20150608

Piste noire: la montagne en Clarks ça vous gagne

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Rocco Schiavone est un préfet romain pur jus. Visiblement il est comme la plupart des citadins : énervé, insupportable, macho, méprisant, indécis… Bref, invivable ! Et cet aspect est naturellement un élément central de Piste noire, le dernier polar d’Antonio Manzini. Plus le personnage principal est odieux, meilleurs seront les dialogues, la vivacité des échanges […]


Rocco Schiavone est un préfet romain pur jus. Visiblement il est comme la plupart des citadins : énervé, insupportable, macho, méprisant, indécis… Bref, invivable ! Et cet aspect est naturellement un élément central de Piste noire, le dernier polar d’Antonio Manzini. Plus le personnage principal est odieux, meilleurs seront les dialogues, la vivacité des échanges et les relations inter-personnages en général.

Envoyez votre citadin, en permanence doté de Clarks (qui figurent en couverture, quand même), bien loin de son petit confort romain et son degré d’énervement n’en sera que plus détonant.
Pour une raison que nous ne découvrirons que partiellement au milieu du roman, c’est justement ce qui arrive à Rocco. Il est muté loin, très loin aux frontières du pays : à Champoluc, dans le Val d’Aoste, haut perché dans la montagne. Et, évidemment, un cadavre est retrouvé sur son territoire. Pas de chance car, à part les accidents de ski, peu de morts violentes étaient à déplorer dans cette agréable station de ski italienne… Alors si, en plus, il s’avère que c’est un meurtre…
Bref, une enquête en milieu inconnu et clairement hostile aux forces de l’ordre démarre, et n’est pas facilitée par l’omerta montagnarde qui ne résistera pourtant pas à notre commissaire malin et plutôt borderline.

ETERNEL RALEUR, ARCHETYPE ITALIEN

Personnage haut en couleur, magouilleur, joueur, volontiers dragueur, celui-ci n’hésite pas à recourir à la force ou à la ruse quand il l’estime nécessaire (donc souvent). Volontiers corrompu et agent provocateur, cette première enquête du sous-préfet Schiavone est plutôt une réussite qui se laisse dévorer avec un certain plaisir. Le style de l’auteur est fluide et l’enquête bien menée même si quelques grosses ficelles apparaissent parfois. Le lecteur est malgré tout vite débordé et mené par le bout du nez plus d’une fois avant le dénouement final.

En attendant les prochaines (et lointaines) vacances d’hiver, l’ambiance chaleureuse des petits villages montagnards est autant palpable que la moiteur des palais de justice romains. Et il est bon de passer un petit moment avec cet éternel râleur / dragueur archétype italien, mais bon enquêteur (il ne peut avoir que des défauts) qui se tire toujours d’affaire in extremis.

Piste noire.

Piste noire.

Piste noire08 d’ Antonio Manzini
chez Denoël, collection Sueurs Froides, mai 2015