20150914

La conférence de Paris (COP21)

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6 ans après Copenhague, le monde a le droit à une nouvelle chance de prendre en main son destin environnemental : la conférence de Paris


Après des années de scepticisme, le doute n’est plus permis. Le changement climatique se ressent de plus en plus, et les prévisions sont de plus en plus catastrophiques. Même les Etats-Unis sont revenus à la table des négociations, c’est dire ! Le ministère de la défense américain le considère comme un « multiplicateur de menace ».

Alors quels sont les enjeux de cette conférence, et à quoi doit-on s’attendre pendant cette grande réunion internationale qui aura lieu début décembre? Tentons d’en faire le tour, grâce notamment à l’excellent livre de synthèse 30 questions pour comprendre la Conférence de Paris de Pascal Canfin et Peter Staime.

UN RECHAUFFEMENT ET DES EMISSIONS QUI S’EMBALLENT

Les climato-sceptiques ont définitivement perdu. Ils ne sont plus qu’une poignée, principalement aux Etats-Unis, un peu en Australie et au Canada. Les perturbations climatiques des dernières années ont probablement ébranlé les convictions du plus grand nombre. Le GIEC avait produit un rapport en 2007  largement attaqué par l’ensemble des sceptiques : il subsistait encore beaucoup de zones d’ombres attaquables (bien que le faisceau de preuve fut largement suffisant pour qui l’analysait objectivement). Aujourd’hui, le rapport 2014 balaie les derniers doutes : le réchauffement est sans équivoque. Toutes les zones d’ombres ont été comblées, et les modèles consolidés.

Quel est le constat ?
En gros, depuis l’ère industrielle, nous émettons toujours plus de gaz à effet de serre — on parle surtout du CO2, mais pas seulement—,  gaz qui n’est pas pas absorbé par la planète et qui reste donc dans l’atmosphère, la réchauffant. On a beau se tourner petit à petit vers des énergies non carbonées, cela n’est pas du tout assez rapide. Les énergies fossiles représentent aujourd’hui encore 82% du mix énergétique mondial, soit seulement 5% de moins qu’en 1971. A ce rythme là, il sera très compliqué d’atteindre l’objectif commun choisi à Copenhague : rester sous 2°C de réchauffement. En effet, les engagements pour la COP21, déjà annoncés, nous dirigent plutôt vers un réchauffement de 3.5°C, par rapport à la moyenne pré-révolution industrielle. A un tel niveau de réchauffement, la moitié de l’Egypte sera sous l’eau. Quelques degrés, c’est largement suffisant pour modifier profondément notre planète. Imaginez, pendant le dernier âge glaciaire, la quasi totalité de la planète était sous la glace : il faisait seulement 5°C de moins qu’aujourd’hui.

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On se rend peu compte de ce que de grands bouleversements géopolitiques actuels sont déjà conditionnés par les modifications climatiques. On peut parler de la crise de l’eau sans cesse grandissante, mais également des sécheresses de plus en plus fréquentes. Par exemple la Syrie, qui a vécu entre 2007 et 2010 les quatre plus grandes années de sécheresse de son histoire, poussant plus d’1,5 millions de personnes à quitter les campagnes, où il n’y avait plus rien, pour les villes. En 2011 débutait leur guerre civile… Sans y voir là l’unique cause, il est indéniable qu’il s’agit, comme le souligne le ministère de la défense américain, d’un « multiplicateur de menace ».

Si on continue d’émettre autant de gaz à effet de serre qu’aujourd’hui, en 2020 déjà il sera trop tard pour rester sous les 2°C ! Il y a donc urgence:  pour amorcer un tournant radical, il ne reste que quelques années seulement !

UN DEFI POLITIQUE POUR LES GRANDS PAYS EMETTEURS

Les efforts sont pour l’instant bien trop faibles.

La France a délocalisé sa production de gaz à effet de serre.

La France par exemple, émet en moyenne 9 tonnes de GES (gaz à effet de serre) par habitant. Pour rester sous les 2°C, il faudra que ce soit 1,8 tonnes en 2050. La trajectoire doit donc être violemment à la baisse. Est ce que nous n’avons pas déjà entamé cette réduction depuis le protocole de Kyoto ? Et bien pas vraiment.
En terme de carbone produit sur le territoire, oui nous avons réduit. Mais si on prend en compte le carbone importé, c’est à dire produit par les objets que l’on achète ailleurs, nos émissions ont augmenté de 14% depuis 1990! En réalité nous avons délocalisé notre production de GES, en continuant d’en consommer toujours plus. Nous n’avons toujours pas intégré, dans notre rythme de vie, ce besoin de décarbonner notre consommation. Il faudra donc montrer pendant cette COP que la France s’engage fortement, si l’on veut continuer de croire à la fable du réchauffement inférieur à 2°C.

Les autre pays européens ne sont pas en reste.

L’Allemagne faux bon élève.

L’Allemagne aussi devra faire des efforts politiques par exemple. Elle a beau exhiber fièrement une croissance forte des énergies renouvelables, certains choix sont encore biaisés politiquement: les législations européennes contraignantes sur l’automobile par exemple, sont systématiquement déboutées par l’Allemagne. Pourtant la consommation d’essence est la première chose à réduire. Mais voilà, l’Allemagne est un gros producteur de bagnoles, polluantes qui plus est, et ne veut pas qu’on y touche. C’est un problème mondial d’ailleurs : les énergies fossiles, de par le monde, reçoivent entre 600 et 1000 milliards de subventions publiques par an. Voilà le vrai scandale.

L’Europe, plus de temps à discuter qu’autre chose.

L’Europe, dans son ensemble, perd de sa superbe. Son engagement de réduire ses émissions de 40% d’içi 2030 est certes le plus fort engagement de tous les grands émetteurs. Mais il n’est pas suffisant, et il est surtout plus faible que ce qui avait été proposé avant Copenhague, en 2009. Il y a donc comme un essoufflement des volontés, et une difficulté à avancer soudés. Les Européens passent des heures, durant les COP, à tenter de se mettre d’accord avant d’émettre un avis. Avis qu’il faudra ensuite passer des heures à défendre devant les autres pays.

Les Etats-Unis encore trop climato-sceptiques.

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Les Etats-Unis, de leur côté, risquent de décevoir aussi. Le Congrès est climato-sceptique. Il ne ratifiera donc aucun traité contraignant. Il ne reste à Obama qu’une petite marge de manoeuvre: durcir les législations fédérales déjà existantes. Cela lui donne, d’après les estimations, la possibilité de réduire d’environ 20 à 30% les émissions d’ici 2030, soit moins que l’Europe. Ce qui sera donc aussi largement insuffisant.

La Chine: la révolution mais pas trop vite.

La Chine, elle, peut faire figure de bonne élève : elle prend des engagements forts, et tente une sorte de révolution, en introduisant notamment des marchés carbone locaux etc .. Mais il faut en fait comprendre qu’elle n’a pas le choix : la pollution est endémique, la qualité de vie est en chute libre en Chine, et si le pouvoir veut éviter un soulèvement populaire, il lui faut prendre des mesures drastiques. Ils viennent de s’engager à ce que le pic de leur émission se situe en 2030. C’est bien mais c’est une décision a minima, puisqu’il voulait définir une date entre 2025 et 2030. C’est donc finalement le moins contraignant qui a été choisi, et il n’a pas encore été précisé quel sera le maximum visé pour ce pic. Bref la Chine risque encore de polluer à un niveau soutenu pendant quelques années.

Difficile de croire, en faisant ces constats, que l’on tiendra l’engagement de rester sous les 2°C de réchauffement. Il risque donc d’y avoir un peu de secousse climatique pendant le siècle en cours.

UNE FACTURE POUR LES PAYS VULNERABLES

Au delà de la réduction des émissions, il faut préparer l’avenir ; et les conséquences du réchauffement climatique, même à 2°C, vont faire une addition salée. La Banque Mondiale a estimé la facture à 200 milliards de dollars par an. Evidemment personne ne veut payer. Pour l’instant, ce qui a été promis à Copenhague, c’est de verser 100 milliards par an à partir de 2020. La répartition de cet argent et son origine n’ont toujours pas été clairement défini. C’est justement ce qu’on espère régler à Paris. Si déjà on pouvait se mettre d’accord sur qui paiera quoi et comment cet argent sera utilisé ce sera déjà un bon début. Il faut en effet réussir à régler trois postes de dépense : aider les pays pauvres à ne pas trop émettre, c’est-à-dire à investir dans les énergies propres, au lieu de faire comme nous, en brûlant charbon et pétrole pour se développer rapidement. Il faut les aider à se préparer aux modifications climatiques dont il seront victimes, montée des eaux, maladies, problèmes alimentaires et d’approvisionnement en eau etc … Et enfin, il faudra payer les dégâts causés par les catastrophes imprévisibles, tempête, tsunami etc …

Les pays vulnérables ne voudront pas d’un accord a minima et non contraignant. Ils veulent des réponses claires et des engagements. Notamment parce que ce sont les grands pays qui ont pollué le plus historiquement, et qu’ils ont donc une grande part de responsabilité.

 

VERS UN NOUVEL ECHEC ?

A Copenhague, les négociations avaient capotées pour plusieurs raisons. Déjà elles n’avaient pas commencé à l’avance, mais tout avait du être fait pendant les quelques jours de la conférence, ce qui se transforma en casse-tête insolvable. Réussir à se mettre d’accord sur un objectif de 2°C max de réchauffement et un financement de 100 milliards par an était en soi une petite victoire. Pour la COP21, de nombreuses discussions sont déjà en cours, et les Etats arriveront déjà avec des engagements. On peut espérer que cela aidera à discuter plus sereinement et plus profondément de certains sujets.

Ensuite les engagements des pays du Nord n’avaient pas été acceptés par les pays du Sud, qui avaient bien compris qu’ils nous dirigeaient tout droit vers un réchauffement de 4°C. Et ça par contre, comme on l’a dit plus haut, c’est toujours le cas : il va donc falloir trouver un moyen de rassurer tout le monde, en mettant en place un mécanisme d’augmentation régulière des engagements par exemple.

Enfin il n’y avait pas eu de solution envisagée pour réconcilier les pays en développement et les pays développés. On constate entre l’écriture du protocole de Kyoto, où la Chine était un pays en développement peu pollueur, et aujourd’hui, où la Chine devient le plus gros pollueur mondial, que les choses changent vite. Il y a donc un gros clivage : les pays en développement veulent qu’on écrive noir sur blanc que les pays riches ont été les premiers à polluer et sont responsables de la majorité du réchauffement, donc doivent payer. Les pays développés veulent qu’on écrive noir sur blanc que n’importe quel pays doit faire des efforts et qu’on est tous faits pareil, vu qu’on parle de l’avenir ; et que donc il ne faut pas faire de distinguo entre les pays, puisque l’exemple de la Chine montre qu’on peut changer de catégorie très vite. Et là-dessus on voit mal comment ils vont réussir à se mettre d’accord, puisque ce désaccord traine depuis 10 ans …

Autre difficulté : comment rendre tout cela contraignant ?
Cela ne sera de toute façon pas possible, puisqu’il a été souligné qu’Obama ne pourra jamais faire signer un document contraignant au Congrès. Pascal Canfin propose dans son livre de créer une sorte de cour des comptes internationale, qui en dévoilant en toute transparence les avancées et les manquements des Etats pourra créer une sorte d’incitation à rester dans les clous. Ce qui est sûr c’est que les pays feront, dans tous les cas, un peu ce qu’ils veulent. Seule la société civile pourra forcer le monde politique à tenir ses engagements, en lui signifiant clairement l’importance qu’elle accorde à ses sujets là.

FINANCEMENT ET SOCIETE CIVILE

Comme la source du financement de 100 milliards par an n’a pas été précisée, on risque d’être tenté d’y mettre un peu tout. Par exemple, il y a cette taxe sur les transactions financières que tout le monde aimerait bien créer (la TTF). Pourquoi pas, puisque c’est nouveau. Mais l’aide au pays en développement (APD), déjà prévue dans le cadre de Kyoto, et donc déjà versée tous les ans, certains aimeraient bien la déduire des 100 milliards. Evidemment les pays du Sud pensent qu’elle devrait se rajouter. Même question  pour tous les flux privés : une société qui décide d’investir dans les panneaux solaires en Afrique? Son investissement doit-il se rajouter ou se soustraire à l’argent promis par les Etats? Une grande foire d’empoigne en perspective.

De manière générale de toute façon, c’est plutôt aux niveaux local et privé que les décisions risquent de se prendre : les élus locaux voient directement les effets du déréglement climatique ; ils sont donc plus prompts à prendre des décisions et à impliquer les entreprises. Ainsi certains Etats des Etats-Unis se sont associés au Québec pour créer un marché carbone, alors que leur pays respectifs sont très peu engagés. Les flux privés, qui cherchent les grandes tendances à long terme, ont compris le virage qui est en train d’être amorcé, et se redirigent de plus en plus vers cette grande transition verte. Des fonds d’investissements privés décident déjà de retirer leurs billes des énergies non renouvelables, comme la fondation Rockfeller. Ou même le fond souverain norvégien, le plus gros investisseur institutionnel au monde (1% de la capitalisation boursière mondiale !).

QUEL COP, POUR QUEL AVENIR?

Ce qu’on attend de la COP21 donc, c’est plusieurs choses :

– D’abord que les Etats apparaissent soudés, et prêt à faire des efforts supplémentaires. Des annonces d’engagements renforcés seraient bienvenues, quand on voit à quel point on est pour l’instant loin du compte.

– Ensuite c’est la mise en place d’un système vertueux qui permette d’augmenter régulièrement ces engagements, et de les surveiller. Il faut inciter tout le monde à tenir ses engagements et à les renforcer de plus en plus, si on veut tenir les objectifs. Une révision tous les 5 ans et une commission publique de surveillance par exemple serait une proposition intéressante.

– Enfin il faut un accord sur les financement. Il est grand temps que les pays s’engagent clairement à payer ce qu’ils ont promis.

L’avenir de la planète, lui, ne se jouera pas uniquement dans la COP. L’exercice montre ses limites : les choix de vie des humains du monde entier ne peuvent être entièrement déterminés et conditionnés par quelques chefs d’états: c’est à l’inverse les initiatives de chacun, l’implication et la conscience collective qui petit à petit permet de construire une vision nouvelle. Plus que jamais, cet événement doit donc éveiller nos consciences, et pas seulement celle des politiques. Cette COP est donc un événement citoyen majeur, dont il nous appartient de se saisir et d’en partager le sens. En prenant la juste mesure du choix de civilisation qui s’offre à nous, c’est chacun d’entre nous qui fera de ce rendez-vous un succès, ou un échec.