20150522

Les Tudors au musée : non, non pas la série, la dynastie

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Les Tudors, c’est à peine plus d’un petit siècle de domination. C’est-à-dire rien mais, pour autant, entre Henri VIII et Elisabeth Ière, deux des monarques les plus fascinants du royaume d’Angleterre. Le musée du Luxembourg, à Paris, met la dynastie à l’honneur, jusqu’en juillet 2015.


Cent dix-huit ans, trois générations et puis c’est tout… Les Tudors, dans l’histoire anglaise, c’est finalement peu de choses. Dans le temps, s’entend, chronologiquement. Car dans les moeurs, dans l’ancrage, dans ce qu’il en reste dans les mémoires, il en va bien autrement.

Les Tudors, c’est Henri VIII, c’est Marie Ire, c’est Elisabeth Ire… Les Tudors, c’est un peu plus d’un siècle de folie pure, de bouleversements majeurs qui, encore aujourd’hui, ont des répercussions. Les Anglais ne seraient pas ce qu’ils sont sans cette dynastie, coincée entre les York et les Stuart. Le musée du Luxembourg, à Paris, leur consacre une exposition, jusqu’au 19 juillet 2015. Une plongée dans l’Angleterre des années 1485 à 1603, présentée roi après roi, reine après reine.

QUAND HENRI S’EN VA CUEILLIR LA ROSE

Un brin austère ? Peut-être, oui… Disons à ne réserver qu’aux amoureux de l’histoire, ceux qui connaissent un peu, que ça intéresse. Sinon, vous ne verrez en effet guère autre chose que des portraits, serrés ou en pied, panneaux récapitulatifs des règnes à l’appui, des cinq monarques Tudor. Intéressants et bien faits, cela dit, ces panneaux explicatifs.

On chemine en commençant par Henri VII. Qui ça ? Le père de Henri VIII, si vous préférez. Mais plus que cela, en réalité. Il est le fondateur de la dynastie, accédant au trône en 1485 après sa victoire contre Richard III à la bataille de Bosworth.

C’est Henri VII qui met ainsi un terme à ce qui, derrière le joli nom de Guerre des Deux Roses, fut en fait un joyeux bordel dynastique. Au moins met-il un peu d’ordre à tout ça. Avant que son fiston Henri VIII ne vienne ensuite à nouveau tout refoutre en l’air avec ses multiples épouses.

LE SIFFLET D’ANNE BOLEYN

Anne Boleyn à la tour de Londres dans ses premiers moments de son arrestation. Par Édouard Cibot.

Anne Boleyn à la tour de Londres dans ses premiers moments de son arrestation. Par Édouard Cibot.

On n’échappe ici évidemment pas à Anne Boleyn avec, par exemple, exposé au Luxembourg, un petit sifflet en or en forme de pendentif, offert par Henri VIII alors amoureux. Mais il avait l’amour facile, le bougre.

Il est intrigant à voir, ce minuscule sifflet. Avec, laissons-nous donc emporter par notre enthousiasme, l’imagination qui court, et les lèvres d’Anne que l’on imagine se poser sur ce petit sifflet ridicule.

Comme un lien concret avec l’histoire, en somme. Le seul, même, car on apprend que les portraits que l’on connaît d’elle sont tous apocryphes. Donc absolument pas fidèles à la réalité. Pour dire les choses autrement : on ne sait foutrement pas à quoi elle pouvait bien ressembler, la belle Anne.

MARIE LA SANGLANTE

Marie Tudor, par Anthonis Mor

Marie Tudor, par Anthonis Mor

Une autre pièce forte, pour sortir de la seule litanie des portraits, c’est l’armure utilisée par Henri VIII à l’occasion de la rencontre du Drap d’Or avec François Ier, en 1520. On se prend cinq siècles dans la gueule, ce n’est pas tous les jours comme ça…

On s’émeut, ensuite, du destin des enfants de Henri VIII. Du tragique au magique. Commençons par le tragique, avec Edouard VI. Roi à 9 ans, mort à 15… Il faut voir les portraits de lui où, pauvre enfant, il pose comme papa le faisait autrefois : en pleine gloire. Cela a un petit quelque chose de pathétique. L’illusion du pouvoir. Son poids, surtout, immense sur de si frêles épaules.

Tout juste le temps d’être intrigué par un étonnant portrait anamorphique du petit roi, réalisé par Guillim Scrots, et voilà que vient le règne de Marie. Femme et catholique… Deux écueils difficiles à contourner.

Marie doit d’abord se débarrasser de Jane Grey, sa cousine, que les « protestants » lui préfèrent. Elle y gagne son surnom de Marie la Sanglante, n’hésitant pas à faire décapiter sa parente pour s’assurer du pouvoir. Première femme à la tête du royaume, elle épouse Philippe II d’Espagne, ce qui fait craindre qu’à son décès l’Angleterre ne tombe entre des mains étrangères.

ELISABETH, LA REINE VIERGE

Morte finalement sans descendance, en 1558, la question ne se pose pas, laissant sa demi-soeur Elisabeth lui succéder. Drôle de destin que celui d’Elisabeth… Fille d’Anne Boleyn, exécutée trois ans après sa naissance, elle ne devait évidemment pas être reine. Elle le fut pourtant, et avec un succès qui forge le respect.

Elisabeth retient la leçon de Marie et refuse de se marier sa vie durant pour éviter toute crise de succession potentielle. Ce qui ne veut pas dire qu’elle n’aima pas, ça non, évidemment. Avec, à la clé, quelques épisodes croustifondants comme ce beau jour de septembre 1560 où Amy Robsart, épouse de Robert Dudley, favori de la reine, pressenti pour être son futur époux, est retrouvée morte au pied d’un escalier, après une chute. Un timing parfait pour une femme gênante mais, surtout, un scandale terrible, qui empêchera tout projet de mariage entre Elisabeth et Bob.

Reine pendant près de 45 ans, on suit, tableau après tableau, le temps qui passe, depuis le portrait du couronnement, où elle apparaît belle et jeune, en passant par exemple par le Darnley Portrait, de 1575, où elle l’est moins… Une belle tranche d’histoire, donc.

Elisabeth jeune, dans le portrait du couronnement...

Elisabeth jeune, dans le portrait du couronnement…

Elisabeth moins jeune, dans le Darnley Portrait.

Elisabeth moins jeune, dans le Darnley Portrait.

 

Les Tudors

Musée du Luxembourg, Paris

Jusqu’au 19 juillet 2015