depuis sa caisse « Je veux un Tour de France propre, des cyclistes propres, c’est-à-dire qui ne se dopent pas, et des bicyclettes propres, c’est-à-dire qui n’utilisent pas de moteurs ! » C’est vrai quoi, les gars, ce n’est pas sport. Et c’est totalement contraire aux règles. En avril 2014, le règlement technique de l’UCI stipule noir sur blanc qu’ «il est interdit d’ajouter un système mécanique ou électrique servant d’assistance aux coureurs ». Effectivement si ce n’était pas indiqué avant, cela pouvait donner des idées à certains. Toutefois, Pantani, Virenque et Armstrong n’ont jamais rien eu à foutre des règles. Désormais l’UCI et le monde du cyclisme en général sont paranos, croyant voir des moteurs partout.

LA ROUE QUI TOURNE TOUTE SEULE

Dernier exemple en date du vélo dopé : la roue fantaisiste du canadien Ryder Hesjedal. Le coureur est victime d’une chute lors de la Vuelta en 2014. Alors que Ryder n’est plus en selle, sa roue arrière continue de tourner et doit attendre de taper la moto du cameraman pour s’arrêter. Magie noire canadienne ? Lois de la physique ou vélo dopé ? Les réseaux sociaux ont en tous cas choisi leur camp et se chargent de diffuser la nouvelle dans le monde entier en quelques heures. Ryder, en dépit d’un Tour d’Italie remporté en 2012, n’était pas très connu à l’époque. Encore moins dans son pays, le Canada, qui ignorait posséder des coureurs professionnels. Le protagoniste ne réagit pas au contraire du ministre des sports canadien. « Ryder n’a pas été malin sur ce coup-là, il était dans une descente et aurait dû éteindre le moteur. »

MAFIA HONGROISE

La citation qui suit existe bel et bien. Elle provient de Davide Cassani, le testeur du vélo dopé qui apparaît au début de la vidéo de Cancellara. « Moi, j’ai juste essayé ce vélo électrique qui est vraiment extraordinaire en disant qu’il me permettrait aujourd’hui encore de gagner des courses sans être jamais démasqué, et j’ai expliqué qu’il m’avait été remis par un ingénieur hongrois qui m’a dit que, depuis 2004, il a été utilisé à plusieurs reprises sur le circuit professionnel, c’est tout.» (source :l’Illustré)

Un ingénieur hongrois ? Cette affaire prend des allures surprenantes. Le vélo dopé viendrait donc des fins fonds de la Hongrie. L’origine du moteur a un nom : Istvan Varjas. Ancien coureur cycliste, Istvan met fin à sa carrière prématurément au début des années 90 après un accident de la route. Désespéré, il se lance corps et âme dans ses études d’ingé et finira par inventer le fameux moteur à vélo. Lors d’une interview téléphonique donnée à l’Illustré.ch, Istvan se confie. « Il pèse de 500 grammes à 1 kilo, dégage une puissance de 600 watts dans son utilisation la plus élevée et affiche une autonomie de 30 à 60 minutes. Je vous assure qu’il peut rouler jusqu’à 90 km/h. Mon système est très performant quand il dépasse 100 coups de pédales par minute, il procure une grande rentabilité. » Certains de ses prototypes auraient disparu et pourraient très bien se retrouver à l’intérieur du peloton, selon ses propos

Si Gérard Holtz évoque un certain Istvan sur les routes du Tour, ne vous étonnez pas !