20150424

Tout n’ira sans doute pas si bien pour Every Thing Will Be Fine (et c’est dommage)

fine affiche

Peut-on se défaire de son passé ? Si oui, comment ? Wim Wenders se penche sur la question de la rédemption avec Every Thing Will Be Fine. Et si son film est d’un grand classicisme, pour une fois ce n’est pas grave, tant il est servi par une belle histoire et un sens de la photo rare.


Film compliqué que ce Every Thing Will Be Fine… Nous on a aimé, mais on comprend que cela ne soit pas le cas des autres. De nombreux autres. On anticipe, dès ce mercredi 22 avril, jour de la sortie, les mauvaises critiques. Et on anticipe, aussi, le flot des commentaires, affluant par dizaines (sic), ici-même, pour nous demander des comptes : « Comment ça, tu as dit que c’était bien, on t’a cru, nous y sommes allés, hé ben figure-toi qu’on s’est ennuyés comme des rats morts, c’est de ta faute, t’es qu’un crétin. »

Dure vie, oui, dure vie, vraiment, que celle de critique (re-sic)… Et c’est en cela que l’on dit que c’est un film compliqué. Car il nous faut avouer notre amour pour ce film alors même que l’on sait, déjà, qu’il ne marchera pas.

MAIS POURQUOI DIABLE LA 3D ?

Plein de jolis plans dans ce film. Nous, on aime.

Plein de jolis plans dans ce film. Nous, on aime.

Trop propre. Trop lisse. Trop hors du temps. Ses défauts sont autant de qualités que nous lui trouvons. On rejoindra juste la cohorte des déçus pour une chose, une seule : cette 3D, qu’on persiste à penser inutile – sauf pour Gravity ou ce genre de trucs. Pire : pesante. Et comme en plus cela vient renchérir le ticket d’entrée en salles, en vérité, nous vous le disons, cher Wim Wenders : tout sauf une bonne idée que vous avez eue là.

Votre scénario. Vos acteurs. Votre lumière, surtout – ah votre lumière. Tout cela suffit. Nul besoin de fioritures techniques. Mais la 3D est là, tant pis, faisons avec, que voulez-vous. C’est accessoire, dirons-nous. Même si on persiste et signe : cela viendra nuire au résultat final du film, qui fera à cause de cette 3D encore moins d’entrées qu’il n’aurait dû.

Dans tous les cas, ce sera dommage. Every Thing Will Be Fine est un bon film. Avec, certes, cette impression de dix fois vu, mais on s’en fout. Nous, ça nous plaît. Cela nous plaît parce que l’histoire est belle. Attendrissante.

QUAND SOUDAIN, PAF, LE MOME…

Charlotte Gainsbourg présidente !!!

Charlotte Gainsbourg présidente !!!

Tomas (James Franco), écrivain en mal d’inspiration, prend sa voiture, sur des routes enneigées. Il vient de s’engueuler avec sa meuf et pense à plein de trucs, comme on le fait dans ces cas-là. Téléphone. Textote. Bref, décompresse. Quand soudain, paf le môme…

Le drame est total, évidemment. Mais voilà que cette tragédie le remet en selle. L’écriture comme exutoire. Un grand classique, là encore. L’inspiration en lui, à nouveau. Les romans qui se succèdent. Le succès. La vie qui se reconstruit. Sa vie.

Tomas retrouve le sourire, le goût de vivre, de construire. D’avancer. Mais peut-on vraiment s’affranchir de son passé ? L’oublier ? Ça non, impossible… Dans cette quête, peut-on faire fi de l’autre famille, celle du p’tit gars qu’il a percuté, autrefois ?

LES TORTUEUX CHEMINS DE LA REDEMPTION

Un film sur la rédemption et les chemins, forcément un peu tortueux, qu’elle peut prendre. Un film sur le pardon, aussi, avec, dans le rôle de la mère accablée, une toujours très juste Charlotte Gainsbourg. Cette fille est fascinante. Pas une fois, même dans les ineptes Nymphomaniac 1 et 2, elle nous a déçus.

Elle trouve ici un joli rôle pour s’exprimer, sous la caméra bienveillante de Wim Wenders; Lequel Wim s’évertue à parfaitement équilibrer son film : Charlotte Gainsbourg est bien l’égale, en termes d’importance, de James Franco, lui aussi convaincant.

TOUT N’IRA PAS SI BIEN POUR EVERY THING WILL BE FINE

De bons acteurs. Une bonne histoire. Rajoutez à cela une photographie romantico-poétique réjouissante, et comprenez qu’on fonde. Mais pourquoi, alors, est-on si certain que non, tout n’ira pas si bien pour cet Every Thing Will Be Fine ?

L’intuition, mes bons amis, l’intuition. Et puis aussi parce qu’en dépit de ces si belles qualités, le côté mou du genou du film nous a un peu gênés. C’est assez lent, contemplatif. Pas pour nous déplaire, d’autant que c’est bien fait, et que cette lenteur n’est pas le résultat d’un manque de souffle et/où de maîtrise, mais tellement hors du temps qu’on pressent que Wim Wenders aura ici du mal à trouver son public. Et en même temps… On dira que ce sera la faute du public, qui n’aura rien compris, et qui passera à côté d’un film qui, sans être inoubliable, a ce mérite d’être bien mené, crédible.