20150907

Le Tout Nouveau Testament ? L’archétype même d’une bonne idée mal maîtrisée

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Et si Dieu, loin d’être « d’amour », n’était que « de misanthropie », voué à créer le malheur des hommes… Une idée de base assez savoureuse mais qui, au final, s’avère bien mal traitée. Avec trop de retenue. Les trop grandes lourdeurs effacent les quelques moments de jolies poésies. C’est dommage.


Ce Tout Nouveau Testament est du genre bordélique. Joyeusement bordélique, certes, mais avec cette tendance à partir dans tous les sens. Et pas toujours dans les meilleurs. Le film offert par Jaco van Dormael avec Benoît Poelvoorde, est bien trop long.
A tel point qu’on se demande ce qu’ils ont foutu au montage.

Clairement, il y a une bonne demi-heure inutile. Sur quasi 2h, avouez que ça fait quand même beaucoup… C’est bien simple : des scènes entières ne servent à rien. Sinon à alourdir le propos. C’est dommage car le Nouveau Testament ne manque pas de bonnes idées, joliment poétiques. Seulement, elles ne sont pas exploitées à fond. Et, pire, noyées dans du superflu balourd. On pense par exemple aux scènes avec Catherine Deneuve. C’est bien beau de se « payer » un nom, mais la présence de la grande Catherine n’apporte strictement rien. On vous aurait coupé tout ça, nous, pour mieux se concentrer sur d’autres choses. Creuser d’autres personnages. Renforcer l’émotion.

UN DIEU DE MISANTHROPIE ET NON D’AMOUR

Et Dieu, dans sa grande misanthropie, créa la tartine qui tombe toujours sur son côté beurré...

Et Dieu, dans sa grande misanthropie, créa la tartine qui tombe toujours sur son côté beurré…

Au final, un sentiment de déception. Parce qu’on se dit qu’il y avait là, avec un tel sujet, de quoi faire quelque chose de grand. Tourner Dieu en dérision. En faire non le Sauveur du monde, mais son fossoyeur. Un être qui n’est pas d’amour mais, tout au contraire, de misanthropie. Méchant. Qui n’aime rien d’autre que de créer pour l’humanité des règles plus agaçantes et éprouvantes les unes que les autres.

Du plus futile – toujours, la tartine tombera sur son côté beurré – au plus terrible – tu perdras ta mère dans un accident de voiture sous tes yeux quand tu auras 6 ans, Dieu, incarné par Benoît Poelvoorde, s’amuse à ainsi manipuler les hommes, ses créatures qu’il a créées autrefois. Et ces benêts, eux, loin de se révolter, se soumettent corps et âme. Schéma typique d’une relation dominée par un pervers-narcissique.

UN REALISATEUR QUI RETIENT TROP SES COUPS

Regardez cette image : elle est le symbole même des errements du film, qui aurait gagné à bénéficier d'un meilleur montage?

Regardez cette image : elle est le symbole même des errements du film, qui aurait gagné à bénéficier d’un meilleur montage.

Et penser que ce tel dingo soit Dieu, évidemment, ça titille l’intérêt tant c’est politiquement incorrect – enfin religieusement incorrect, plutôt. On imagine déjà Christine Boutin sortir le crucifix et nous, forcément, ça nous plaît…

Las, Van Dormael, au lieu d’enfoncer le clou (sic) (ah ah ah), retient ses coups. Il aurait pu livrer une oeuvre caustique sur le rôle de Dieu, le poids de la religion dans nos sociétés modernes. On ne lui demandait pas de faire un film politique, non. Il pouvait creuser ce sillon pour faire rire. Cela aurait déjà été très bien.

Or, et c’est d’une tristesse terrible, on ne rit pas avec ce Nouveau testament. Tout juste si l’on sourit, de temps en temps. A la limite, cela n’est pas grave car on est parfois ému. Ce film, très étonnamment, distille quelques passages de grandes poésies.

LA FILLE DE DIEU AU PREMIER PLAN, POELVOORDE EN RETRAIT

Il pleut sur la fille de Dieu...

Il pleut sur la fille de Dieu…

On ne peut pas vous les livrer en détail, évidemment, mais ils ont trait à la quête de la fille de Dieu, lasse de la folie de son père. Elle s’enfuit et « descend » sur Terre pour compléter la liste des apôtres autrefois débutée par son grand frère, J.-C. C’est d’ailleurs elle, Ea, jouée par Pili Groyne, qui dispose du premier rôle dans ce film, quand Poelvoorde est davantage en retrait. Osons même le dire : en roue libre.

Pas de sa faute, cela dit. C’est clairement une volonté du réalisateur – une de ses faiblesses aussi : il n’a pas osé jouer cette carte, anticipant sans doute les emmerdes à venir s’il avait eu l’audace de centrer son propos sur son Dieu de haine. Passer par sa fille était visiblement chose plus aisée. Sauf que cela s’apparente à de la facilité. Et que les ficelles sont un peu grosses. Ce qui pouvait être très bon s’avère in fine moyen. La déception n’en est que plus grande.