20150513

L’Appel de Londres : celui de Vanessa Demouy, pas du Général

appel affiche

Demouy, Lellouche et consorts. D’ordinaire, nous, justement, on sort. N’écoutant que notre courage, nous y sommes quand mêmes allés. Et si cet Appel de Londres qui se joue à la Gaîté-Montparnasse n’est pas notre lot quotidien, c’est plutôt pas mal fait. Et les autres riaient. Oui, les autres riaient…


Ici, on le confesse, on est plus Beckett que Guitry. Plus théâtre d’auteur que boulevard. C’est dire si on avait peur en se rendant à la Gaîté-Montparnasse voir L’Appel de Londres, avec la bande à Demouy. Oui, oui, la bande à Demouy, Vanessa Demouy, Classe mannequin, tout ça…

Souviens-toi jeune ami

Snobisme boboïsant ? Non, non, même pas. On ne dit pas qu’on méprise le genre, surtout pas. Juste qu’on ne le comprend pas. Ne le connaît pas. Donc on avait peur. Mais on y est allés quand même. Car après tout, boudiou, que risquait-on, sinon passer un bon moment ? On n’était pas à l’abri.

DU RYTHME GRACE A LA VARIETE DES SUJETS ABORDES

La bande à Demouy. Oui, oui, Classe mannequin, tout ça. Rhooooo

La bande à Demouy. Oui, oui, Classe mannequin, tout ça. Rhooooo (et même un peu de Sous le soleil, oui oui au milieu, regardez)

Et alors, et alors, piaffez-vous d’impatience ? Bah disons que si l’on pose son cerveau à l’entrée, alors cet Appel de Londres est plutôt honorable. Et disons surtout, c’est le plus important, que les autres riaient. Oui, ils riaient. Souvent. Et fort avec ça. Ce qui est vachement bon signe.

Il faut dire que, sur scène, la bande à Demouy, c’est-à-dire la susnommée plus Christian Vadim, Philippe Lellouche et David Brécourt, s’en donne à coeur joie. Ils prennent du plaisir, s’amusent, cela se voit, se sent et, donc, se transmet au public. C’est frais, c’est gai et c’est communicatif. Surtout quand ils se plantent. Surtout quand ils improvisent, sur une réplique ou deux.

Pour le reste, L’Appel de Londres n’est pas un chef-d’oeuvre d’écriture. Mais les faiblesses du texte sont compensées, en partie, par le rythme des sujets abordés. Lesquels sont variés. C’est bien simple, ça n’arrête pas, passant d’une discussion à l’autre, sans jamais de transitions. Ou alors bricolées à la va-vite.

UN 14 JUILLET A LONDRES

Rien de gênant à cela. Au contraire. C’est voulu. On est censé être, sur scène, dans un bar-restaurant français de Londres, tenu par Vanessa Demouy. Nous sommes le 14 juillet, jour de Fête nationale. Le bar, décoré aux couleurs de la France, attire en son sein quelques-uns des expatriés de Londres, à qui la France manque.

Il y a là l’écrivain raté, Vadim, grand escogriffe naïf, mais attachant. Lellouche, l’avocat idéaliste et Brécourt, le trader qui fait du pognon sans vergogne, parti pour de bêtes raisons fiscales. Bref, vous l’aurez compris, quatre personnalités représentant un peu tout ce qui se fait de bon, et de con, en France. Dans le désordre, l’arriviste, l’idéaliste engagé, l’artiste désengagé et le prolo tenancier de bar.

DISCUSSIONS DE COMPTOIRS

Une pièce qui donne envie de picoler.

Une pièce qui donne envie de picoler.

Tout ce beau monde n’est pas fait pour s’entendre. Et c’est bien pour cela que la discussion s’engage, tour à tour sérieuse, légère, tendue ou blagueuse. Ça débat, ça s’engueule, ça picole, ça refait le monde et ça n’évite pas les clichés. On est dans une belle et vraie discussion de comptoir comme on l’imagine avec, comme thèmes principaux, la France, ses vices et ses vertus, l’amour, l’amitié, le travail, la politique, les impôts. Tout y passe.

UN SPEED-DATING FRANCHEMENT RIGOLO

Certains sujets peuvent être un peu lourdauds, mais c’est évidemment voulu. Et la mise en scène a l’intelligence de passer rapidement d’un cas à l’autre. De quoi ainsi ne pas se lasser – c’est l’analyse positive. Si l’on voulait prendre le contre-pied, on pourrait dire que c’est aussi de quoi ne pas s’engager : je suis si peu sûr de mon texte, du fond de mes propos, que je les fais s’enchaîner dare-dare, pour ne pas trop s’appesantir. Hop hop, ni vu ni connu je t’embrouille.

On a envie de retenir la première solution. Ne serait-ce que parce qu’on a nous-même expérimenté moult fois ces soirées où l’on refait le monde devant un verre. Et oui, oui, c’est vrai, c’est plutôt décousu, sautant du coq à l’âne (mais pas du Coca Light, nous on préfère la bonne grosse pinte de Grim, merci).

Dans le lot de ces scènes, quelques trouvailles franchement drôles, dont un speed-dating où les comédiens en font joyeusement des tonnes. Ce n’est pas intello pour un sou, alors que nous on aime se triturer les méninges (pour preuve, on vient de voir au cinéma Connasse), ce n’est pas d’une grande finesse d’écriture, mais c’est joué avec enthousiasme, bienveillance et complicité. C’est finalement trois jolis compliments.

L’Appel de Londres de Philippe Lellouche
Théâtre de la Gaîté-Montparnasse
Jusqu’au 27 juin 2015