20150915

Maman dans l’air du temps, blogueuse et épanouie #itmom

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Elles s’appellent Mimi, Colombe ou Daniela. Elles sont mannequins, décoratrices, bloggeuses ou simplement « mamans à plein temps ». Bonniches souriantes, mères attentionnées, un peu cochonnes avec monsieur quand il faut et consommatrices hors pair, elles incarnent le #itmom, comprenez « les mamans cool d’aujourd’hui ».


Elles portent des fringues taille 36 après trois grossesses et passent tout leur temps libre à rédiger des billets pour vous exposer leur life style où elles semblent mener de front carrière épanouissante et vie familiale avec une nonchalance hédoniste, pendant que vous vous dépêtrez tous les jours un peu plus péniblement de votre trio perdant: fatigue-stress-culpabilité.
Une semaine de leurs vacances en famille ressemble à une pub Comptoir des cotonniers ® quand les vôtres se rapprochent plus de l’idée que vous vous faites de l’enfer sur terre, entre la météo pourrie, le Airbnb mal isolé, la crise d’appendicite du petit dernier, le coma éthylique de papy le soir de la fête nationale et votre allergie aux piqûres de moustiques.

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Chiller en chemise d’homme, sa fille sous le bras d’un côté, panier à pique-nique classy de l’autre et regard dans le vide, c’est là l’essence d’un dimanche après-midi au soleil pour LA parisienne maman chic.

Leurs enfants lisent des livres, jouent au hockey sur gazon et tournent dans des pubs Petit Bateau ® alors que votre ado regarde Secret Story et vous tanne pour se faire percer la narine.
Elles évoluent dans des cadres de vie idylliques qu’elles prennent soin d’aménager avec goût, de manière à ce que vous épingliez chaque pièce de leurs appartements cossus sur Pinterest, sans vous douter un seul instant que ce joli petit tapis balinais qui décore la salle de jeu de leurs têtes blondes représente environ 8 mois de votre salaire de followeuse pauvresse.

Quand une #itmom fait la cuisine, c’est toujours sur une table en bois brut, avec des produits frais et bios tous droits arrivés de chez le producteur. Ça sent la terre, la nature, les vrais légumes pas surgelés qu’on a prit le temps d’aller choisir avec soin sur les étals du marché avec un panier en osier glissé dans le creux du coude.

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Mimi, paysanne en repetto

Mais que les mauvaises mères, celles qui réchauffent des boîtes Buitoni ® une fois par semaine se rassurent : elles auront tout le loisir de reproduire l’une ou l’autre recette originale postée sous l’onglet cooking, et ainsi se donner l’illusion « d’en être un peu » en se nourrissant pareil.
L’idéal de vie Instagram existe bel et bien en fait : c’est leur quotidien. Elles sont belles, leurs enfants sont beaux, leurs journées semblent n’être que de longs enchaînements de plaisirs sans contraintes, mais ne soyons pas hypocrites ; pour mener ce genre d’existence témoin qui attise le sentiment de malchance et de nullité chez la femme lambda, il faut avant tout jouir d’un certain confort financier. En effet, si le temps, ce concept à la relativité fascinante semble injustement s’étirer pour leur permettre de vivre 4 journées en une quand vous avez l’impression que le votre est compté à chaque instant de votre vie, c’est que plusieurs facteurs entrent en ligne de compte : tout d’abord, pouvoir se permettre d’exercer une activité professionnelle de chez soi offre la possibilité d’aménager librement ses horaires et limite les déplacements chronophages que connaissent bon nombre de simples mortels devant se taper la navette entre leur lieu de travail et leur logement. Ensuite, pour vendre du rêve en mettant en scène son quotidien, évoluer dans un décor de magazine d’architecture plutôt qu’à 5 dans un F1 insalubre, ça aide. Pouvoir se payer des vacances de rêves et être l’invitée de chaînes d’hôtels haut de gamme en échanges d’articles sponsorisés, aussi.

« Je vais à la salle de sport le matin pendant que les enfants jouent avec la nounou, puis à mon retour je prépare le déjeuner pour la famille. Ensuite, je participe à des castings. Je prends souvent des cours de cuisine. » ©emoi-emoi.fr

« Je vais à la salle de sport le matin pendant que les enfants jouent avec la nounou, puis à mon retour je prépare le déjeuner pour la famille. Ensuite, je participe à des castings. Je prends souvent des cours de cuisine. » ©emoi-emoi.fr

Pourtant, cette aisance matérielle bien présente et savamment mise en scène et photographiée pour créer l’illusion de la perfection n’est jamais explicitement évoquée dans le contenu posté sur ces blogs. En effet, vous ne lirez jamais dans un billet posté par l’une d’entre elles un truc du style « Ce week-end, nous décidons sur un coup de tête de partir en séjour thalasso-yoga entre mamans cool et de nous offrir le dernier coffret de produits La Mer® pour prolonger les bien faits de la cure. Ça coûte un bras mais on s’en fout parce qu’on est blindées ! hihihi ».
Pire, la plupart des #itmom ou #newwonderwomen revendiqueront plutôt un retour à des valeurs simples, prônant le dépouillement et regorgeant d’idées pour « récupérer », « recycler », « donner une seconde vie aux choses ». Oui, mais tout cela prend du temps. Et c’est précisément là que réside tout le paradoxe du bonheur domestique auquel on ne peut prétendre qu’à condition de trimer comme des esclaves pour s’assurer un confort matériel et n’avoir pas de temps à consacrer à la jouissance de tous ces biens accumulés : s’endetter pour se payer un canapé dernier cri et ne pas avoir le temps de s’y affaler car il faut bien travailler pour rembourser l’emprunt.
Mais heureusement, grâce à internet et aux réseaux sociaux, il est devenu possible de vivre cette injonction du bonheur domestique par procuration, à travers les chroniques de Mimi, Colombe et Daniela qui elles, ont tout le loisir de s’avachir sur leur canapé au design rétro ou de poser, livre à la main et tasse de thé fumante dans leur salle à manger rustique avec en arrière plan au loin dans le jardin, leur progéniture tout sourire grimpant aux arbres…