20150605

Punk is Dégueulasse

degueulasse-paris-punk
dans Boombox

Groupe punk-rock-électro-sociologique, Dégueulasse n’est pas qu’un nom. C’est aussi un nouvel éclairage sur ton existence. Allez écoute un peu!


Ovide Ordure me l’a affirmé: les Dégueulasses n’ont pas de plan de conquête du monde. Et c’est bien dommage car nous rêvons tous d’un monde meilleur. Un monde Dégueulasse oui.

Car à mi-chemin entre râle d’agonie joyeuse et colère philosophico-puérile, Dégueulasse c’est un peu la Juvamine de tout humain qui se respecte. Ton guronsan des matinées de novembre, ta quatrième pinte en terrasse un soir de mai. Ils viennent de Stalingrad et vont (sic) à la salle de shoot de La Chapelle tout en donnant sérieusement l’impression d’être passé par le Clown de Montmartre, ils sont deux plus une boîte, braillent mélodieusement de tristes vérités sur nos conditions parisiennes, ce sont les Dégueulasses.

Présentation.

degueulasse-portrait

Groupuscule punk-rock-électro-sociologique à trois membres, Denis Molle au micro et aux costumes de fort mauvais goût, Ovide Ordure aux textes, à la guitare et à la musique et un infatigable batteur, « excellent, hyper en place » pour citer Ovide. Pour les présenter rapidement: si Ovide est plus leggings, Denis se sent résolument plus slip. Dépassant ce clivage pourtant franchement clivant, les deux se retrouvent sur de nombreux points tout aussi existentiels. Sur le Titanic, ils piqueraient le gilet d’une vieille pour se casser plus vite, préfèrent encore Benabar à Christine and the Queens et se lèvent en écoutant Neil Young. Ils écoutent Bad Born Records, Champagne Holocauste de Fat White Family, Black Dog de Led Zeppelin et dépriment en écoutant Salope de la communication …  IIs ne seraient pas contre faire un morceau pour les produits laitiers ou un duo avec Philippe Katerine. Ils ont pour totem les Tour Eiffel en porte-clefs, rêvent du synthétiseur de Jean-Michel Jarre à leur crémations et pensent pouvoir résumer l’ensemble de leurs inspiration musicale à un unique et brillant opus: Boulevard des Hits (avec une prédilection toute particulière pour le volume 1). Ovide semble d’ailleurs très concerné par les destinées de ses stars, notamment celle de Jackie Quartz récemment entendue pour avoir tabassé sa maman chérie un soir de Noël et qui a chanté au juge sa nouvelle mise au point… Dans les bacs on les cherche en pop rock et leur groupies sont la meuf d’Ovide et leurs potes gays ravis d’entonner par leur tube PD… Dans le meilleur des mondes, ils aimeraient des acrobates et des troubadour en première partie, « pourquoi pas un magicien, des claquettes ou de l’effeuillage burlesque? »

Nous ne saurions que trop vous conseiller leur chaîne Youtube, à nulle autre pareille.

De vrais punks vous dit-on.

Formé un soir de beuverie il y a deux petites années, par un chanteur qui n’avait jamais poussé une note de sa vie et un auteur-compositeur fortement énervé,  le groupuscule a déjà quatre concerts et demi à son actif dont deux au Bus Palladium et un EP sorti sur Bandcamp, soundcloud et tout le reste avec l’aide de Live Factory. L’EP le moins cher de l’histoire si l’on en croit Ovide mais sûrement pas le moins brillant qu’on se le dise. « On rêve d’un petit pressage » et ils le mériteraient…

Car derrière des airs cracras et franchement bruyants, le très bien écrit Paris assène efficacement quelques belles vérités sociologiques sur des mélodies pop sacrément bien foutues et drôlement entrainantes. Des refrains qu’on reprend en beuglant sans complexe sans doute parce qu’après l’exultation d’un bon morceau punk, il y a ce petit quelque chose qui frappe au niveau du vécu.  En effet, comme son nom l’indique, Paris cause capitale et habitants, depuis l’immobilier et la décrépitude intellectuelle des autochtones jusqu’aux snobismes et amours locales. « J’aime chanter l’endroit d’où tu viens pas comme les rappeurs qui chantent Miami et les petits pompeux français qui chantent San Francisco… On parle de notre vie, de Paris: je vis là et je raconte ma vie et celle des autres » Ovide enfonce le clou et dénonce les Zaz et autres Amélie Poulain qui véhiculent « des clichés surannés […] les gens devraient comprendre qu’il y a des gens qui habitent dans cette ville, cet espèce d’entretien de Paris dans son image d’Epinal fait beaucoup de mal aux gens qui sont là et c’est grave. Il est temps que les gens comprennent que Jean-Pierre Jeunet est un homme dangereux, foutez nous la paix, allez à Las Vegas ou à Hong Kong. C’est pas un parc d’attraction ici, les Japonais il faudrait les foutre dans la ligne 13».

Entre Proprio, Ecole de commerce et PD, se dresse un joli portrait de tout ce que notre génération a de sympathique et touchant. Inspiré par 25 années de voyages, Ligne 13 est un hommage vibrant aux plans d’urbanisme franciliens. Fier de son oeuvre Ovide rend tout de même à César… « les propos qui peuvent sembler violents mais ils m’ont été inspirés par une vielle hyper hargneuse quand j’allais au collège qui remontait tout le quai pour engueuler le conducteur « on se croirait dans les trains de déportation » ».

Et si jamais cela ne suffisait pas, innovation majeure de cet album – nostalgie dédiée aux trentenaires – , au milieu des six titre de leur album, nos héros ont réussi à caser un slow… Comme son nom l’indique Salope de la communication est un conte de fée poignant et douloureux qui saura parler à tous (sinon à toutes). Et ce morceau Homosexuel à Villier-le-Bel qui arrive presque étrangement au milieu de tous ces textes sardoniques.  « C’est la seule chanson à texte du EP » annonce Ovide qui l’a construite plus power pop, un peu particulière, « inspiré par quelqu’un et le réal de Wesh cousin (série de porno gay) »

Un petit bijou pop qui s’ignore et laisse rêveur quand il s’achève. Vous l’aurez compris Paris est un EP qui s’il ne fait réfléchir fera au moins hurler de rire. Un groupe sans futur mais certainement pas sans avenir.

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