20150916

On applaudit Prémonitions, le premier film qui s’auto-spoile

prémonitions

Cela serait drôle si ce n’était affligeant… Prémonitions, dès son affiche, dévoile tout le sel de son intrigue. Laquelle n’est pourtant pas si dégueulasse que cela mais, du coup, un peu (beaucoup !) bâclée…


Imaginez le tableau : vous êtes policier et le tueur que vous recherchez avec tant d’ardeur est un médium. Et un bon, surtout. Du genre capable d’anticiper le moindre de vos mouvements… Un cauchemar !

C’est ce qui arrive au pauvre Joe (Jeffrey Dean Morgan) et à Katherine (Abbie Cornish), dans Prémonitions, le film d’Afonso Poyart. Ces deux-là ont beau se démener, et tout le FBI avec eux, paf, quoi qu’ils fassent, le mystérieux tueur a toujours un coup d’avance. Sauf qu’on ne la lui fait pas, à Joe. Il connaît des gens, Joe. Et à un moment, las de courir inutilement, il se dit « il faut que j’y aille », Joe. Tout ça pour ça… On a un peu honte…

Qu’importe, assumons. Assumons comme Joe, lui, assume de ne pas être à la hauteur. « Il faut que j’y aille », se dit-il donc. Mais où ça? Chez John Clancy (Anthony Hopkins), pardi. Qui ça ? John, son vieux poto.

LE PREMIER FILM QUI S’AUTO-SPOILE

Arrêté pour "buvage" de thé prohibé...

Arrêté pour « buvage » de thé prohibé…

Ah ah, c’est qu’à malin, malin et demi ! John est médium, lui aussi. Vous le voyez venir, le pitch ? Bah ouais, c’est ça : médium contre médium, et les flics qui regardent gentiment, un peu dépassés. Mais gentils quand même.

On vous dit cela mais, d’une certaine façon, on s’en veut un peu. On s’en veut parce que c’est tout le sel du film qu’on dévoile ainsi. Que le tueur en série soit un médium, on veut dire. C’est ça qui est bien. C’est là-dessus que Poyart aurait dû appuyer son scénario. En faire l’acmé de son récit. Le dénouement. Au lieu de cela, la bande-annonce, et même pire que cela, l’affiche elle-même, le révèle bêtement. Si on s’écoutait, on dirait même connement.

Prémonitions : le premier film qui s’auto-spoile… On se demande, des fois, à quoi pensent les distributeurs de cinéma. C’est d’une bêtise abyssale. C’est surtout dommage car ce Prémonitions est franchement bien foutu, sinon.

ANTHONY HOPKINS FIDELE A LUI-MEME, C’EST-A-DIRE TRES BON (SIC)

Vieilli ? Fatigué, Anthony Hopkins ? Peut-être, mais pas du tout usé en revanche.

Vieilli ? Fatigué, Anthony Hopkins ?
Peut-être, mais pas du tout usé en revanche.

Initialement prévu comme une suite à Seven, le scénario soutient la comparaison. C’est du bon thriller, haletant comme il convient. Sans surprise, cela dit. Dans la veine de ce qu’on a déjà vu dix fois, mais ça se laisse regarder sans bouder son plaisir.

Anthony Hopkins est fidèle à lui-même. C’est-à-dire sobre et très bon (sic!). Même chose avec Colin Farrell, qu’on n’a de toute manière jamais vu mauvais. Ces deux-là sont largement au-dessus, et on peut regretter la petite forme d’Abbie Cornish, qui a bien du mal à exister, mais c’est un détail. L’intrigue est riche, et c’est bien là l’essentiel.

Riche mais, donc, à notre sens, bêtement gâchée par cette erreur de construction. Poyart, on ne sait pourquoi, a voulu placer le combat des médiums au centre de son récit quand il aurait été tellement plus ambitieux de laisser cela pour la seule chute.