20150512

Ça va aller

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dans Edito

le monde va mal mais ça va aller, on va s’en sortir, parce qu’on s’en est toujours sorti, et que si on s’en sort pas, il n’y aura que les cafards radioactifs comme témoins de notre échec, alors rien n’est grave…


J’ai de plus en plus de mal à écrire mes chroniques. J’ai l’impression d’avoir épuisé ce qui me tient à coeur et j’ai trop de paresse pour ré-alimenter mes sujets d’indignation. Je me demande parfois ce que j’écrirais si c’était ma dernière chronique. Quelle serait mon ultime pensée profonde sur mon lit d’hôpital face à mon écran juste avant mon euthanasie préventive? Et si tout à  coup, ma chronique était lue par des milliers de personnes? Voilà un porte-voix, dis ce que tu as à dire! Allo… allo… test… un… deux…

Mais je crois que je réfléchis mal. Ce que j’ai envie d’écrire finalement ne regarde que moi et je n’ai pas besoin d’Apache Magazine pour cela, mon beau cahier me suffit.
Poser la question à l’envers. Qu’aurais-je envie de lire? C’est une meilleure porte d’entrée. Si j’avais fait des études de journalisme ou de marketing, je l’aurais compris depuis longtemps. Hélas, si j’avais fait de vraies études, j’aurais un vrai métier, dixit ma mère.

Alors je vais écrire une chronique que j’aimerais lire.
Et en ce moment, j’ai envie de lire un texte qui me dirait « ça va aller ».

Un truc réconfortant, rassurant, apaisant, un truc qui vous tient par l’épaule, qui console un peu et qui vous sort le temps de la lecture de l’intranquillité quotidienne des nouvelles du monde.

Je rêve de lire une chronique qui me dirait que ce n’est pas si grave que ça, que rien n’est grave, que je m’inquiète trop, que je prends les choses trop à cœur,  que les humains sont globalement de bonne volonté, que l’Humanité est pleine de ressources.

Attention, pas une lecture qui me mène en bateau. Je veux qu’on me parle du vrai monde, de la réalité, les yeux dans les yeux, mais de façon sereine, rationnelle, objective. Je n’en peux plus des discours anxiogènes ou culpabilisants, simplistes, con-complotistes ou fatalistes. Mais je ne veux pas non plus des discours mièvres et niaiseux sur les colibris qui sauvent les forêts et les énergies d’amour qui transcendent l’espérance. Je suis un lecteur exigeant.

En fait, c’est assez pointu ce que je recherche. Je voudrais lire un gars qui me dirait « le monde va mal mais ça va aller, on va s’en sortir, parce qu’on s’en est toujours sorti, et que si on s’en sort pas, il n’y aura que les cafards radioactifs comme témoins de notre échec, alors rien n’est grave… »
Voilà un truc apasisant. Tout va bien puisque au pire on meurt et comme au final on finira tous par mourir, l’enjeu est assez faible.
Et les luttes? Les combats? les idéaux? les injustices? La survie? tout les mots qu’on met avec une majuscule à l’adolescence et qu’on refoule avec mauvaise conscience passé deux ans de salariat. C’est bien beau de mourir, mais il faut bien vivre avant.
La chronique qui te dit « ça va aller », c’est une connasse ou une cynique voire une grosse menteuse.
Notre besoin de consolation est peut-être impossible à rassasier, mais c’est surtout parce que le premier qui fait mine de me consoler je lui fous mon poing dans la gueule.

Ca y est, je me suis encore auto-énervé, ma chronique est encore illisible, et j’ai encore fait fuir mes lecteurs, mais bon ça va aller… pour cette fois.

Illustration: La Haine