20150509

Philips nous apprend à nous tondre les couilles parce que « sans la broussaille l’arbre fait plus grand »

Capture

L’humour dans la publicité… Vaste sujet et vaste débat. Car qu’est-ce que l’humour, finalement ? Et puis « pourquoi c’est drôle, l’humour », surtout ? Tel un Alain de Greef des grandes heures des Guignols se lançant dans une explication devant le CSA, tentons, exemple à l’appui, notre petite analyse. L’exemple en question, c’est ça : la pub Philips, en […]


L’humour dans la publicité… Vaste sujet et vaste débat. Car qu’est-ce que l’humour, finalement ? Et puis « pourquoi c’est drôle, l’humour », surtout ? Tel un Alain de Greef des grandes heures des Guignols se lançant dans une explication devant le CSA, tentons, exemple à l’appui, notre petite analyse.

L’exemple en question, c’est ça : la pub Philips, en train de faire un buzz sur le net, sur sa tondeuse corps series 1000. Une énième tondeuse ? Oui, mais… non. Celle-ci, figurez-vous,  se propose de… tondre les parties intimes.

NON ON N’A PAS DIT BITE NON

Capture

Et toute la publicité est conçue autour de cette délicate question avec, d’entrée de jeu, un plan sur une image stylisée d’un sexe masculin (on s’est triturés pour ne pas écrire bite) (comment ça, on vient de le faire ?). Arrive dans la foulée la silhouette d’un bellâtre que l’on retrouve ensuite dans sa chambre en pleine séance de musculation, tous muscles saillants et toutes dents blanches dehors. Lequel se met alors à parler, via un doublage digne d’une publicité Kinder des années 1980.

Du grand art publicitaire, en somme. D’autant que c’est ensuite parti pour plus de deux minutes de phrases et de scènes chocs, depuis le « aucun contact entre les lames et vos bijoux de famille, c’est important », jusqu’au « détendez-vous les gars, je ne vais pas vous montrer mon… », pour finalement parvenir à ce très littéraire et subtil « sans la broussaille, l’arbre fait plus grand »…

Le tout pour avoir enfin droit à une démonstration en live de l’utilisation de la tondeuse, sobrement occultée par la paroi opaque, mais un peu transparente quand même, de la douche de Kevin (on a envie de l’appeler Kevin, le bellâtre).

LE BUZZ SE SUBIT, IL NE SE DECRETE PAS

Pour les détails, on vous laisse découvrir ça tranquillou chez vous. Nous, ce qui nous intéresse, c’est le fond (si on ose dire). Pour Philips, coup de pub magistral avec grosse poilade à la clé ou sombre bouse qui viendra nuire à l’image de la marque ?

Pour nous, dans notre capacité maintenant légendaire à tenir un avis tranché et à s’y tenir, ni l’un ni l’autre. Juste un léger haussement d’épaules désabusé… La pub est « drôle », là-dessus, pas de problème, décalée, tout ce que vous voudrez, et surtout pas vulgaire. Mais, car il y a un mais, ça sonne tellement creux !

Ça pue le coup de pub construit pièce après pièce. La beauté du buzz, sa légitimité même, lâchons les grands mots, tient au fait qu’il échappe à tout contrôle. Quand il est fabriqué de A à Z, quel intérêt ? Philips en fait des tonnes en voulant jouer de tous les instruments du buzz en même temps et vient au final se fracasser contre le mur de notre indifférence.

Pour éventuellement réussir son coup, la marque aurait dû se la jouer plus sobre. Plus mystérieuse aussi. Tourner un spot normal, sans ce doublage volontairement raté, par exemple. Au moins se laisser une chance de pouvoir dire que son spot lui échappait… Car chez Philips, on devrait quand même le savoir depuis le temps : le buzz se subit mais ne se décrète pas.